Incertains devant des perspectives de tourisme limitées, bien des Québécois ont choisi d’utiliser leur budget de vacances d’été pour des améliorations résidentielles, que ce soit l’achat d’une piscine ou d’un climatiseur, ou encore refaire l’aménagement paysager. Les entreprises d’asphaltage sont elles aussi fort occupées, avec des carnets de commandes déjà bien garnis. Mais comment s’y retrouver pour s’assurer que l’asphaltage de son entrée est bien fait ? Conseils.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« C’est un des milieux où il est difficile d’avoir l’heure juste, avertit d’emblée Alain Paquette, coordonnateur au service de l’habitation de CAA-Québec. Les travaux de pavage résidentiels ne sont encadrés ni par la Régie du bâtiment ni par un ordre professionnel, et une bonne partie du travail est invisible. Quand je fais niveler un terrain, je vois que c’est croche, et quand j’embauche un peintre, je sais quand il y a des coups de rouleau. Mais l’asphalte, une fois terminé, c’est sûr que c’est beau, et j’espère bien que ça l’est encore au bout d’un an ! Mais reviens me voir dans huit ans : c’est là où tu pourras me dire si tu as fait une bonne affaire… »

Il faut donc déterminer précisément quel genre de travaux sont nécessaires. « Quand il y a des fissures ou des ventres-de-bœuf, tu le sais tout de suite que tu as besoin d’excavation, affirme Tony Cavaliere, propriétaire de Pavage Cabru, en affaires depuis plus de 40 ans. Si tu ne payes pas pour l’excavation, le vendeur ne t’a pas expliqué comme il faut. Il y a un prix pour enlever, égaliser et refaire l’asphalte. Sinon, ça va craquer : en deux mois, quelques semaines ou un an, je ne sais pas, mais ça va arriver. »

Bref, il faut fuir comme la peste le vendeur qui vient cogner à la porte en fin d’après-midi en proposant d’étendre une couche d’asphalte pour quelques centaines de dollars — sauf peut-être s’il a en main son permis de vente itinérante et qu’il expose clairement la situation.

C’est possible de faire un nouveau surfaçage, mais l’asphalte doit être en très bon état. Sur un asphalte âgé qui démontre que le remblai est bon, même s’il est un peu endommagé, on peut refaire un surfaçage.

Alain Paquette

« Mais si votre asphalte est dans un piteux état, une petite couche d’asphalte, c’est comme un diachylon temporaire sur un bobo, avertit de son côté Patrick McCabee, propriétaire des Pavages Montérégiens. Ce qui est primordial, c’est la fondation granulaire en dessous du pavage. Tout part de là. Si on a une bonne fondation, le pavage va être durable. »

Garantie très limitée

En fait, un asphaltage bien fait peut durer facilement 20 ans. Toutefois, aucun entrepreneur, aussi consciencieux soit-il, ne va proposer de garantie prolongée pour son ouvrage. Même l’Office de la protection du consommateur (OPC) reste prudent, se limitant à dire qu’il existe en tout temps une garantie légale d’une durée raisonnable selon « le prix payé, les clauses du contrat et les conditions d’utilisation du bien ». « Les garanties ne sont pas très longues chez nous en raison des importantes variations de température, explique Patrick McCabee. En Floride, on peut donner des garanties prolongées. Ici, on peut faire notre travail dans les règles de l’art et, malheureusement, se retrouver deux ou trois ans plus tard après avec une fissure. On ne souhaite pas ça, mais on n’a aucun contrôle sur les mouvements de terrain, sur ce qui se trouve en profondeur. »

