(Waterloo) Fleuron longtemps négligé de Waterloo, dans les Cantons-de-l’Est, le Manoir Maplewood a retrouvé ses lettres de noblesse et vient d’être racheté par un propriétaire désireux d’investir dans des lieux patrimoniaux, afin de redonner un élan économique aux villes et villages dans lesquels ils sont édifiés.

Publié le 5 déc. 2021
Emmanuelle Mozayan-Verschaeve
Emmanuelle Mozayan-Verschaeve Collaboration spéciale

Maire-fondateur de Waterloo avant d’être député, puis sénateur, Asa Belknap Foster est considéré comme une figure marquante de l’essor de la région. Surnommé à l’époque « le roi des chemins de fer du Canada », il fait construire le Manoir Maplewood en 1865. L’édifice, juché sur une colline et entouré d’arbres majestueux, se situe à deux pas du centre-ville. « C’est un lieu qui s’inscrit pour les gens d’ici comme un endroit important. M. Foster avait fait de Waterloo un hub de chemin de fer. Il s’agissait de sa résidence privée et vers la fin du XIXe siècle, elle est devenue un couvent pendant 100 ans », relate Louis Lespérance, l’actuel propriétaire.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Louis Lespérance a récemment acquis le Manoir Maplewood.

De 1980 à 2010, le domaine n’est pas entretenu et c’est grâce à de nouveaux acquéreurs (un ébéniste et une designer), en 2012, que la propriété retrouve sa splendeur. « Ils ont réalisé un travail de restauration exceptionnel pendant trois ans et ont su revaloriser le cachet patrimonial. On a eu la chance d’avoir cette maison transformée en hôtel-boutique clés en main », raconte cet avocat de 25 ans, qui a également acquis avec sa famille le Manoir Davis situé à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides.

Quand le passé sert l’avenir

« Réinvestir des lieux qui ont une histoire, qui sont ancrés dans leur communauté, c’est important pour moi, dit Louis Lespérance. On veut les utiliser pour en refaire des vecteurs économiques, en proposant une expérience unique aux clients. »

Participer à un évènement ici, c’est se projeter dans le temps tout en faisant revivre l’endroit qui était en dormance.

Louis Lespérance, propriétaire du Manoir Maplewood

Il compte poursuivre la vocation hôtelière de cette demeure d’exception, mais en louant l’ensemble du bâtiment à des groupes d’amis, à des familles, à des entreprises pour des occasions spéciales. « La pandémie a amené les gens à travailler à la maison. On voit le système hybride apparaître, mi-maison, mi-bureau, et les employeurs veulent trouver des endroits corporatifs comme le nôtre pour créer des évènements avec leurs employés parce qu’on a besoin de liens sociaux. Les réunions en ligne ne suffisent pas ! On souhaite aussi organiser des mariages afin que les gens qui célèbrent la journée la plus importante de leur vie bénéficient d’une expérience extraordinaire. »

Pour l’heure, le récent acquéreur n’a pas à se soucier de l’occupation de son manoir, puisque les académiciens de la téléréalité Star Académie y séjourneront de nouveau en résidence l’hiver prochain pour la deuxième saison de l’émission.

La demeure totalise 16 chambres réparties sur les deux niveaux supérieurs. Chacune d’entre elles, à l’instar des aires communes, a été rénovée dans le but de conserver un maximum d’éléments anciens, mis en valeur par des tentures et des meubles discrets. Déclinés majoritairement en gris pâle et en blanc, ces éléments favorisent la clarté et le sentiment de bien-être émanant de toutes les pièces.

  • Des moulures d’origine ceinturent le plafond de la grande salle à manger.

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Des moulures d’origine ceinturent le plafond de la grande salle à manger.

  • La gloriette incite au romantisme aussi bien qu’à la méditation.

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    La gloriette incite au romantisme aussi bien qu’à la méditation.

  • Le propriétaire se questionne sur la reconversion des écuries du Manoir Maplewood, qui nécessitent d’importants travaux.

    PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

    Le propriétaire se questionne sur la reconversion des écuries du Manoir Maplewood, qui nécessitent d’importants travaux.

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À l’extérieur, la gloriette invite à des rendez-vous romantiques ; le bassin hiberne jusqu’aux beaux jours, quand les baigneurs le prendront d’assaut ; l’érablière, où les légumes étaient entreposés autrefois, disposait également d’un four autour duquel les gens du village se retrouvaient pour faire cuire leur pain du temps de M. Foster.

« C’était un lieu rassembleur, le vecteur central de la ville, et on veut retrouver ça », souligne Louis Lespérance, dont l’attention actuelle est surtout tournée vers l’écurie. « J’aimerais y faire un gros projet, peut-être un restaurant ouvert au public ou bien disponible pour des cérémonies inoubliables, puis éventuellement des chambres donnant sur une cour intérieure. Il faut prendre le temps de sonder le marché. Aussi, l’expertise de la bâtisse permettra de connaître son état, notamment celui de ses fondations », explique-t-il en ajoutant que s’il doit démolir, il refera un édifice dans le même esprit, car l’architecture est intéressante.

Une question de responsabilité

L’avocat travaille parallèlement sur deux autres projets avec la municipalité et croit qu’il faut arriver à créer des écosystèmes pour qu’une société fonctionne. « Je veux vraiment m’impliquer et on doit créer une offre complète en fonction des besoins. Il y a beaucoup de maisons historiques ici. Des industries ont été fermées, il y a eu un déclin de la population, mais de nouveaux commerces émergent, des gens viennent s’installer.

La ville est dynamique et je pense que j’ai le devoir en tant que propriétaire de ce manoir d’y participer activement.

Louis Lespérance, propriétaire du Manoir Maplewood

Le jeune homme croit également qu’on est tous à la recherche de nos racines, que l’on apprend d’où l’on vient à travers ce genre d’endroit qui a marqué l’histoire. Pour lui, les lieux patrimoniaux ont une importance dans l’imaginaire collectif. « Il faut des constructions neuves, mais on doit conserver le patrimoine, le revaloriser, parce qu’il est unique et donne le sentiment que le temps s’arrête. Je n’avais pas réalisé avant d’acheter la maison ce qu’elle représentait auprès des citoyens. J’ai reçu des commentaires de gens de la communauté qui m’ont impressionné, expliquant qu’ils souhaitent que la région se dynamise dans le respect de ce que c’était avant. »

C’est d’ailleurs en ce sens que Louis Lespérance a engagé l’homme à tout faire du domaine, à la suite d’un courriel touchant dans lequel celui-ci expliquait qu’il lui offrait ses services pour s’occuper du manoir. Un manoir qui fait partie de son environnement depuis sa naissance et auquel il est profondément attaché. Comme la plupart des habitants de Waterloo.

Consultez le site web du Manoir Maplewood