(Montréal) Des facteurs ayant un impact sur le développement du cerveau pendant la grossesse pourraient augmenter le risque de souffrir d’une maladie mentale plus tard pendant la vie, ont constaté des chercheurs du CHU Sainte-Justine.

Publié le 11 avril
Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

Lors de travaux menés en collaboration avec le Consortium ENIGMA et impliquant des dizaines de chercheurs à travers le monde, le professeur Tomas Paus et le doctorant Yash Patel ont démontré que la morphologie du cortex cérébral (la couche externe du cerveau communément appelée matière grise) diffère selon les troubles psychiatriques, qu’il s’agisse d’autisme, de schizophrénie ou de TDAH, par exemple.

Les facteurs neurobiologiques à l’origine de cette modification lors de la croissance restent en revanche pour la plupart à identifier.

Le cortex cérébral, a expliqué le professeur Paus, ne change pratiquement plus après l’âge de 2 ans. On peut donc l’étudier à l’âge adulte et avoir une très bonne idée de son apparence avant la manifestation de la maladie mentale.

Les chercheurs ont donc effectué une analyse conjointe compilant les données d’imagerie de 27 359 personnes. Ils se sont intéressés à la surface que recouvrirait le cortex cérébral si on le dépliait sur une surface plane. En moyenne, cela correspondrait à environ 0,19 mètre carré (ou deux pieds carrés), avec une épaisseur d’environ 2,5 millimètres.

« Nous avons comparé la surface entre les patients ayant différents problèmes (de santé mentale) et les contrôles, a dit le professeur Paus. Et la première chose que nous avons vue est que, pour certaines maladies, il y a une différence importante. Mais nous l’avons aussi vue chez des patients très jeunes, disons des enfants de 10 ans, qui avaient des problèmes psychologiques, comparativement à des enfants ayant très peu de problèmes psychologiques. »

Mais ces différences n’étaient pas uniformes à travers le cortex cérébral, a-t-il ajouté : elles étaient plus prononcées dans les régions du cortex associées à des tâches plus complexes comme le traitement de l’information, la prise de décisions et la planification des actions futures. Il ne s’agissait donc pas de régions associées à des fonctions de base comme la vue et l’ouïe.

« C’est logique quand on y pense, non ? a demandé le professeur Paus. Les problèmes psychiatriques ne sont pas une question de ce qu’on ne voit pas ou n’entend pas. Ce sont les pensées complexes ou les perceptions complexes qui sont possiblement perturbées. »

Développement précoce

Le professeur Paus et ses collègues ont ensuite pu établir un lien entre les caractéristiques de ces différences à la surface du cortex associatif et celles des évènements cellulaires qui sous-tendent le développement précoce du cerveau.

Ces différences ne sont toutefois qu’une partie de l’énigme, a-t-il dit, et elles n’offrent aucune certitude qu’une maladie mentale se manifestera plusieurs années après la naissance. Elles ne permettent pas non plus de déterminer quelle maladie mentale, le cas échéant, se présentera.

« C’est simplement une question de vulnérabilité », a précisé le professeur Paus.

Les chercheurs ont également découvert le point de convergence entre ces processus de développement et les gènes associés aux facteurs de risque périnataux, tels que le faible poids à la naissance, le manque d’apport en oxygène, l’hypertension maternelle et la prématurité.

« La chose la plus simple à faire serait évidemment de bien gérer ces facteurs de risque », a dit M. Paus.

Mais si ce n’est pas possible, a-t-il ajouté, on pourrait examiner ce qu’on pourrait faire pour amortir l’impact de ces évènements indésirables pendant les deux premières années suivant la naissance, une période pendant laquelle le développement du cerveau se poursuit en accéléré. D’autres recherches seront toutefois nécessaires pour le vérifier.

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical Biological Psychiatry.