Pourquoi les revêtements en bois massif sont-ils si rares sur les nouvelles résidences au Québec? «Parce que le clin de vinyle, entre autres, n'est pas cher et parce que le bois demande trop d'entretien», me répondent tous ceux à qui je pose la question.

Lucie Lavigne LA PRESSE

J'ai aussi posé cette question à des experts. Voici leurs commentaires.

> Un revêtement de bois massif sans protection ni produit de finition peut durer très longtemps, jusqu'à 30 ans. «L'important est que la surface soit chainée et séchée. L'ennemi du bois demeure l'humidité. Voyez les vieilles granges grises du Québec», note Robert Beauregard, professeur en génie du bois et doyen de la faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval.

 

> Le spécialiste rappelle que certains temples bouddhiques en cèdre japonais (sugi) ont jusqu'à 1200 ans. «Dans ces cas, il y a d'importants débords de toiture qui protègent les parois verticales», dit-il.

> Le cèdre - le blanc de l'est du Canada ou le rouge de l'Ouest - est naturellement plus durable que les autres essences indigènes. «Le cyprès jaune fait également partie des essences hautement résistantes à la pourriture», précise Manon Gignac, chercheuse en protection du bois chez FPInnovations - Division Forintek.

> L'acceptation du grisonnement naturel d'un revêtement extérieur est encore loin de faire des adeptes au Québec. Question de culture? «En effet, il y a des endroits dans le monde, comme au Japon, où une personne qui construit un édifice en bois témoigne d'un grand respect du patrimoine», fait remarquer M. Beauregard. Quant à la patine grise, elle est une conséquence de la photodégradation. En clair, les rayons UV détériorent la lignine, le composé qui procure la teinte brunâtre au bois. Ensuite, la poussière transportée par le vent donne une couleur grise à la cellulose (originellement blanche) du bois, résume le professeur en génie du bois.

> «Sur le plan écologique, le bois massif affiche un meilleur bilan de carbone que le vinyle, car il requiert, notamment, des quantités infimes de CO2 pour sa fabrication. Quant au vinyle, c'est un plastique - fait à partir du raffinage de produits pétroliers - contenant du chlore. Ce qui n'est pas nécessairement très écologique, glisse Robert Beauregard.

> Certaines entreprises, dont la québécoise Maibec, proposent des lambris de bois véritable (épinette ou sapin) teints en usine. «Les teintures opaques sont très populaires, car elles sont plus durables que les teintures semi-transparentes, révèle François D'Amours, gestionnaire de produits chez Maibec. Notre garantie sur les teintures opaques est de 15 ans et si vous faites une reteinte (deux couches) avant l'échéance, elle sera prolongée de 15 ans encore.» Le prix? Environ 2,80$ le pi2, pour un lambris opaque.

> Le bois torréfié constitue un excellent revêtement extérieur, assure M. Beauregard. Comme c'est un produit relativement récent, nous ne pouvons être certains de sa durabilité. Mais selon les tests menés, il est plus résistant à l'attaque des champignons de pourriture que le cèdre.

> L'air salin en bordure de mer ne fait pas «mieux» grisonner les maisons au parement de bois massif. Que l'on soit au Québec ou à Cape Cod, le résultat final sera le même.