La nouvelle est arrivée un peu par surprise, il y a deux semaines, alors que la Santé publique a annoncé d’un coup la réouverture de plusieurs secteurs de l’économie québécoise, dont celui des spas. On peut désormais s’adonner à la thermothérapie et se détendre dans un bain à remous partout au Québec. Et d’après nos observations, la clientèle est au rendez-vous.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Jeudi matin. Alors que la canicule s’abat sur Montréal, nous quittons sous un soleil radieux l’île vers des terres plus fraîches. Direction : Bromont, où le Balnea spa + réserve thermale accueille depuis quelques jours à peine la clientèle dans sa superbe réserve naturelle qui comprend la vue et l’accès au miroitant lac Gale, avec sa nouvelle expérience Bain de nature.

Le propriétaire, Denis Laframboise, raconte que pendant des semaines, son équipe et lui ont été « dans le brouillard », incertains de la suite des choses. « La première lueur d’espoir qui nous a permis de prendre une décision et d’y voir plus clair, c’est lorsque, à la mi-mai, le gouvernement a annoncé que la baignade en eau libre était de nouveau possible. »

C’est à partir de là, et avant même que soit officiellement permise la reprise des activités de thermothérapie, que le Balnea a imaginé cette nouvelle expérience immersive et personnalisée, pour deux personnes, qui sera offerte tout l’été. Le concept : on réserve une plage de quatre heures, en matinée ou en après-midi, dans une des 60 stations privées nouvellement mises en place. Le forfait comprend donc un espace à soi (dans les « stations » du Sommet, de la Vallée ou du Lac), une boîte à lunch trois services, un service personnalisé par le personnel masqué, la possibilité de faire la trempette dans le lac et, désormais, l’accès à l’expérience thermale.

On a pensé une offre pour la baignade en eau libre. On a imaginé des stations pour limiter la capacité, et faire en sorte que les gens aient leur petit cocon. L’accès à la nature, les gens recherchent ça en ce moment, ils veulent se reconnecter. L’annonce de la réouverture des spas, c’est un plus, cela nous permet d’avoir plus de demande.

Denis Laframboise, propriétaire du Balnea spa + réserve thermale

Le propriétaire dit avoir investi pas moins de 200 000 $ pour rendre le site attrayant et adapté aux nouvelles normes, et qui peut accueillir avec cette nouvelle formule environ 40 % de sa capacité habituelle.

Résultat : c’est absolument réussi. Déjà que l’endroit est un de nos spas favoris au Québec, le fait d’avoir son espace à soi, du service attentionné à sa station par du personnel avenant, un délicieux repas tout en fraîcheur et, surtout, cette impression que le site nous appartient, ou presque, ajoute grandement à l’expérience globale et favorise réellement la détente.

Clients au rendez-vous, mesures adaptées

Évidemment, tout le monde n’est pas à l’aise de se retrouver dans des bains à remous ou des saunas avec des étrangers. Cependant, il est de plus en plus admis que l’eau chlorée et les hautes températures ne sont pas des environnements facilitant la propagation du virus.

PHOTO FOURNIE PAR LE SCANDINAVE SPA

Le spa est un endroit idéal pour la distanciation physique comme au Scandinave Spa Mont-Tremblant (notre photo).

« Dans un spa, par défaut, les gens vont rechercher la distanciation physique, être dans leur bulle. Aussi, normalement, ce sont des environnements où on demande le silence, donc les gens ne parlent pas et n’émettent généralement pas de gouttelettes », souligne Steve Arsenault, président du groupe Scandinave Spa, qui compte quatre adresses au pays, dont celles du Mont-Tremblant et du Vieux-Montréal.

Les propriétaires de spas à qui nous avons parlé ont tous mis de l’avant diverses mesures afin d’assurer encore davantage la distanciation sur leur site : mobilier distancé, capacité d’accueil réduite, indications claires sur la capacité maximale dans les bains à remous, saunas ou bains vapeur, marquages au sol pour faciliter une circulation sans contact, réservations avec heures d’arrivée étalées dans le temps afin d’éviter l’achalandage à l’accueil, etc.

