«La demeure de l'avenir? Réalité d'aujourd'hui!» Ce titre engageant coiffait un photo-reportage de La Presse paru le 6 juin 1963. Le cahier de12 pages portait sur une maison bien particulière de Laval, une maison tout en béton. Tout aussi particulier, le cahier était illustré de photos prises par le célèbre Antoine Désilets. Selon l'article, la «demeure d'une conception toute nouvelle» promettait du renouveau dans l'immobilier. Quarante-huit ans plus tard, la résidence est à vendre.

Valérie Vézina, collaboration spéciale LA PRESSE

On la découvre au fond d'une rue sans issue, dans le Domaine Renaud. Les boulevards Saint-Martin, Industriel et Le Corbusier et une frange industrielle délimitent ce secteur boisé de Chomedey.

Deux murales de l'artiste Charles Daudelin (1920-2001) ornent l'extérieur. L'une est bien visible devant la maison. L'autre représente des instruments de musique. Elle est dissimulée d'un côté de l'habitation jouxtant un terrain inoccupé.

Sur ce mur aveugle, des «dalles de béton à agrégats apparents» avec de petites pierres forment l'oeuvre de Daudelin (à même le parement de béton). Avec Denis Forget, 51 ans, Robert Goguen a supervisé l'ensemble des travaux de rénovation réalisés dans leur maison ces dernières années. «Je suis allée à l'école de maçonnerie et j'ai demandé à deux finissants, deux petits jeunes, de venir travailler ici pendant un été, pour remplacer les joints de ciment à la grandeur», dit M. Goguen, 69 ans.

«Répondre aux besoins tant physiques qu'émotifs»

À sa construction, cette maison «moderne» devait répondre aux besoins de la famille. Le publireportage paru cinq mois avant l'assassinat de John F. Kennedy évoquait un besoin de silence dans la chambre des parents, un besoin général d'espace, mais aussi un besoin d'intimité au salon qui devait être «sans vues directes vers l'extérieur, qui distrairaient».

«Monsieur Daudelin et Jean-Louis-Lalonde [l'architecte] se fréquentaient. C'est en soupant ensemble qu'ils avaient eu l'idée de s'associer [pour concevoir cette maison]», raconte M.Goguen. Ce dernier a eu l'occasion de rencontrer leurs descendants. C'est ainsi qu'il en a appris davantage sur l'histoire fascinante de ce projet, décrit à l'époque comme «une expérience».

«Le luxe de l'espace et la richesse du béton»

La société Miron et d'autres fournisseurs ont commandité l'entreprise. Si le choix d'ériger tous les murs en blocs ou en briques de ciment apparaît moins commun de nos jours, ce choix comportait un avantage: les propriétaires successifs ont pu peinturer ce matériau à qui mieux mieux.

M. Forget a brûlé au chalumeau les différentes couches de peinture sur les façades - une technique plus efficace et moins polluante que le décapage, affirme-t-il. À elle seule, cette tâche a requis cinq ans. «À temps perdu», précise M. Forget. Cinq teintes chaudes parent maintenant «la maison de l'année» 1963.

Le petit sous-sol de service, lui, est resté gris béton. De hauts blocs disposés de façon inusitée y mènent, probablement pour gagner de l'espace. Les occupants actuels ont fait remplacer ici la chaudière à l'huile par un système de chauffage au gaz.

Deux escaliers plus sveltes relient les deux étages de vie.

Les pièces sont presque entièrement décloisonnées.

L'habitation comporte trois zones, l'une destinée aux parents, l'autre aux enfants et une zone commune étendue sur les deux niveaux. Ainsi au rez-de-chaussée, une partie de la «salle de famille» est aménagée sous la cuisine et s'ouvre sur une terrasse couverte par la salle à dîner, localisée au-dessus.

Le prolongement de la cuisine servait aussi de «salle de famille» à l'étage. MM. Goguen et Forget y ont installé quelques fauteuils, un coin ordinateur et une table pour leurs repas de tous les jours. «Il a fallu refaire complètement les armoires, elles étaient toutes rouillées à l'intérieur», indique M. Goguen avec l'accent acadien.

Parmi les autres rénovations récentes, il y a eu l'ajout d'un patio, le remplacement de la toiture, de certaines fenêtres et des revêtements de sol.

Une fenêtre au-dessus de l'évier de la cuisine devait permettre à «la mère» de «surveiller les jeux des enfants à l'extérieur, surtout autour de la piscine».

Des quelque 50 000 pi2, il en resterait 13 000, à vendre avec la demeure. Pourquoi vendre maintenant? «Je m'en vais en Acadie», s'exclame M. Goguen. «J'aime la mer et ici, il n'y a pas de mer(...). L'été, tu vas chercher ton poisson sur le quai...»

Prix demandé: 795 000$

Garage détaché (4 places), «carport» (une place)

Année de construction: 1963

Nombre de pièces: 9

Dont 4 chambres " 3 salles de bains et douche extérieure

Évaluation municipale (2010): 394 900$

Impôt foncier (2011): 3875$

Taxe scolaire (2010): 793$

Courtière: Liza Kaufman, Sotheby's International Realty Quebec, (514) 232-5932