Des propriétaires nous ouvrent les portes de leur demeure d’exception, offerte sur le marché de la revente.

Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

Construite au début du siècle dernier, cette grande dame victorienne de Saint-Lambert a assisté aux balbutiements de cette banlieue cossue de la Rive-Sud. Elle a aussi été témoin de nombreux jeux d’enfants, de leurs joies et de leurs peines, de pièces de théâtre, de partys d’adolescents, de l’entraide entre voisins en pleine crise du verglas et de grandes réceptions familiales. Une maison pleine de vie et de vécu.

Dépassant d’une tête bon nombre de ses voisines de l’avenue Edison, la demeure en impose avec ses longues colonnes qui dominent le porche. L’intérieur commande tout autant le respect avec ses portes d’entrée à double vitrage, son escalier en chêne majestueux et ses hauts plafonds.

« Des maisons victoriennes, il n’y en a plus beaucoup à Saint-Lambert, c’est comme une pure race », remarque Claudéric Saint Amand, qui a acheté celle-ci avec sa femme, Lyne Farley, en 1997, le jour de sa mise en vente. Séduit par Saint-Lambert lorsqu’il était venu y visiter des amis, le couple de Montréalais, qui travaille dans le monde des médias et de la publicité, s’y était établi quelques années plus tôt. Comme ils habitaient la rue située juste derrière, cette maison avait nourri leurs rêves lors de leurs promenades dans le quartier.

« Je voyais ma famille ici », témoigne Lyne Farley. Le couple avait alors deux enfants et prévoyait en avoir un troisième, qui arrivera peu de temps après. « Je voyais la joie, la vitesse, le mouvement. »

Je viens d’une grosse famille. J’ai grandi dans une maison avec une galerie et je me suis beaucoup vue dans cette maison-là.

Lyne Farley

Authenticité

Les nouveaux propriétaires avaient aussi été séduits par l’authenticité des lieux. Outre la cuisine, qu’ils se sont empressés de refaire pour mieux l’intégrer au style de la résidence, peu de choses avaient été modifiées au fil des années. Partout dans la maison, on retrouve des traces de son passé : les interrupteurs à boutons dans le hall d’entrée, une vieille cheminée exposée, un vitrail dans la salle à manger et d’antiques lavabos pour faire la lessive au sous-sol.

PHOTO FOURNIE PAR LA COURTIÈRE

Dans le hall d’entrée, on retrouve encore des interrupteurs anciens.

« On n’a pas de crédit, dit humblement le propriétaire. La maison est tellement lumineuse qu’on n’a pas senti le besoin de la scrapper. La vie a fait que le plaisir qu’on a eu à y élever nos enfants, et à élever le village parce qu’une maison avec des enfants, il y a aussi tout ce qui vient avec, a fait que les années ont passé et nous n’étions pas à la recherche de la changer. »

Refuge du voisinage pendant la crise du verglas parce qu’elle était munie d’une cuisinière au gaz, la maison a aussi accueilli dans son sous-sol des pièces de théâtre montées par les enfants du quartier et plus tard, bon nombre de fêtes d’adolescents. « Dans le sous-sol, il y a une porte qui donne accès directement à l’extérieur, indique M. Saint Amand. Probablement que tous les enfants de Saint-Lambert vont reconnaître la maison à travers nos trois enfants [Béatrice, Félix et Françoise]. Ç’a été très, très populaire ! »

Certains reconnaîtront aussi peut-être cette « maison de l’Halloween » où, chaque année, des familles se réunissaient dans la petite allée aménagée sur le côté de la résidence pour présenter une mise en scène thématique. Les membres de la famille Farley connaissent aussi la demeure comme leur lieu de rassemblement annuel, où ils ont été jusqu’à 64 à s’y réunir.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Claudéric Saint Amand et Lyne Farley, propriétaires du 262, avenue Edison, à Saint-Lambert

« C’est comme si la maison redonnait, philosophe le propriétaire. Les membres du clan Farley, de toutes les générations, avaient toujours quelque chose à dire sur la maison à leur sortie, oui, sur nous en tant qu’hôtes, mais c’est comme si c’est la maison qui recevait. »

Départ déchirant

Parce que cette maison « a toute sa splendeur quand elle est pleine de vie », observe Lyne Farley, et qu’elle s’est vidée avec le départ des deux aînés, le couple a décidé de la mettre en vente pour retourner à Montréal, où se déroulent la plupart de ses activités. Mais les propriétaires ne sont pas pressés. Et ils espèrent pouvoir trouver des acheteurs qui ne voudront pas la dénaturer.

« Pour nous, c’est très difficile de partir d’ici », confie Claudéric Saint Amand. « La maison est rendue trop grande, il faut être raisonnable et la donner à quelqu’un d’autre qui va la faire vivre comme nous, poursuit Lyne Farley. Mais c’est déchirant. Tu as beau dire : les souvenirs sont dans la tête et vont te suivre, mais la maison est quand même l’album de ces souvenirs-là et quand l’album part, il manque quelque chose. »

Ainsi, la roue tourne, dans cette maison, comme dans tout le secteur appelé le parc Victoria (Victoria Park) en raison de sa proximité avec le pont du même nom. « À l’époque où nous sommes arrivés, il y avait beaucoup de jeunes familles qui étaient venues s’installer, se souvient Lyne Farley. Aujourd’hui, ça revient. On voit des jeunes dans la trentaine et dans la quarantaine qui achètent. Il y a un renouveau. »

Consultez la fiche de la propriété

La propriété en bref

Prix demandé : 1 535 000 $
Année de construction : 1918
Superficie du terrain : 5626 pi2
Évaluation municipale (2021) : 781 600 $
Impôt foncier (2021) : 7833 $
Taxe scolaire (2021) : 773 $
Description : Maison centenaire de 17 pièces, dont 5 chambres, 2 salles de bains et 1 salle d’eau. Vaste espace au grenier pouvant être aménagé comme bureau ou chambre à coucher. Les planchers, escaliers et boiseries d’origine ont été conservés. À l’extérieur, on retrouve un garage détaché, une terrasse et une piscine hors terre.
Courtière : Erin McGarr, Immeubles Stuart