Zone rouge, zone orange… Les restrictions imposées par le gouvernement Legault pour limiter les déplacements ne semblent pas avoir refroidi les ardeurs des acheteurs, encore très nombreux à se chercher une propriété en région. Ce qui donne souvent lieu à de la surenchère.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Josiane Tremblay s’apprête à quitter la Montérégie pour aller vivre à Saint-Sauveur, dans les Laurentides.

Avec son conjoint Marc-Olivier, elle vient de faire l’acquisition d’une maison « avec un grand terrain de 30 000 pi», à 10 minutes du village de Saint-Sauveur. « C’est un changement de vie et d’environnement, ajoute Josiane avec enthousiasme. J’étais prête à aller rejoindre mon conjoint qui vit dans les Laurentides. »

Cela suppose qu’elle devra quitter son emploi de maraîchère dans une ferme bio en Montérégie. « J’espère trouver quelque chose d’intéressant là-bas, sans doute en gestion », affirme-t-elle.

Mais voilà : le « beau projet de vie » de Josiane et de Marc-Olivier a bien failli ne pas se concrétiser.

« On en était à notre quatrième offre d’achat [depuis la fin d’août], et chaque fois, ça ne se concrétisait pas, raconte Josiane. On était sur le point de renoncer et de remettre ça au printemps 2021. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Josiane Tremblay et son conjoint Marc-Olivier ont acheté leur première maison à Saint-Sauveur après avoir offert plus cher que le prix demandé.

À vrai dire, on avait la [désagréable] impression de jouer à la loterie, avec cette surenchère où il y avait toujours un acheteur prêt à payer plus cher.

Josiane Tremblay

Puis il y a eu cette propriété affichée à 269 000 $. Elle se souvient que, ce jour-là, il y avait une file d’attente devant le bâtiment. « Encore une fois, souligne-t-elle, nous n’étions pas les seuls à vouloir l’acquérir. On a su, après coup, qu’elle faisait l’objet de sept offres d’achat ! »

Josiane et Marc-Olivier ont toutefois dû payer une prime de 45 000 $ pour convaincre les propriétaires d’accepter leur offre. « Mais on se considère chanceux d’avoir réussi à la faire accepter par les propriétaires », relativise Josiane.

Pour combien de temps encore ?

Cette frénésie immobilière est-elle sur le point de s’atténuer au moment où certains s’attendent à ce que le gouvernement Legault fasse passer toutes les régions du Québec en zone rouge pour limiter les risques de propagation du coronavirus ?

« Difficile de répondre, convient Alex Haddou, courtier immobilier chez Remax, mais je vous dirais que depuis deux semaines, on sent une certaine inquiétude chez les acheteurs, qui semblent plus hésitants à embarquer dans la surenchère — et à payer 30-40 000 $ de plus que le prix demandé. Les ardeurs des acheteurs se sont quelque peu refroidies [dans certains secteurs du marché de Laval]. »

Ce n’est pas ce que perçoit le courtier François Bissonnette, propriétaire de l’enseigne Realta, à Longueuil. Il reste néanmoins prudent dans son analyse. « Pour le moment, soulève-t-il, on ne sent pas de ralentissement ni une baisse d’activité, mais on suit la situation de près. C’est clair que l’immobilier va demeurer solide tant que l’économie va se maintenir. Généralement, le secteur immobilier est le dernier à être touché quand l’économie ralentit. » Il ajoute toutefois : « On constate actuellement que l’économie est sur un respirateur artificiel. »

Dans la région de Lanaudière — c’est le cas à Repentigny-L’Assomption —, le nombre de visiteurs aurait « baissé de façon notable » depuis le début d’octobre, observe de son côté Carole Lambert, courtière immobilière pour les Associés Rive-Nord. « C’est arrivé d’un coup sec, précise-t-elle. En même temps, on a noté une augmentation importante du nombre d’inscriptions de propriétés à vendre. »

Chose certaine, relève Esther Mercier, courtière immobilière chez Sotheby’s, de « très nombreux acheteurs » quittent les zones rouges pour aller s’établir à la campagne, dans un environnement vert.

« Je vends beaucoup de propriétés de campagne dans le Centre-du-Québec, en Mauricie et en Estrie, note-t-elle. Et ce sont souvent des professionnels qui souhaitent quitter Montréal pour aller vivre soit sur une fermette, soit près d’un lac ou d’une rivière. Avec la possibilité qu’offre le télétravail, on découvre qu’on peut très bien vivre en région. »

Des maisons propres, propres

Les courtiers immobiliers sont devenus, bien malgré eux, des « agents nettoyants » qui s’assurent que les maisons visitées ne soient pas « contaminées » par les visiteurs. « On désinfecte tout, jusqu’à la poignée de porte. On ne veut pas laisser de traces après le passage d’étrangers dans la maison », explique Esther Mercier, courtière immobilière chez Sotheby’s. Parce qu’il faut comprendre, fait valoir Mélanie Jetté, courtière chez Proprio Direct, que des propriétaires sont « parfois stressés de savoir que des inconnus viennent chez eux, le temps d’une visite ». « Pour ces raisons, on suit des règles strictes, dit-elle. On évite, par exemple, que les enfants accompagnent leurs parents. Et on espace les visites. » Cette discipline sanitaire fait en sorte, selon la courtière Hélène Bertrand — qui vient de passer le flambeau à sa fille Emma Véronneau, chez Via Capitale — que les visiteurs sont « beaucoup plus sérieux dans leur démarche » d’acquisition. « Et on leur demande de remplir le formulaire COVID la veille de la visite pour éviter tout risque de contamination », fait-elle valoir.