Le ciel a été menaçant une partie de l’après-midi, mais le beau temps finit par revenir, juste à temps pour le cours de yoga de Claudette Ah-Soon dans un coin du parc Laurier. Son studio, Surya-Montréal, situé tout près dans le Mile End, demeure fermé. Le cours se déroule donc dans un « studio » bien aéré, sur l’herbe, sous des arbres agités par les vents.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Nous avons fait des cours en ligne, mais c’est bien différent d’être avec de vraies personnes, commente Mme Ah-Soon. Les gens aiment avoir ce lien social et être à l’extérieur, près de la nature. Ça nous aide à nous poser, à nous reconnecter, à profiter du beau temps. Les gens en avaient besoin. »

La Santé publique a autorisé la reprise des activités sportives à l’extérieur à partir du 8 juin. Bien des écoles et des centres d’entraînement ont sauté sur l’occasion pour organiser des cours et des séances d’entraînement dans les parcs.

Plusieurs avaient donné des cours et des entraînements en ligne pendant le confinement, mais ils avaient quand même noté les limites de cette pratique.

« Je faisais des vidéos en Facebook Live, indique Yannick Gravel, responsable de l’école Kung Fu Montréal Est. Au début, ça marchait beaucoup, il y avait une cinquantaine de personnes qui le suivaient. J’en ai fait une trentaine, mais à la fin, l’achalandage était moindre, la motivation était moins au rendez-vous. Il était temps d’aller à l’extérieur. »

Cours de Kung Fu au parc Maisonneuve

  • PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

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Kung Fu Montréal Est a donc commencé à donner des cours pour adultes au parc Maisonneuve dès l’autorisation de la Santé publique. « Je m’attendais à une dizaine de personnes, mais on était plus de 20 au premier cours, s’enthousiasme M.  Gravel. Ça manquait pas mal aux gens, l’entraînement. »

Cet engouement l’encourage. « Nous vivons beaucoup de stress, d’anxiété face à l’incertitude et les loyers qui s’accumulent, explique-t-il. Nous voyons beaucoup d’énergie de la part de nos clients. Ça nous fait du bien, ça nous pousse à nous accrocher. »

Don White, propriétaire du centre d’entraînement CoreXcellence, a aussi commencé par des entraînements en ligne pour sa clientèle, constituée de monsieur et madame Tout-le-Monde, mais aussi de jeunes athlètes d’élite en soccer, hockey, basketball et ski.

« Je pensais qu’on ne serait fermés qu’une ou deux semaines, se rappelle M. White. Après deux semaines, on a pris ça plus au sérieux. »

L’équipe de CoreXcellence a concocté des entraînements pour ses clients à l’aide d’une application. Mais dès que l’entraînement extérieur a été autorisé, le centre a pris les mêmes entraînements pour les transposer dehors avec un entraîneur en chair et en os.

« Je voulais montrer aux athlètes qu’avoir accès à un programme, ce n’est pas la même chose que d’être coaché avec le même programme, déclare M. White. J’ai envoyé mes coachs dans l’Ouest-de-l’Île, à Laval, moi j’ai été au parc Kent [maintenant appelé Martin-Luther-King]. On a coaché nos athlètes et ils ont réalisé qu’avec le même programme, l’intensité montait de quelques niveaux. Ils vont avoir réalisé l’importance du coach. »

Défis supplémentaires

Le passage dans les parcs n’a pas toujours été de tout repos. Juste avant un entraînement au parc Kent, un des athlètes a appelé M. White pour lui faire savoir qu’il y avait un policier stationné sur place.

« Je me suis dit, oh boy… Je suis allé le voir, j’ai admis qu’ils étaient nombreux, mais que nous allions garder les deux mètres de distance. Il a dit qu’il allait regarder les 15 premières minutes et que s’il n’y avait pas de plaintes, il nous laisserait faire parce qu’il fallait qu’on recommence à vivre un peu. C’est ce qui est arrivé. »

Évidemment, donner un cours ou superviser un entraînement en plein air comporte certains défis particuliers. La météo, entre autres. En cas de pluie, Surya-Montréal offre son cours en ligne. Kung Fu Montréal Est propose de remettre le sien au lendemain.

« Nous avions déjà donné des cours à l’extérieur, on savait un peu à quoi s’attendre, commente Claudette Ah-Soon. La principale difficulté pour nous, c’est d’être audible pour tout le monde malgré la distance. »

Elle qui aimait corriger physiquement la position des gens doit maintenant se borner à faire ses corrections verbalement. « Jusqu’ici, ça marche. »

Pour Yannick Gravel, la pratique à l’extérieur a un grand avantage : il y a beaucoup de place, beaucoup plus qu’à l’intérieur pour pratiquer de grands mouvements avec des armes. Mais évidemment, il n’est pas question pour l’instant de faire des combats corps à corps.

« Beaucoup de gens s’inscrivent aux arts martiaux pour avoir des sports de combat, indique-t-il. Il faut convaincre le client qu’on peut peaufiner certains trucs, certains aspects des arts martiaux sans contact. »

Claudette Ah-Soon a vu l’effet positif de ses cours. « À la fin, les clients sont souriants. Nous essayons de faire un yoga qui n’est pas seulement physique, mais qui aide à développer des émotions, comme la gratitude, la joie, la paix. »

De son côté, Don White se sent une responsabilité face à ses clients, même pendant cette situation particulière. « Il faut les garder en shape, pas seulement physiquement, mais mentalement, affirme-t-il. Les gens oublient cela, mais l’entraînement est très bon pour la santé mentale. »