Dans les tours de condos, la hausse fulgurante des achats en ligne cause des maux de tête. De nombreux vols de colis et l’encombrement des halls d’entrée sont déplorés. En juin, cette épineuse question a été réglée dans l’un des immeubles du complexe Solano, dans le Vieux-Montréal. Pour faciliter la gestion des paquets livrés à un rythme étourdissant, 40 casiers intelligents ont été installés dans l’entrée.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« Les copropriétaires adorent cela », indique Patrick Sincennes, président de l’entreprise GestionPS, qui gère trois des édifices du Solano. La phase 6 (un immeuble de 19 étages, qui comporte 133 condos) est la première des trois à avoir installé les casiers d’Expedibox, une jeune entreprise québécoise. Les deux autres immeubles seront équipés du même système sous peu.

« Déjà avant la pandémie, les colis posaient problème, explique-t-il. Ils traînaient un peu partout sur le plancher dans l’entrée. Ce n’était pas super beau. Avec la pandémie, la quantité de colis livrés a explosé. Cela ressemblait à Noël chaque jour. De nombreux colis étaient volés. On a cherché une solution pour embellir notre entrée et enrayer les vols. »

Les avantages sont nombreux.

Les livreurs n’ont besoin d’appeler personne. Ils mettent chacun des colis dans un des casiers. Un texto et un courriel sont envoyés aux copropriétaires avec un code, les avisant que leur colis a été livré. Ils se rendent aux casiers, entrent le code et ramassent leur colis. C’est très simple.

Patrick Sincennes

Des copropriétaires de tous les âges habitent dans l’immeuble. Personne n’a eu de difficulté à s’adapter, précise le gestionnaire, qui n’a reçu que de bons commentaires.

Il a commencé par faire installer 36 casiers de petite, moyenne et grande taille. Il a fait ajouter quatre casiers de taille « extra large » pour de très gros paquets.

« C’est comme des blocs de jeu Lego, fait-il remarquer. Il y a un bloc maître avec un ordinateur et des casiers aux portes petites et moyennes. On rajoute d’autres blocs en fonction des dimensions des colis et du nombre de copropriétaires. »

Ceux-ci tendent à aller chercher rapidement ce qu’ils reçoivent, a-t-il constaté. La moitié des colis sont ramassés en moins de 3 heures. En 12 heures, 71 % des colis sont à leur destination finale. Après 24 heures, chaque casier est habituellement prêt à servir de nouveau.

Le gestionnaire apprécie un autre élément : les casiers intelligents sont offerts en location. Il n’y a donc pas d’investissement initial de milliers de dollars à effectuer. « C’est une option intéressante, croit-il. L’entreprise prend en charge le WiFi, s’occupe de l’entretien et de l’assistance technique. On n’a pas grand-chose à faire. »

Une réponse à une frustration

Francis Campbell, concepteur des casiers intelligents Expedibox, habite à Saint-Denis-de-Brompton. Il en avait assez de trouver des paquets dans sa haie de cèdres ou encore, de parcourir 40 km pour rien parce qu’ils n’étaient pas arrivés au bureau de poste. Cette perte de temps et d’argent l’a amené à réfléchir à une façon d’optimiser la gestion et la réception des colis.

Le jeune père de famille détient un baccalauréat en philosophie et une maîtrise en médiation interculturelle, mais il possède aussi une formation pratique en serrurerie. Il a officiellement fondé son entreprise en janvier 2017, dans le cadre d’un concours de jeunes pousses (start-up), qu’il a remporté. Il a amélioré son produit au cours des deux années suivantes et en a entrepris la commercialisation en janvier 2019, explique Alexandre Vignola Côté, un grand ami devenu son associé. Lui-même est titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en communication.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

Francis Campbell, concepteur des casiers intelligents Expedibox, en avait assez de trouver des paquets dans sa haie de cèdres ou encore, de parcourir 40 km pour rien parce qu’ils n’étaient pas arrivés au bureau de poste.

Les deux partenaires, dans la trentaine, courtisent différents marchés : les tours résidentielles, les résidences pour étudiants, les résidences pour personnes âgées et les grandes entreprises, où les employés (avant la pandémie) se faisaient livrer quantité de paquets. Leurs casiers en acier sont installés dans un nombre croissant d’endroits, qui se multiplient à un rythme auquel ils n’auraient osé rêver.

« Nous offrons notre service à des entreprises comme Ubisoft, Cascade, Hydro-Québec et les universités de Montréal et de Sherbrooke, révèle M. Vignola Côté. Nous avons des casiers dans des habitations à Montréal, Repentigny, Candiac. Nous serons prochainement dans la Tour des Canadiens 2. Ce sera la cerise sur le sundae ! »

Des casiers réfrigérés

Selon lui, la crise actuelle accélère des changements qui étaient déjà en cours. Les casiers sont assemblés au Québec et la technologie est intégrée ici. La petite entreprise offre un produit personnalisé, qui s’adapte à différents besoins. Jeudi, par exemple, l’équipe a installé pour la première fois un bloc réfrigéré dans un immeuble en copropriété à Candiac. Il comporte huit casiers assez gros pour contenir chacun deux sacs d’épicerie.

La popularité des services de livraison d’ingrédients prêts à cuisiner soulève d’ailleurs certaines préoccupations. « Les casiers réfrigérés sont une option qu’on regarde, indique le gestionnaire Patrick Sincennes. Des fois, les boîtes avec des repas prêts à manger sont laissées dans l’entrée. En plein soleil, il y a un effet de serre. Le repas est presque cuit quand les gens viennent le chercher. »

Il est en pourparlers avec les Fermes Lufa afin de devenir un point de collecte privé pour les résidants du Solano. « Les casiers réfrigérés seraient adaptés pour les paniers de la ferme, de façon à faciliter la livraison de nourriture et la récupération des paniers par les livreurs. »

Les possibilités sont multiples.

Consultez le site d’Expedibox