La dernière campagne de la Fondation cancer du sein du Québec s’attire des critiques en raison de l’utilisation du mot « matante » dans son slogan.

Publié le 18 mars
Olivia Lévy
Olivia Lévy La Presse

Le slogan de la campagne ? « Le tricot, c’est pas juste pour les matantes. Le cancer du sein non plus. » Elle s’adresse aux jeunes femmes, car il s’agit du cancer le plus diagnostiqué chez les femmes de 30 à 49 ans. Le slogan est décliné en deux autres versions avec la broderie et la poterie, des loisirs d’une autre époque qui reviennent au goût du jour chez les plus jeunes.

Publicité maladroite, insultante, désolante ou sexiste, c’est ce qu’on peut lire notamment dans les commentaires sur la page Facebook de la Fondation cancer du sein du Québec. D’autres évoquent plutôt le côté accrocheur de la campagne.

Evelyne Morin-Uhl souligne qu’il est essentiel de sensibiliser les jeunes femmes au cancer du sein. À 39 ans, la coanimatrice de l’émission balado La carte cancer, diffusée sur la plateforme OHdio de Radio-Canada, est en traitement pour un cancer du sein métastatique. Elle ne comprend pas pourquoi la Fondation a utilisé le mot « matante », qu’elle juge irrespectueux.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Evelyne Morin-Uhl, coanimatrice de l’émission balado La carte cancer

« Je suis la première à faire des blagues de cancer, mais là, “matante”, c’est péjoratif, ça manque de sensibilité, c’est sexiste, réducteur, et franchement, qui utilise encore ce terme, “matante” ? Les jeunes ? Vraiment ? Et à quel âge exactement devient-on une matante ? Pour moi, “matante”, c’est un état d’esprit plus qu’un âge. On peut l’être à 25 ans comme à 70 ans, tout comme “mononcle”, d’ailleurs. »

Elle croit qu’il y a moyen d’être irrévérencieux et respectueux en même temps et cite l’exemple de la campagne pour sensibiliser les hommes au cancer des testicules de Cancer testiculaire Canada, de 2016. « La vidéo Les hommes qui murmuraient aux oreilles des couilles était vraiment hilarante », se rappelle Evelyne Morin-Uhl.

Regardez la vidéo

Karine-Iseult Ippersiel, présidente-directrice générale de la Fondation cancer du sein du Québec, explique que la Fondation ne voulait pas choquer. « Notre souhait était d’avoir une pointe d’humour avec ce slogan pour attirer l’attention. On ne traite personne de matante, on traite le cancer de matante. On n’insulte personne. Le but de la campagne est de faire en sorte que les femmes de moins de 49 ans soient alertées que le cancer du sein, ça peut leur arriver. Car les plus jeunes ont tendance à penser que c’est un cancer qui touche les femmes plus âgées », explique-t-elle.

PHOTO JEAN E. DOUVILLE, FOURNIE PAR LA FONDATION CANCER DU SEIN DU QUÉBEC

Karine-Iseult Ippersiel, présidente-directrice générale de la Fondation cancer du sein du Québec

Chez les 30-49 ans, de tous les décès dus aux cancers, 17 % sont dus au cancer du sein. C’est énorme. Il faut vraiment parler du sujet, être vigilante et pratiquer l’observation des seins à la maison.

Karine-Iseult Ippersiel, présidente-directrice générale de la Fondation cancer du sein du Québec

La prévention

La journaliste de mode Lolitta Dandoy a eu un cancer du sein à 29 ans. Elle parle de prévention depuis 10 ans et souhaite faire changer la perception du cancer chez les plus jeunes. « Le message de la Fondation est tellement important », dit celle qui a déjà participé à des campagnes de la Fondation cancer du sein du Québec.

Elle estime que cette nouvelle campagne est très belle visuellement, mais que le mot « matante » n’était pas le mieux choisi. « Les vidéos de 15 secondes sont très réussies, tout comme l’idée de la campagne, mais pourquoi utiliser le mot “matante” ? s’interroge-t-elle. En sensibilisant une partie de la population, on en stigmatise une autre. Il faut vraiment se concentrer sur le message, qui est la prévention. »

Karine-Iseult Ippersiel estime que cette campagne n’est pas une critique envers les femmes de son groupe d’âge (elle va avoir 50 ans) ou les plus âgées.

  • Image du slogan de la Fondation cancer du sein du Québec

    IMAGE FOURNIE PAR LA FONDATION CANCER DU SEIN DU QUÉBEC

    Image du slogan de la Fondation cancer du sein du Québec

  • Image du slogan de la Fondation cancer du sein du Québec

    IMAGE FOURNIE PAR LA FONDATION CANCER DU SEIN DU QUÉBEC

    Image du slogan de la Fondation cancer du sein du Québec

  • Image du slogan de la Fondation cancer du sein du Québec

    IMAGE FOURNIE PAR LA FONDATION CANCER DU SEIN DU QUÉBEC

    Image du slogan de la Fondation cancer du sein du Québec

1/3
  •  
  •  
  •  

« Est-ce qu’on a choqué des gens ? Je vais être la première à m’en excuser, ce n’était pas le but. Ce sont les statistiques sur le cancer du sein qui sont choquantes, et c’est là-dessus qu’il faut se concentrer, éduquer les femmes sur le sujet, ajuster le système de santé pour un meilleur dépistage. » Elle explique que le temps du diagnostic au Québec est trop long. « En Alberta, ça prend en moyenne 5 semaines ; ici, c’est 8 semaines, ça peut aller jusqu’à 17 semaines. Et ça, ce sont des chiffres qu’on a pour les plus de 50 ans. »

Le Québec est l’avant-dernière province au Canada, pour le prédiagnostic. « Il y a beaucoup de travail à faire. »

Consultez le site Fondation cancer du sein du Québec