J’ai une bonne nouvelle. Une vraie. Nous pourrons faire du sport cet été. Le gouvernement Legault y tient. « Au cours des prochains mois, on veut que les Québécois bougent », m’assure-t-on au Parlement.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Maintenant, quels sports ? Où ? Quand ? Comment ?

Les fonctionnaires de la Santé publique sont en train d’évaluer les risques. Ce sont eux qui donneront le feu vert. Ils travaillent étroitement avec la ministre Isabelle Charest qui, elle, assure le suivi avec les fédérations sportives. Déjà, quelques tendances émergent. Selon mes sources :

– Les sports ne reprendront pas tous la même journée. Le retour sera plutôt « progressif ». Comme pour les commerces. Aucune date n’est fixée.

– La Santé publique insiste sur le principe de distanciation physique. « Il faudra respecter la règle des deux mètres, c’est assez clair », indique Mathieu Chamberland, directeur général de Soccer Québec. Ce qui empêchera la reprise des sports de combat.

– Les activités extérieures auront priorité.

– Les sports individuels aussi.

– La « pratique sportive » sera privilégiée par rapport à la compétition. Pour une raison évidente : moins d’achalandage sur les plateaux.

C’est dans ce contexte que les fédérations préparent la reprise des activités. Et comme vous le constaterez, elles ne manquent pas d’idées originales pour assurer un retour au jeu rapide et sécuritaire.

Soccer

Des matchs avec la règle des deux mètres ? Impossible, selon Mathieu Chamberland, DG de Soccer Québec. Il en a tenu compte dans son plan soumis au Ministère. « Même s’il y a des contraintes, on veut que les jeunes tripent, courent, tapent dans un ballon. »

Dans une première phase, il n’y aurait ni partie ni duels à l’entraînement. Plutôt des ateliers en petits groupes, répartis dans des zones fixes. Les techniciens de Soccer Québec préparent une banque d’activités pour les jeunes.

Une nouveauté : le « Horacio ». Clin d’œil au directeur de santé publique, Horacio Arruda. Son rôle ? Accueillir les enfants. S’assurer que toutes les règles sanitaires soient respectées. Un peu comme les préposés à l’entrée des épiceries.

Et les matchs, c’est pour quand ? « Aucune idée, répond Mathieu Chamberland. On a cessé de parler en temps. Il y a trop [de variables] inconnues. Ce sera pour une phase suivante. »

Baseball

« Je suis tellement heureux que le baseball soit le plus individuel des sports d’équipe ! »

Même avec deux prises contre lui, le DG de Baseball Québec, Maxime Lamarche, garde espoir. Son organisme a plein d’idées pour faciliter le retour au jeu.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Baseball Québec a plein d’idées pour faciliter le retour au jeu.

Des exemples ? Le receveur reculerait. L’arbitre se placerait derrière le lanceur. Les retraits seraient forcés. Les frappeurs en attente pourraient être assis sur des chaises dans le champ. Un bénévole — « Monsieur Net » — serait responsable du respect des consignes sanitaires. Les entraîneurs et officiels porteraient obligatoirement des masques.

Et les graines de tournesol ? « C’est non ! », s’exclame Maxime Lamarche. En parallèle, il a soumis une série de questions à la Santé publique. « Faut-il laver la balle ? Le virus voyage-t-il sur elle ? Y a-t-il un risque de contamination si un jeune se fait taguer ? Les réponses pourraient changer bien des choses. »

Football

Ça prendra une Hail Mary pour sauver la saison de football. « Le nombre de joueurs sur le terrain, leur proximité, les contacts, ça fait beaucoup d’enjeux », reconnaît le nouveau DG de la Fédération, Mathieu Joyal. Sans compter le partage de l’équipement, la forte concentration de joueurs dans la région de Montréal et l’état des installations.

« Je n’ai jamais vu une station de lavage de mains près d’un terrain. » Mathieu Joyal ne se fait pas d’illusions pour cet été. Ses espoirs reposent sur une saison automnale, « qui sera peut-être réduite ».

