Caroline Huard est devenue végane du jour au lendemain.

Publié le 9 janvier
Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

C’était il y a 10 ans, au retour d’un voyage en France où elle avait abusé des bonnes choses (ah, le fromage et le foie gras !). Elle a obtenu un temps décevant au demi-marathon pour lequel elle s’était entraînée. Elle ne se sentait pas bien. Après avoir lu un livre sur le véganisme, Caroline a trouvé la solution qu’elle cherchait. Ses lectures sur l’exploitation des animaux sont venues souder sa décision.

Aujourd’hui, Caroline Huard, alias Loounie, gagne sa vie avec la cuisine végétale. Elle est cheffe autodidacte, chroniqueuse et autrice de deux livres sur le sujet (Loounie Cuisine et Loounie Cuisine 2). Elle vient aussi de lancer la balado À plat ventre : la culture des diètes expliquée par Loounie sur la plateforme Ohdio.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Caroline Huard

On pourrait s’attendre à ce qu’elle dise que c’est facile, devenir végane. Elle ne le croit pas. Pas pour tout le monde, du moins. « Je pense qu’un point faible de l’argumentaire végane, c’est justement de dire que c’est facile, de devenir végane, dit Caroline Huard au téléphone. Ça peut l’être – pour moi, ça l’a été –, mais je ne pense pas que ça peut s’appliquer à tout le monde. »

Caroline avait les « conditions gagnantes » pour apprendre aisément un nouveau paradigme en cuisine. Elle vivait seule, sans enfant, elle avait du temps et habitait un quartier où les aliments frais étaient accessibles. Elle n’a pas d’allergie ni d’aversion alimentaire. Et à l’époque, elle se cherchait un nouveau défi, une nouvelle passion.

« J’ai souvent cette discussion avec des amis qui sont parents et qui en ont vraiment plein les bras, raconte Caroline. S’il fallait qu’ils réapprennent toutes ces choses qui sont des automatismes pour eux en cuisine – ramasser un poulet pour la semaine, acheter des viandes froides pour les lunchs –, où trouveraient-ils le temps ? Pour eux, souvent, ce n’est pas une option en ce moment. »

Y aller à son rythme

Autrefois ergothérapeute en santé mentale, Caroline Huard prône une approche bienveillante envers ceux qui veulent faire un virage alimentaire, qu’il soit partiel ou complet. Il est important d’y aller à son rythme, dit-elle, en fonction de la réalité propre à chacun. Cette façon de faire, selon elle, mènera à des changements plus durables pour la majorité des gens.

« Il y a beaucoup d’anciens véganes, souligne Caroline Huard. C’est quelque chose qu’on me dit souvent : “Moi, j’ai été végane pendant trois mois.” »

Ce que j’entends, là-dedans, c’est probablement quelqu’un qui a fait un changement complet dans son alimentation dans une mentalité de restrictions – parce qu’on est beaucoup conditionnés par la culture des diètes – et sans avoir de bases solides.

Caroline Huard

C’est d’ailleurs sa règle d’or : se construire des bases solides en ajoutant de nouveaux aliments plutôt qu’en en retirant. On peut par exemple apprivoiser une recette de tofu au four qui se sert avec du riz et des légumes, une recette de tempeh sauté qu’on peut manger dans des tacos ou comme garniture sur la pizza, une recette de soupe aux lentilles… (Caroline ne s’en vante pas, mais sa recette de « tofu magique » est devenue un classique passe-partout dans bien des chaumières du Québec.)

« Dans la semaine, il va y avoir un repas de tofu qui ne sera pas un repas de poulet, illustre Caroline Huard. Et après, on peut explorer autre chose. Tant qu’on n’a pas ces bases-là, ça ne sera pas des automatismes, mais on veut que ça le devienne. »

Embellir sa routine

Après 10 ans de véganisme, Caroline Huard n’a pas l’impression de se priver, bien que le deuil des œufs, pour elle, a été plus long à faire. Mais elle est consciente que les gens qui veulent arrêter de manger de la viande ou en manger moins le font pour la planète, pour le bien-être des animaux ou pour leur santé. Pas parce qu’ils n’aiment pas la viande, et encore moins le fromage !

On peut très bien continuer d’honorer ces traditions culinaires pour lesquelles on a de fortes envies tout en mangeant végane, assure Caroline Huard, qui pense à une recette de tourtière avec des champignons, des lentilles et des noix, ou encore à la crème glacée Häagen-Dazs végane. Dans son dernier livre, d’ailleurs, elle explore les textures, les saveurs et cet « umami » qu’on associe à la viande et au fromage, mais qu’on peut aller chercher autrement, notamment dans les champignons.

Pour la nouvelle année, au lieu de viser des résultats, Caroline encourage les gens à faire des choses concrètes pour embellir leur routine en cuisine. Faire le ménage du frigo, réorganiser la cuisine, s’offrir des contenants pour conserver ses légumes, un bon couteau, une bonne huile. « On sait qu’il n’y a pas grand-chose de meilleur pour notre santé que de cuisiner nous-mêmes beaucoup d’aliments frais », conclut-elle.

Les cinq épisodes de la balado À plat ventre : la culture des diètes expliquée par Loounie sont disponibles sur la plateforme Ohdio.

Consultez le site d’Ohdio