Une experte en nutrition affirme que les Canadiens pourraient traverser une période « d’anxiété alimentaire » au milieu de l’épidémie de COVID-19.

Melissa Couto
La Presse canadienne

Mais des options alimentaires saines sont toujours possibles tout en pratiquant la distanciation sociale et l’auto-isolement, même si cela signifie avoir à se tourner vers des plats surgelés et en conserve afin de rendre les déplacements à l’épicerie moins fréquents.

« Les gens ont clairement peur d’aller à l’épicerie et essayer de limiter le temps à l’épicerie est probablement une bonne idée », a affirmé Debora Sloan, diététiste professionnelle à Ottawa.

« Et je pense que les gens sont anxieux et se questionnent à savoir s’ils vont avoir assez de nourriture et s’ils doivent se rationner. »

« Je pense que nous pouvons tenter de tirer du positif de cette situation et les gens peuvent utiliser ce temps pour faire un peu de préparation de repas en avance, s’amuser avec des recettes, faire des choses qu’ils peuvent congeler et stocker pour plus tard, et expérimenter un peu plus avec des aliments en conserves et des fruits et légumes surgelés. »

Bien que les produits frais et les options de viande soient disponibles en moindre quantité dans certaines épiceries du pays, Debora Sloan a indiqué qu’il existait encore de nombreuses alternatives sur les étagères et dans les sections réfrigérées.

Des choses comme le tofu, le yogourt grec, les blancs d’œufs et le fromage cottage sont des produits protéiques périssables qui « durent plus longtemps que nous ne le pensons », tandis que les lentilles et les haricots en conserve, les pois chiches et le thon contiennent des protéines avec une durée de conservation plus longue. Avoir une poudre de protéines à base de plantes à portée de main pour ajouter des nutriments à des choses comme les smoothies et les crêpes peut également aider.

Les fruits et légumes congelés contiennent également beaucoup de nutriments, a soutenu Mme Sloan, ajoutant que les options congelées peuvent être encore meilleures que les produits frais qui se retrouvent dans un camion de livraison après avoir été cueillis.

Jonathan Conti, un diététiste qui travaille dans un foyer de soins de longue durée de Toronto, est du même avis.

« L’avantage des légumes surgelés est qu’ils sont récoltés à une fraîcheur maximale, blanchis et surgelés pour préserver leur valeur nutritionnelle, a expliqué Jonathan Conti dans un courriel à La presse canadienne. “J’ai tendance à choisir les légumes surgelés qui prendraient plus de temps à se préparer lorsqu’ils sont frais. Par exemple, la courge musquée surgelée, le brocoli, le chou-fleur et les épinards sont des options riches en nutriments qui prennent un temps de cuisson minimal (lorsqu’ils sont surgelés). »

M. Conti recommande aux gens de faire un inventaire alimentaire avant de s’approvisionner à l’épicerie.

La connaissance de ce qui se trouve déjà dans le placard aide non seulement à planifier les repas, mais elle peut également atténuer l’anxiété d’achat et limiter le temps passé dans un magasin.

« Si vous avez une idée de ce que vous voulez manger pendant les deux prochaines semaines, il sera plus facile de magasiner pour tout ingrédient manquant », a indiqué Jonathan Conti. « Des repas sains ne signifient pas forcément des repas raffinés et des repas simples peuvent être tout aussi nutritifs. »

« Si vous avez du bouillon à faible teneur en sodium, des haricots mixtes en conserve, des légumes comme les carottes, les pois, les tomates en dés en conserve, vous pouvez faire une soupe copieuse qui peut durer plusieurs repas. »

Bien qu’il soit important d’acheter des aliments sains pendant une pandémie, Mme Sloan assure qu’essayer de maintenir d’autres habitudes saines – ce qu’elle appelle « une alimentation consciente » – devient encore plus important alors que les gens sont confinés à leur domicile pendant l’éloignement social et l’auto-isolement.

« Être à la maison tout le temps augmente l’accès à la nourriture dans la maison et cela peut être problématique pour les personnes qui sont des grignoteurs ou des mangeurs émotionnels, a souligné la diététiste lors d’une entrevue téléphonique. Les gens sont stressés parce qu’il se passe beaucoup de choses en ce moment et ils pourraient faire plus de grignotage qu’ils ne le feraient s’ils étaient au travail ou à l’école ou en train de vaquer à leurs occupations habituelles. »

« Il est donc plus important de rester en phase : pourquoi est-ce que je mange ? Ai-je réellement faim ? Est-ce que ça va satisfaire ma faim ? Est-ce que je mange en raison du stress ? Est-ce que je mange parce que je m’ennuie ? »

Debora Sloan a également averti que ce n’est pas le meilleur moment pour revoir complètement ses habitudes alimentaires. S’en tenir à un plan plus familier pourrait être une ligne de conduite plus efficace.

« Les gens ont beaucoup à faire avec les enfants à la maison et le stress et ils ne vont pas faire d’énormes changements de comportement en ce moment, a-t-elle mentionné. Je pense qu’il est juste important de rester calme et conscient. »

« C’est aussi correct de manger de la malbouffe parfois et de ne pas laisser cela vous faire dérailler. Je pense que beaucoup de gens ont cette attitude et c’est difficile de s’en sortir, alors essayez juste de ne pas être si dur avec vous-même. »