Écouter une sonate de Mozart pour combattre l’épilepsie : cette piste n’est pas nouvelle, mais des chercheurs pensent avoir levé un coin de voile sur les mécanismes que ce morceau de musique semble déclencher dans le cerveau des patients.

Paul Ricard Agence France-Presse

« L’aboutissement rêvé serait d’arriver à concevoir un type de musique “anti-épileptique” et de l’utiliser pour améliorer la vie de ces patients », explique à l’AFP Robert Quon, du département de neurologie de l’université américaine Dartmouth College, qui cosigne une étude publiée jeudi dans la revue Scientific Reports.

Ces vingt dernières années, plusieurs travaux ont mis en avant les vertus supposées de la sonate pour deux pianos en ré majeur (sonate K448) pour les épileptiques, en mesurant l’activité électrique de leur cerveau. C’est ce qu’on a appelé « l’effet Mozart ». Mais ces chercheurs disent être allés plus loin.

En faisant écouter la sonate à 16 patients équipés d’implants à l’intérieur du crâne, ils pensent avoir identifié les régions du cerveau sur lesquelles cette musique agit. Selon eux, ces régions sont celles qui sont liées aux réponses émotionnelles.

Ils montrent en outre qu’écouter cette sonate pendant au moins 30 secondes semble associé à une réduction d’un phénomène électrique cérébral caractéristique de l’épilepsie chez ces patients sur qui les médicaments ne marchent pas. Un effet particulièrement accentué pendant certains passages de la sonate, les moments de transition entre les phrases musicales de plus de dix secondes.

Le morceau est construit sur une succession de « thèmes mélodiques qui contrastent entre eux, et dont chacun est basé sur une harmonie qui lui est propre », note l’étude. C’est cette structure qui pourrait expliquer son effet sur le cerveau.

« La forme classique de la sonate » pourrait solliciter « des circuits émotionnels » en « installant d’abord des attentes musicales, puis en prenant le contre-pied de ces attentes, ce qui créerait une réponse émotionnelle positive », selon Robert Quon.

Décharges

« Nous aimerions creuser cette théorie, car la seule autre composition dont les propriétés antiépileptiques sont documentées est également construite selon la forme classique de la sonate, puisqu’il s’agit de la sonate pour piano en do majeur de Mozart (K545) », poursuit le chercheur.

Les 16 patients sur lesquels l’étude a été menée étaient tous hospitalisés pour une épilepsie qui résistait aux médicaments. On leur a implanté des sondes dans le crâne, directement au contact du cerveau, afin de réaliser des électroencéphalogrammes pour surveiller les crises.

C’est à un phénomène bien précis que se sont intéressés Robert Quon et ses collègues : les « décharges épileptiformes intercritiques ».

« De précédentes recherches ont montré qu’elles sont des biomarqueurs de l’épilepsie et sont associées à une fréquence plus importante des crises », selon Robert Quon.

Ce sont ces décharges épileptiformes intercritiques qui ont été réduites par l’écoute d’au moins 30 secondes de la sonate. En revanche, aucun changement de l’activité cérébrale des patients n’a été observé à l’écoute d’autres morceaux, même quand il s’agissait de leur musique préférée.

« Comme de nombreuses recherches, nos travaux soulèvent de nombreuses nouvelles questions », assure Robert Quon.

Il espère désormais pouvoir identifier précisément quels composants musicaux de la sonate ont des bénéfices thérapeutiques, dans l’espoir de « reproduire l’effet Mozart » avec d’autres morceaux.

L’épilepsie est l’une des affections neurologiques les plus fréquentes : l’OMS estime qu’environ 50 millions de personnes en sont atteintes dans le monde.

Elle se caractérise par des crises récurrentes, qui se manifestent par de brefs épisodes de tremblements involontaires. « Ces crises résultent de décharges électriques excessives dans un groupe de cellules cérébrales », explique l’OMS sur son site internet.