Dans un souci d’intégration architecturale qui faisait autrefois défaut, les municipalités du Québec se sont dotées de règles d’urbanisme plus strictes au fil des ans. Parfois source de frustration pour les propriétaires, il est bon de savoir comment dompter la bête.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

De plus en plus de projets de construction et de rénovation doivent être réalisés dans le cadre d’un plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA). Pour faire respecter ses règles, chaque municipalité ou arrondissement s’est doté d’un comité consultatif d’urbanisme (CCU), le chien de garde des normes en place, avec lequel constructeurs ou rénovateurs doivent composer.

« La première chose à faire est toujours de se rendre en personne au service d’urbanisme de la municipalité où l’on veut faire ses rénovations, nous explique Dominique Ouellet, présidente du CCU de Sorel-Tracy. Ils ont des gens attitrés pour aider et aiguiller les citoyens dans leurs projets. » Bref, inutile de planifier des idées de grandeur avant d’avoir déterminé précisément ce qu’il est possible de faire.

Tout d’abord, il faut connaître la valeur patrimoniale du secteur où l’on compte faire les travaux ; plus elle est élevée, plus les règles seront strictes. Aussi, les rénovations et constructions visibles du chemin public seront dans l’immense majorité des cas soumises à des normes plus sévères. Le parement extérieur sera analysé en fonction du type de matériau envisagé, de même que sa couleur et sa qualité. On regardera de près le type de fenestration, de même que le choix des portes.

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Dans l’arrondissement de Greenfield Park, on trouve quelques exemples de constructions contemporaines autorisées dans un secteur où les résidences ont majoritairement été construites il y a plusieurs décennies.

« S’il y a un PIIA dans le secteur où les citoyens désirent rénover ou s’installer, préparer trop rapidement des plans détaillés avant de connaître les critères du secteur concerné n’est peut-être pas une bonne idée, suggère Mme Ouellet, qui est conseillère municipale à Sorel-Tracy depuis 2009. Comme la ville a plus de 375 ans, il y a dans le centre-ville plusieurs maisons centenaires qui sont assujetties au PIIA, de même qu’il y a des normes dans les nouveaux quartiers pour nous assurer que le développement ne parte pas en vrille. »

Cela n’empêche toutefois pas les intégrations par contraste quand elles s’harmonisent bien avec l’environnement immédiat. C’est notamment le cas dans l’arrondissement de Greenfield Park, où l’on trouve quelques exemples de constructions contemporaines bien intégrées dans des quartiers résidentiels matures et homogènes.

Il ne faut pas avoir peur de faire des changements, il faut faire preuve d’ouverture d’esprit.

Robert Myles, président du CCU de l’arrondissement de Greenfield Park

« Il y a parfois des débats au sein de notre groupe, poursuit-il, mais on aime respecter les suggestions des membres citoyens du comité, car ils ont beaucoup d’expérience. Il faut faire plaisir aux citoyens qui proposent des projets raisonnables.

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Dans l’arrondissement de Greenfield Park, on trouve quelques exemples de constructions contemporaines autorisées dans un secteur où les résidences ont majoritairement été construites il y a plusieurs décennies.

« Il y a quelques municipalités où les règles sont très strictes, notamment pour les maisons centenaires qui doivent être rebâties exactement pareilles, ajoute celui qui est aussi président de l’arrondissement. Je trouve ça un peu raide pour les propriétaires qui s’engagent dans d’importantes rénovations ; il faut parfois savoir être flexible, d’autant plus qu’il faut comprendre que ces maisons vont être très attirantes pour les gens qui vont arriver après. »

Flexibilité... ou non

La Ville de Sorel-Tracy a mandaté il y a quelques années la firme Patric-Arch pour faire l’inventaire du patrimoine bâti sur son territoire. Réalisée de 2013 à 2016, l’étude a permis d’identifier pas moins de 178 bâtiments à valeur patrimoniale.

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Dans l’arrondissement de Greenfield Park, on trouve quelques exemples de constructions contemporaines autorisées dans un secteur où les résidences ont majoritairement été construites il y a plusieurs décennies.

Parmi eux, une maison à l’architecture de type Second Empire a été entièrement restaurée au cours des dernières années. « C’est une maison ancestrale tout en bois qui faisait pitié, se rappelle Dominique Ouellet, présidente du CCU. Elle a été rénovée planche par planche, un vrai travail de moine, mais elle est vert pomme et ses portes sont rouges ! On a [d’abord] été choqués, mais on a tout de même osé, et c’est maintenant l’une des belles de la ville de Sorel. »

À l’inverse, Annabelle Roy comptait remplacer le bois de la façade de sa maison de Montréal-Ouest par un revêtement usiné en bois naturel en conservant la couleur originale.

On lui avait d’abord mentionné que les travaux envisagés n’avaient pas à être soumis à l’évaluation du CCU, mais elle a appris au fil d’un long échange de courriels laconiques qu’on avait tout de même choisi d’en faire l’analyse, au terme de laquelle on lui a demandé de changer la couleur du revêtement pour l’harmoniser à la teinte existante des corniches et des fenêtres.

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Pour les rénovations de sa maison de Montréal-Ouest, on a exigé d'Annabelle Roy qu'elle harmonise la couleur du revêtement en bois de la façade avec la teinte existante des corniches et des fenêtres.

À la lecture du PIIA de Montréal-Ouest, il est mentionné que « les couleurs des éléments architecturaux (toiture, revêtement, portes, fenêtres, ornements) devraient s’harmoniser entre elles ».

Mme Roy a tout de même l’impression que la décision a été prise en fonction des goûts des membres du CCU. « Je suis contente qu’il y ait des règlements pour ne pas que les gens fassent n’importe quoi, mais dans mon cas, je pensais que c’était très simple », se désole-t-elle.

Qu’est-ce que j’ai fait pour que le dossier devienne si complexe ? Comment peuvent-ils m’obliger à changer la couleur alors que la maison était déjà comme ça ? Je pensais avoir affaire à un poisson d’avril en juin…

Annabelle Roy, propriétaire à Montréal-Ouest

C’est pourquoi de nombreuses municipalités s’efforcent d’améliorer la communication avec leurs citoyens.

« Quand on refuse un projet, on indique à la personne ce qu’elle doit peaufiner pour ne pas qu’il y ait trop d’essais et d’erreurs, tout en limitant les frais encourus, explique Dominique Ouellet, présidente du CCU de Sorel-Tracy. On comprend que c’est très décourageant de se faire refuser au CCU. Rénover une maison ancestrale est aussi excitant que de construire une maison neuve, on veut donc que les gens soient heureux et qu’ils comprennent le principe. »