Malgré les confinements, les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) ont continué de se propager au Québec lors de la dernière année. Les cliniques de dépistage qui sont demeurées ouvertes pendant la pandémie ont même été prises d’assaut. Et le déconfinement ne laisse augurer rien de bon pour la transmission de ces maladies… dont certaines résistent de plus en plus aux traitements.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Au centre d’autoprélèvement des ITSS Prélib et à la clinique médicale l’Actuel, spécialisée en santé sexuelle, le nombre de cas d’ITSS n’a pas diminué durant la pandémie de COVID-19, au contraire.

« Avant la pandémie, on faisait peut-être 300 dépistages par mois. Puis, avec la pandémie, on est passés à plus de 1000 par mois », lance Maxim Éthier, médecin fondateur et responsable de Prélib, à Montréal.

« On savait que c’était important de maintenir des services de prévention en ITSS », affirme le Dr Éthier, ajoutant que la clinique a fonctionné « à pleine capacité » tout au long de la pandémie. Maxim Éthier travaille aussi à la clinique de dépistage Quorum, qui a également connu un achalandage important.

Selon le Dr Éthier, il est faux de croire que les Québécois ont cessé d’avoir des relations sexuelles pendant la pandémie.

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Maxim Éthier, fondateur de la clinique de dépistage d’ITSS Prélib

On indiquait aux gens de rester à la maison, de ne voir personne, donc ça a encore plus stigmatisé ceux qui avaient des comportements sexuels actifs.

Le Dr Maxim Éthier, fondateur de la clinique de dépistage d’ITSS Prélib

Dans son plus récent rapport paru en mars 2021, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a noté une baisse du nombre d’ITSS recensées au cours des neuf premiers mois de 2020. Cette diminution s’observe à partir de mars 2020. Un constat qui « va à l’encontre des tendances observées au cours des dernières années », souligne l’INSPQ.

« Il est donc probable que cette diminution ne reflète pas la situation réelle de l’incidence des ITSS dans la communauté au cours des derniers mois », conclut le rapport. L’accès limité au dépistage, le délestage de certaines activités de vigie et le confinement pourraient expliquer ces chiffres étonnants, croit l’INSPQ.

« C’est sûr qu’il y a une baisse du nombre d’ITSS si on ne les dépiste pas. On a fermé beaucoup de centres de dépistage », lance le DRéjean Thomas, fondateur de la clinique l’Actuel, située au centre-ville de Montréal. Un facteur qui a contribué à la hausse de la fréquentation de sa clinique, qui a poursuivi ses activités à 95 % en présentiel depuis mars 2020.

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Le DRéjean Thomas, fondateur de la clinique l’Actuel

Du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021, la clinique l’Actuel a de son côté observé une nette augmentation des cas de chlamydia (+ 18 %), de gonorrhée (+ 53 %) et, surtout, de syphilis (+ 128 %).

Le DThomas craint aussi les conséquences du délestage dans le réseau de la santé pendant la pandémie sur le traitement des ITSS. Non traitées, ces maladies peuvent avoir de graves conséquences, qui peuvent aller jusqu’à l’infertilité.

Les professionnels n’ont pas été encouragés à faire du dépistage durant la pandémie, souligne en outre le DThomas. Une pratique qui peut être problématique, selon lui.

Réjean Thomas se souvient d’avoir rencontré un patient de 18 ans qui avait été traité trois fois pour une gonorrhée, sans succès. Après avoir subi un test de dépistage à l’Actuel, il s’est rendu compte qu’il était en fait séropositif.

Un phénomène qui touche les jeunes

Si le médecin a remarqué que ses patients plus âgés avaient diminué passablement leur nombre de partenaires au cours de la pandémie, « ça avait moins changé » chez les plus jeunes, malgré les contraintes du confinement.

La Dre Mathilde Labbé, qui travaille dans les cliniques UnionMD à Montréal, observe également que les jeunes ont moins bien respecté les règles de la Santé publique.

Malgré tout, elle a remarqué que les contacts sociaux ont diminué au début de la pandémie.

Je pense vraiment qu’il y a eu moins de maladies transmises sexuellement pendant [les mois de mars et avril 2020, mais] je suis sûre que pendant l’été [suivant], tout s’est rattrapé.

La Dre Mathilde Labbé

Maxim Éthier anticipe une hausse de la transmission des ITSS en raison du déconfinement. « Ça va augmenter. C’est un peu le même principe : quand on cherche, on trouve ; quand on ne cherche pas, on ne trouve pas. »

La Dre Labbé croit pour sa part que, globalement, les années 2020, 2021 et 2022 recenseront environ le même nombre d’ITSS.

La résistance aux antibiotiques : une préoccupation mondiale

La résistance aux antibiotiques de certaines ITSS préoccupe les médecins. La progression de la résistance de la gonorrhée est qualifiée de « très inquiétante » par l’INSPQ.

En 2019, 74 % des souches de gonorrhée analysées par le Laboratoire de santé publique du Québec étaient résistantes à la ciprofloxacine (un antibiotique mieux connu sous le nom de Cipro). C’était le cas pour à peine 32 % des souches en 2010.

« L’Organisation mondiale de la santé est très préoccupée. Il y a eu un cas de gonorrhée résistant à tout traitement, [mais] on n’en est pas là » au Québec, affirme le DRéjean Thomas, qui souligne que le Canada a accès à une grande variété d’antibiotiques.

D’ailleurs, le taux d’incidence (la vitesse de production de nouveaux cas d’un virus) de la chlamydia a augmenté de 12 % entre 2015 et 2019, rapporte l’INSPQ. Il s’agit de l’ITSS la plus répandue au Québec.