Comment trouver ses repères en immobilier alors que l’industrie est sens dessus dessous ? Trois jeunes courtiers qui ont fait leurs premiers pas dans le métier durant la pandémie expliquent comment ils ont réussi à maintenir leur équilibre.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Après une carrière internationale en patinage artistique, Luis Fenero a fait de sa passion pour l’immobilier un métier, il y a cinq mois. Malgré la grande instabilité de son nouveau domaine, il n’a jamais songé à reporter ses débuts. « Ça semble peut-être audacieux, mais je sentais que c’était le moment de me lancer, dit-il. Le train passe une seule fois dans la vie. »

Dans un milieu où le succès est souvent proportionnel à la grosseur de son réseau de contacts, les nouveaux courtiers n’ont malheureusement pas pu miser sur les évènements sociaux pour se tailler une place. « J’ai utilisé Instagram et la publicité dans les médias pour me faire connaître, explique M. Fenero. Par contre, je préfère de loin la connexion directe avec les gens. »

Maggy Dufour a commencé en octobre 2019, six mois avant la pandémie mondiale. « C’est déstabilisant, mais j’aime les défis dans la vie. Puisque notre métier est d’accompagner les clients de A à Z, on a vécu la pandémie avec eux et on a tissé des liens encore plus forts. On est en mode solution tout le temps. On n’a pas le choix d’être proactifs ! »

Quand le chanteur Alex Simpson a vu l’industrie culturelle s’écrouler, il s’est tourné vers l’immobilier, un domaine dans lequel évoluent sa mère, son père et sa sœur. « J’ai choisi de miser sur mes autres forces : les relations humaines, la vente et le marketing. »

Ne pas s’isoler

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Alex Simpson s’est tourné vers l’immobilier, un domaine dans lequel évoluent sa mère, son père et sa sœur.

Afin de trouver ses repères dans une industrie en plein bouleversement, Alex Simpson n’hésite pas à poser plusieurs questions à ses proches. Il a également choisi de travailler au sein d’une équipe expérimentée depuis janvier 2021. « Je me sens soutenu, solide et stable, car j’ai des ressources autour de moi. Je m’en fous de partager ma quote 50-50. C’est important pour moi d’être bien entouré dans cette période de transition particulière. »

Luis Fenero s’est lui aussi joint à une entreprise qui le forme et qui pourrait le protéger en cas de pépin. Depuis l’hiver dernier, il collabore activement avec deux courtières de métier. « Ce sont des femmes que j’apprécie et que j’admire, explique-t-il. J’adore travailler avec elles. Elles m’aident à devenir meilleur. En tant qu’athlète, j’ai toujours été très exigeant envers moi. Maintenant, je veux tout apprendre pour donner le service à la hauteur de ce que j’aimerais recevoir moi-même. »

Ayant elle aussi eu le réflexe de s’associer à des collègues d’expérience pour obtenir une certaine stabilité, Maggy Dufour croit que son sens de l’organisation et son écoute lui ont également permis de se sentir en contrôle. « Même si on vit de constants changements, je peux dire que je me sens à ma place, souligne-t-elle. On s’adapte. On n’a pas le choix. »

Sa capacité d’adaptation lui semble particulièrement nécessaire dans un marché marqué par une explosion du nombre de visites et la surenchère.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Maggy Dufour a commencé sa carrière en courtage immobilier en octobre 2019, six mois avant la pandémie mondiale.

Il faut être ultra-disponible et proactif. Les journées commencent tôt et se terminent tard.

Maggy Dufour, courtière en immobilier

Jour après jour, elle accompagne ses clients dans leurs montagnes russes d’émotions. « On gère plus de déceptions que de bonheur. J’ai la chance de gagner assez souvent mes offres, mais plusieurs collègues doivent faire 10 offres avant d’en voir une acceptée. C’est démotivant. J’ai souvent l’impression d’être davantage une thérapeute qu’une négociatrice. On ne nous prépare pas à ça à l’école. »

Rigueur, rigueur, rigueur

La préparation est la clé pour s’adapter au marché. « Comme le prix affiché n’a rien à voir avec le prix de vente, il faut faire une étude minutieuse de l’emplacement de la maison, trouver des comparables, connaître les chiffres et protéger nos clients, précise Luis Fenero. Quand un client se fait approuver pour une hypothèque de 500 000 $ et qu’il voit une maison à ce prix, on doit lui rappeler qu’elle va partir à un prix bien plus élevé et l’encourager à chercher une maison moins chère au départ. »

Il se fait toujours un devoir de vulgariser l’état du marché. « Ce n’est pas parce que le marché est fou qu’un client doit acheter n’importe quoi, affirme-t-il. Une propriété est l’un des achats les plus importants de notre vie. On doit sentir dès la première visite si on s’imagine y vivre. Notre choix ne doit pas être dicté par le stress et l’urgence. »

Même son de cloche chez Alex Simpson. « Mon travail est d’informer mes clients pour qu’ils prennent des décisions fondées sur le bon sens, en écoutant leurs limites, dit-il. Mon but n’est pas de faire des ventes faciles, mais de développer des relations à long terme avec eux. Je suis là pour protéger les gens et pour représenter leurs intérêts. »