Alors, comment s’y retrouver et comment s’assurer d’un travail bien fait ? D’abord, tous s’entendent pour dire que l’idéal est d’être présent pendant les travaux, pour vérifier que tout est réalisé selon ce qui était convenu. Il faut donc avoir une bonne idée du genre de travaux qui doivent être réalisés. Il faut aussi étudier les soumissions de trois entreprises, après quoi il faut inscrire un maximum de détails dans une entente écrite. Faire affaire avec une entreprise qui a de l’expérience est généralement un bon indice de compétence, ce qui ne veut toutefois pas dire qu’une jeune entreprise soit mauvaise. « Y a des compagnies qui tournent les coins rond et qui travaillent encore, nuance Tony Cavaliere. Mais les gens regardent avant tout les prix… Il faut donc comparer des pommes avec des pommes. Tu payes pour ce que tu as. »

Bien que les entrepreneurs de travaux résidentiels n’aient pas l’obligation d’avoir une licence de la Régie du bâtiment (RBQ), ce n’est pas le cas de ceux qui travaillent en milieu commercial et institutionnel. « C’est une autre façon de connaître le sérieux de l’entrepreneur, suggère Patrick McCabee. Mais je suggère toutefois de vérifier le numéro RBQ de l’entreprise parce que certaines s’inventent des numéros RBQ pour se donner une fausse crédibilité… C’est aussi une bonne chose de vérifier les poursuites et signalements à l’OPC et d’aller lire les commentaires des clients sur les réseaux sociaux avant d’appeler l’entreprise. Tout ça permet d’établir un lien de confiance entre le client et l’entrepreneur. »

L’ABC d’un asphaltage bien fait, selon CAA-Québec

Profondeur de l’excavation

Pour un sol rocheux, on recommande de 8 à 12 po de remblai bien compacté. Dans un terrain sablonneux, l’excavation devrait atteindre de 12 à 18 po. Enfin, pour un sol argileux, très commun dans le sud du Québec, on devrait creuser de 16 à 18 po, même chose pour les sous-sols mal drainés.

Composition granulaire et compactage

Le remblai est constitué de gravier 0-3/4, un composé de poussière de roche et de concassé mesurant jusqu’à 3/4 de pouce. Toutefois, c’est son degré de compactage qui est primordial. Il n’y a pas de gêne à exagérer, ça ne coûte pas grand-chose à l’entrepreneur de passer jusqu’à huit fois. Aussi, quand l’excavation dépasse 16 po de profondeur, il est bon de procéder à un compactage du remblai en deux étapes.

Outils de compactage

Il faut s’assurer qu’on utilise les bons outils de compactage. La machine la plus appropriée est le rouleau compresseur ; les plaques vibrantes sont généralement utilisées pour le nivelage de finition.

Membrane géotextile

Il est fortement recommandé d’installer une toile géotextile au fond avant de déverser le remblai. Avec le temps, l’eau va s’infiltrer et l’argile va avoir tendance à se mélanger à la roche. La pierre peut ainsi se décoincer, le sol se trouvera moins bien compacté et c’est alors que les mouvements de sol risquent de survenir.

Drainage

On doit exiger d’avoir un minimum de 2,5 po d’asphalte compacté sur toute la longueur de l’entrée. Il doit toutefois être installé avec une pente de 2 % vers la rue, car on ne veut pas que l’eau s’écoule vers la maison, le terrain ou celui du voisin. Il faut donc que le remblai et l’excavation affichent une pente équivalente. Aménager la pente en mettant davantage d’asphalte près de la maison n’est pas habituel parce que le bitume coûte cher ; l’entrepreneur devrait plutôt faire le travail lors de l’excavation.

Planification

Il est recommandé de faire les travaux tôt l’automne ou au printemps, quand le sol est suffisamment asséché. Mais il n’y a pas de contre-indication à procéder à l’asphaltage d’une entrée pendant l’été, l’asphalte conservant les mêmes propriétés chimiques. Il s’agit alors de patienter plus longtemps avant de circuler dessus, généralement de 10 à 15 jours. Toutefois, dans le cas d’une résidence neuve, on doit attendre une année avant d’asphalter l’entrée. Parce que le sol en pourtour de la résidence a été beaucoup manié, il faut attendre qu’il se stabilise suffisamment.