Tennis

Le 7 avril, Tennis Canada conseillait « fortement à tous les joueurs du pays de s’abstenir de pratiquer le sport qu’ils aiment tant ».

Un mois plus tard, sa position a changé. L’organisme s’est associé à Tennis Québec pour demander au gouvernement Legault d’envisager la réouverture des terrains. « On suggère des consignes assez sévères », estime le DG de Tennis Québec, Jean-François Manibal.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Les fédérations sportives de la province, dont Tennis Québec, préparent la reprise de leurs activités selon de nouveaux paramètres.

Parmi ces mesures : pas de matchs en double, plus d’espace entre les terrains, plus de temps entre les parties, et chaque joueur ne servirait qu’avec ses propres balles. « Il faut s’assurer que tous les adeptes soient bien protégés. […] On serait prêts à recommencer tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais d’après ce qu’on entend, ce sont les terrains extérieurs qui seront priorisés. »

À noter : depuis deux semaines, quelques régions d’Allemagne autorisent la pratique du tennis.

Golf

On peut déjà jouer au golf dans quatre provinces canadiennes. Au Québec, l’industrie a bon espoir de pouvoir reprendre ses activités au cours des prochains jours, écrivait mon collègue Michel Marois la semaine dernière.

Ultimate

En défense, on pratique une couverture homme à homme. Donc la règle des deux mètres pose problème. « Mais on pense pouvoir tenir des activités en diminuant la proximité », plaide le DG de la Fédération, Guillaume Proulx-Goulet.

« On pourrait diminuer le nombre de joueurs. Jouer à cinq contre cinq plutôt qu’à sept contre sept. On pourrait aussi forcer une couverture individuelle en défense. Ce serait toujours le même opposant contre toi. Ça réduit le nombre d’interactions. »

Et le frisbee ? « Chaque équipe pourrait posséder son propre disque. Comme ça, l’autre formation n’y toucherait jamais – sauf lors de rares interceptions. On pourrait aussi changer de disque après chaque point. »

Natation

Tout indique que vous pourrez faire des longueurs dehors cet été. « Il n’y a pas de preuve d’un risque de transmission de la COVID-19 par l’eau de baignade », précise l’Institut national de santé publique du Québec. Les piscines extérieures sont aussi des îlots de fraîcheur importants lors des canicules.

Pas question, toutefois, d’être 500 dans le bassin pour jouer à Marco Polo. Une idée qui circule : il faudrait réserver un corridor en ligne. Dans l’eau, les nageurs devront garder une distance de deux mètres entre eux.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La Fédération de natation du Québec espère pouvoir présenter des compétitions à l’été. 

Les compétitions ? La DG de la Fédération, Isabelle Ducharme, espère pouvoir en présenter. Ce serait peut-être possible en éliminant un corridor sur deux, et en regroupant certains types de nage. Mais c’est évidemment plus compliqué que dans d’autres disciplines. D’abord, il y a beaucoup de monde autour du bassin. Mais aussi, « on a un défi avec les infrastructures. Les piscines ne nous appartiennent pas ».

« Financièrement, est-ce que tout le monde aura l’opportunité de continuer ? Je suis inquiète. Si un OBNL, un club ou une ville n’a pas assez d’argent pour faire fonctionner la piscine, pour pouvoir payer le personnel, comme les sauveteurs, on ne pourra pas rentrer. »

Isabelle Ducharme, dont la voix porte dans le milieu sportif québécois, souhaite par ailleurs que le gouvernement Legault parle davantage de sport lors de ses points de presse. Et que toutes les fédérations s’entendent sur les grands principes avant la première étape de déconfinement.

« On ne peut pas partir tout croche. Si un seul sport rate son coup, ce sont tous les autres qui seront à risque. Organisons-nous, faisons nos règles avant, et sortons comme du monde. »