Ainsi, le Scandinave Spa a réduit sa capacité d’accueil de 50 % pour l’instant, ce qui permet aussi de bien nettoyer entre les passages de chaque client, affirme M. Arsenault, qui a de plus engagé une équipe de ménage de nuit. Pour l’instant, l’endroit ne prend pas de réservations.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Au Bota Bota, seul le forfait Escale, permettant un accès de trois heures aux bains, est proposé pour l’instant.

Au Bota Bota, l’ouverture sera graduelle, avec l’accès aux Jardins d’abord, dès ce samedi – l’ouverture du côté bateau viendra plus tard.

La partie logistique des mesures sanitaires, pour nous, ce n’est pas complexe, c’est déjà dans nos mœurs. On va juste un peu plus loin. La plus grande différence, c’est la réservation obligatoire. Pour nous, c’est une question de respect pour notre clientèle, on veut éviter que les gens aient à attendre dans une file.

Geneviève Émond, propriétaire du Bota Bota

Mme Émond estime que la réduction de sa capacité est de l’ordre de 40 %, avec, pour les Jardins, un maximum d’une cinquantaine de personnes à la fois sur le site qui comprend deux saunas, un bain à remous, un bain froid, une piscine et quatre salles de détentes intérieures. Seul le forfait Escale, permettant un accès de trois heures aux bains, est proposé pour l’instant, avec des heures d’arrivée toutes les 30 minutes, afin de « contrôler le flux de personnes à bord. »

Expérience améliorée

Ouvert le week-end dernier également, le Spa Scandinave Mont-Tremblant est satisfait de ses premiers jours d’opération. « Les gens étaient pas mal excités de nous voir, de se retrouver en nature chez nous, de sentir l’odeur relaxante de l’eucalyptus à leur arrivée. On a bon espoir de retrouver notre clientèle à moyen terme », confie Steve Arsenault.

PHOTO FOURNIE PAR SCANDINAVE SPA

Le Scandinave Spa Mont-Tremblant est de retour depuis le week-end dernier avec son offre thermale complète.

Annoncé jeudi, la réouverture des jardins du Bota Bota avait engendré 40 réservations en deux heures. « Les gens répondent à l’appel », estime, heureuse, Mme Émond.

Si cette nouvelle réalité n’est certes pas la plus profitable pour les propriétaires de spa, la clientèle, elle, risque d’être ravie par une expérience plus intime et personnalisée. C’est du moins ce que croit Guillaume Lemoine, fondateur et copropriétaire de la bannière Strøm spa nordique, qui compte quatre spas au Québec (Île-des-Sœurs, Mont Saint-Hilaire, Sherbrooke et Vieux-Québec), tous rouverts complètement, restaurants inclus, depuis samedi dernier.

« De mon point de vue de propriétaire, je ne peux pas être plus content. Les commentaires des clients sont très positifs. Les gens se sentent en sécurité, il y a moins de monde, ils vivent des expériences incroyables. Et ils font plus attention à la distanciation, ce qui favorise la détente. L’expérience est améliorée. »

Les capacités actuelles des Strøm atteignent, selon le spa, entre 60 et 75 % des capacités maximales habituelles, précise ce dernier. Et l’achalandage correspond, grosso modo et proportionnellement, à ce qu’il était avant la pandémie, constate M. Lemoine, qui, pour l’instant, fonctionne comme auparavant, c’est-à-dire sans réservation pour l’expérience thermale, qui est proposée au même prix qu’avant.

PHOTO FOURNIE PAR STRØM SPA NORDIQUE

Guillaume Lemoine, fondateur et copropriétaire de la bannière Strøm spa nordique.

On n’augmente pas les prix, mais on augmente le service !

Guillaume Lemoine, fondateur et copropriétaire des Strøm spa nordique

« Notre adresse la plus populaire reste celle du Vieux-Québec. On y a une clientèle super fidèle et, comme l’endroit n’est ouvert que depuis un peu plus d’un an, encore beaucoup de gens n’ont pas eu l’occasion de nous visiter. Ça leur fait une activité à faire et à découvrir », estime-t-il.

Alors que les occasions de sortir se font plus rares et que les budgets sont plus serrés qu’avant, plusieurs clients décident de se payer un petit luxe abordable en décrochant une journée au spa. « Avec un massage remboursé en partie par les assurances, par exemple, ça devient une sortie pas trop onéreuse qui permet vraiment de se détendre », conclut Guillaume Lemoine.

Et ça, on en a tous besoin.