Les psychiatres pour enfants et adolescents constatent une hausse des consultations pour des troubles de santé mentale. En cette 19e Journée mondiale de la prévention du suicide, La Presse s’est entretenue avec le DMartin Gignac, chef du service de psychiatrie de l’Hôpital de Montréal pour enfants, afin de mieux comprendre la situation et parler des drapeaux rouges qui devraient alerter les parents.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

À l’Hôpital de Montréal pour enfants, vous avez remarqué une hausse de 35 % des jeunes se présentant aux urgences avec des troubles psychosociaux ou psychologiques entre 2020 et 2021. Comment explique-t-on cette augmentation ?

Il y a certainement des facteurs biologiques à explorer comme les dépressions majeures ou les maladies psychiatriques héritées comme celle-là. Mais il y a aussi beaucoup de facteurs psychosociaux qui les rendent plus vulnérables, comme l’impact des réseaux sociaux, les relations interpersonnelles, les enjeux d’estime de soi ou la réussite scolaire.

Durant la pandémie, ce que j’ai trouvé très marquant, c’est que les jeunes ont perdu leurs contacts sociaux et leurs activités sportives. Ils étaient isolés à la maison et passaient beaucoup de temps sur les écrans, parce qu’ils devaient faire l’école en ligne. Ce ne sont certainement pas des habitudes de vie favorables au développement d’un esprit sain. Je vois beaucoup de jeunes qui avaient certaines vulnérabilités avant, mais la pandémie a déclenché une cascade d’évènements qui les a entraînés dans une plus grande détresse émotionnelle. Ça a précipité des jeunes dans des périodes suicidaires, parfois avec des tentatives, malheureusement. On voit que la pandémie a mis en lumière des vulnérabilités et qu’il faut déployer des ressources.

En ce moment, quelle est la situation en ce qui a trait aux consultations et admissions liées à la santé mentale des jeunes à votre hôpital ?

Il y a eu une accalmie cet été, avec la vaccination et l’espoir du retour à la normale. Mais là, on n’est certainement pas dans la période la plus rose de notre lutte contre la pandémie. Les admissions et les consultations augmentent à nouveau. Il y a une vague virale, et par la suite, on voit arriver la vague santé mentale.

Avec cette « vague santé mentale » à venir, quels sont les drapeaux rouges qui doivent alerter les parents ?

C’est important de prêter une oreille attentive au discours des adolescents. Malheureusement, à l’adolescence, il y a un détachement de la cellule familiale et c’est notre travail en tant que parents de nous assurer qu’on est au courant de ce qui se passe dans la vie de notre enfant.

Les drapeaux rouges sont par exemple si l’on constate que les adolescents disent qu’ils sont découragés, qu’ils ne savent plus comment s’en sortir, qu’ils ont des idées noires. Il y a aussi des manifestations comportementales, lorsque les jeunes commencent à s’isoler ou n’ont plus d’intérêt pour les activités qui les passionnaient avant. S’ils commencent à avoir une humeur plus triste ou irritable ou consomment des substances. Des changements dans le sommeil, l’appétit, le poids ou l’énergie peuvent être des signes qu’on est en train de tomber en dépression et qu’il faut aller consulter. L’idéal est de recourir aux services communautaires, mais certains se tournent vers le privé ou vont en centre hospitalier.

Que peut-on faire en tant que société pour mieux prévenir les suicides ?

La prévention du suicide doit commencer tôt. Il ne faut pas attendre que les jeunes soient rendus au bord du gouffre. Ça prend des mesures d’adaptation scolaire. On parle beaucoup de protection de la jeunesse […] et il faut s’assurer que les jeunes grandissent dans des milieux qui les soutiennent et les valorisent. Un des facteurs protecteurs forts est la scolarisation. Être capable de rester dans un cheminement scolaire est positif pour le fonctionnement et l’avenir des jeunes.

Cette entrevue a été éditée par souci de concision.

Besoin d’aide pour vous ou un proche ?

• Ligne téléphonique de prévention du suicide : 1866 APPELLE (1 866 277-3553)
• Ligne Info-Social du gouvernement du Québec (811)
• Site d’aide et de prévention (suicide.ca)
• Centre de prévention du suicide du Québec (cpsquebec.ca)
• Association québécoise de prévention du suicide (aqps.info)