En deçà de l’âge de 14 ans, c’est aux parents que revient la décision de faire vacciner ou non les enfants. Au Québec, près des deux tiers des parents ont l’intention de faire vacciner leurs enfants de 5 à 11 ans. Comment expliquer ce choix familial aux principaux intéressés et bien les préparer ? Deux experts nous répondent.

Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Un pas significatif vers la vaccination des enfants de 5 à 11 ans a été franchi dans les derniers jours. Vendredi, la Food and Drug Administration (FDA), aux États-Unis, a autorisé le vaccin de Pfizer-BioNTech auprès de ce groupe d’âge, suivant un avis publié quelques jours plus tôt par un panel d’experts. Selon la FDA, pour les enfants aussi, les bénéfices associés à la vaccination dépassent les risques.

Santé Canada étudie actuellement la demande d’approbation soumise par Pfizer-BioNTech. Si le Canada obtient le feu vert, ce sont 63 % des parents québécois qui comptent faire vacciner leurs enfants de ce groupe d’âge, selon un récent sondage mené par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

La vaccination fait déjà partie de la routine des enfants. En temps normal, on prend rendez-vous, on y va et on n’en fait pas grand cas. Le contexte entourant le vaccin contre la COVID-19 est différent, souligne la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier, professeure associée à l’UQAM.

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Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal

Étant donné les aspects sociaux, étant donné que ça fait longtemps qu’on en parle, étant donné qu’ils ont entendu beaucoup de choses, mieux vaut selon moi prendre le temps.

Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal

L’idée est de répondre aux questions des enfants, mais aussi de les outiller pour qu’ils soient en mesure d’aller se faire vacciner « en comprenant pourquoi ils le font et en étant rassurés », dit-elle.

Discuter en famille

Pédiatre au CHU Sainte-Justine, le DOlivier Drouin conseille de discuter de la vaccination dans des termes concrets, adaptés à l’âge et au tempérament de l’enfant. Comme tous les autres vaccins que l’enfant a reçus, le vaccin contre la COVID-19 permet de se protéger soi-même, mais aussi de protéger les autres. Il s’agit d’une belle occasion, selon les deux experts, de développer l’altruisme des enfants. « On leur parle des gens de l’entourage qui sont plus fragiles », suggère le DDrouin.

PHOTO FOURNIE PAR OLIVIER DROUIN

Olivier Drouin, pédiatre au CHU Sainte-Justine

Les parents peuvent aussi rappeler à leur progéniture tous les désagréments liés à une contamination à la COVID-19. « L’idée de devoir s’isoler à la maison pendant 10, 14 jours, ça peut parler aux enfants », souligne le pédiatre.

Geneviève Beaulieu-Pelletier suggère aux parents d’annoncer que la vaccination des enfants approche et d’observer simplement leur réaction. Dans les familles où la vaccination va de soi, des enfants n’en feront pas grand cas, dit-elle. Si l’enfant a une attitude de fermeture, ou s’il fait valoir que certains de ses amis ne se feront pas vacciner, la psychologue conseille d’abord de lui demander ce qu’il a entendu et comment il se sent dans tout ça. Puis, le parent peut l’inviter à venir découvrir avec lui ce qui fait consensus dans la communauté scientifique. Des ressources destinées aux enfants peuvent être une belle base à la discussion, dit-elle.

Écoutez la vidéo Le vaccin contre la COVID-19 expliqué aux enfants
Consultez la page Vaccins et microbes en dessins animés du site Les Explorateurs

Aux yeux de Geneviève Beaulieu-Pelletier, soutenir l’autonomie de l’enfant est primordial. « Quand on fait face à un défi de santé, personnel et collectif, ce qu’on veut, c’est de le rendre autonome », dit-elle.

Olivier Drouin et Geneviève Beaulieu-Pelletier sont du même avis : gardons-nous de critiquer les familles qui choisissent de ne pas faire vacciner leurs enfants (cela concerne le quart des parents d’enfants de 5 à 11 ans au Québec, selon le sondage de l’INSPQ) pour ne pas affecter la relation entre les enfants. « On peut y aller avec un message plus positif en expliquant pourquoi, dans la famille, on a pris cette décision », indique le DOlivier Drouin.

Même si l’enfant n’a pas à consentir d’un point de vue légal, il est aussi préférable d’aller chercher son accord, quitte à lui donner un peu plus de temps pour s’informer, estime Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Si c’est fait d’une façon très contrôlante, ça peut avoir des effets à long terme qu’on n’aurait pas anticipés par rapport aux soins médicaux que l’enfant pourrait un jour devoir recevoir.

Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue clinicienne et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal

Et le jour J ?

La peur des aiguilles n’est pas à négliger. Si l’enfant est anxieux, le jour même de la vaccination, on peut établir un plan de match avec lui, conseille Geneviève Beaulieu-Pelletier : où et quand on se fait vacciner, avec qui et avec quoi (toutou pour se rassurer, jouet pour se distraire…). « Ce n’est pas le temps de se sentir coupable de sortir l’iPad ! », dit-elle.

Pour que l’enfant garde un beau souvenir de cette journée, on peut le laisser choisir le repas du soir ou encore l’emmener jouer au parc au retour de la clinique, suggère la psychologue.

Devrait-on le préparer aux effets secondaires possibles, comme la fièvre, la fatigue, la douleur locale ? À moins que la question ne soit posée, les experts n’y voient pas la nécessité. « Ça risquerait de créer des attentes négatives, souligne le DDrouin. Mais le lendemain, on ne fait pas exprès pour prévoir une grosse journée d’activités. »