Les enfants se lancent dans des études en ville ou entrent sur le marché du travail. Le prix des loyers donne le vertige, alors plusieurs parents décident de donner un coup de pouce et d'investir dans l'achat du premier condo.

Danielle Bonneau LA PRESSE

Marc-André Plante, 24 ans est tout juste diplômé en pharmacie. Mais il est déjà propriétaire d'un appartement.

Alors qu'il était encore aux études, en mars 2010, il a acheté un condo en construction au Faubourg Contrecoeur, dans l'est de Montréal. Il en a pris possession quatre mois plus tard. Économe depuis qu'il est tout petit, il y a vu une occasion de faire un bon investissement.

«Comme j'habitais tout près, à Anjou, je m'étais déjà renseigné sur le prix des unités et j'ai constaté qu'en un an, le même appartement avait augmenté considérablement de valeur, explique-t-il. J'aime le coin, qui est situé non loin des autoroutes 25 et 40. Je demeure aussi non loin de mes parents, ce qui les rassure. Dans 12 à 18 mois, je compte vendre le condo pour acheter une maison dans le même projet.»

Ayant de l'argent de côté, il a préféré ne pas profiter du programme Accès Condo, offert au Faubourg Contrecoeur. Pour éviter de payer l'assurance-prêt hypothécaire de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) et réduire ses paiements mensuels, il a emprunté à ses parents la somme nécessaire afin que sa mise de fonds représente plus de 20% du prix du condo.

De plus en plus de parents encouragent leurs enfants à devenir propriétaires et les aident financièrement.

Ce soutien prend différentes formes. Plusieurs parents versent carrément la mise de fonds minimale requise ou en paient une partie. Dans d'autres cas, lorsque les jeunes sont fraîchement diplômés et ont récemment obtenu un emploi, bon nombre de parents endossent le prêt.

«Il n'y a pas de formule typique, indique Manon Angers, conseillère en prêts hypothécaires à la Banque Royale, qui travaille au centre-ville de Montréal. Mais je vois beaucoup de parents qui aident leurs enfants à obtenir une mise de fonds plus élevée. Ils ne sont pas nécessairement riches. Ils profitent souvent de l'équité qu'ils ont sur leur maison.

«Les acheteurs, d'ailleurs, sont de plus en plus jeunes, constate-t-elle. Très tôt, à 24 ou 25 ans, ils viennent nous rencontrer pour s'orienter, avec l'objectif d'acheter très rapidement. Cette nouvelle génération est citadine et se déplace beaucoup à pied et en métro. Qu'elle provienne du 514 ou du 450, elle ne veut pas avoir deux ou trois voitures. Si elle achète un petit condo, ce n'est pas grave. Elle va le revendre dans deux ou trois ans pour acheter plus grand!»

Au complexe Impérial, dans le quartier Saint-Henri, Prével vise une clientèle formée de jeunes et de célibataires. L'espace a été rationalisé pour répondre à leurs besoins budgétaires. Certains acheteurs ont 22, 24 ans, et même 20 ans, note Jacques Vincent, coprésident de l'entreprise. «À cet âge-là, c'est sûr qu'il y a un support des parents», dit-il.

Dans le complexe Quartier 54, en construction à côté de la station de métro Rosemont, entre 15% et 20% des acheteurs ont obtenu un soutien financier de leurs parents, estime Denis Robitaille, président de Conceptions Rachel-Julien.

«Cela se fait depuis un certain temps, mais je crois que cela s'accentue, souligne-t-il. Les prix continuent de grimper et la contribution des parents fait une différence. Les babyboomers ont réussi à amasser un peu d'argent et sont contents d'aider, car ce n'est pas facile de mettre de l'argent de côté.»

Chez Samcon, plus de la moitié de la clientèle est formée d'acheteurs faisant l'acquisition de leur première propriété. Paul Martin constate aussi le soutien financier de plusieurs parents.

«Les logements locatifs, de moins en moins nombreux, ne sont pas abordables, indique M. Martin, vice-président ventes et marketing de l'entreprise. Grâce aux taux d'intérêt historiquement bas, cela ne coûte pas beaucoup plus cher d'acquérir un condo. Les babyboomers ont acheté des résidences qui ont pris de la valeur et ils veulent aider leurs enfants à bâtir leur capital. Quitte à acheter plus petit, pour commencer.»