Rester ou déménager ? Pour certains, la question ne se pose pas. On est bien, on reste. Au cours des prochaines semaines, nous allons à la rencontre de gens qui habitent la même maison depuis plus de 15 ans. Ils nous racontent leur histoire et leurs souvenirs, et nous expliquent pourquoi ils sont bien chez eux.

Charles-Édouard Carrier
Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale

Véronique Nadon

Municipalité : Saint-Colomban, Laurentides

Habite au même endroit depuis : 2004

Type de propriété : unifamiliale

Sa première maison, elle l’a achetée en 2004 avec son conjoint de l’époque. Située à Saint-Colomban, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Saint-Jérôme, la propriété était destinée à un projet de flip. « On y avait vu un fort potentiel. Le plan était de faire des travaux pour la remettre au goût du jour et de la revendre pour réaliser un profit. » Les premiers travaux ont débuté au sous-sol, là où une mise à jour était pressante. Mais le scénario envisagé a pris un tournant bien différent.

Un grand projet… en solo

Un an après avoir acheté la maison, le couple s’est séparé et Véronique Nadon a pris la décision de garder la maison. « J’ai fait les calculs. Comme, au départ, le prix que nous avions payé était très bon, c’était plus avantageux de rester ici que de déménager », explique-t-elle, en rappelant avec une pointe d’humour qu’elle a toutefois dû payer une deuxième fois les droits de mutation au moment de transférer les titres de la propriété.

Comme elle est designer, elle est habituée aux chantiers et aux grands travaux de rénovation. Elle connaissait bien ce modèle de maison, elle savait qu’il était possible d’ouvrir les espaces pour faire respirer les pièces et optimiser le milieu de vie. C’est donc sans hésiter qu’elle a pris le plein contrôle du navire et gardé le cap sur des rénovations majeures pour mettre la maison au goût du jour. Mais cette fois-ci, elle le faisait pour elle, et non pas pour revendre. « J’ai terminé l’aménagement du sous-sol, refait la totalité du rez-de-chaussée, y compris la cuisine, et travaillé sur l’aménagement paysager, un petit peu chaque été. » Sur sa liste de travaux, il ne reste que la chambre principale, le revêtement extérieur et les fenêtres à l’avant. « C’est prévu pour le printemps prochain. Et après, j’aurai fait le tour. »

Le quartier change et se dynamise

Il y a 15 ans, sa rue était sans issue et non asphaltée, les voisins se faisaient peu nombreux. Au fil du temps, et suivant l’étalement de la banlieue, les chantiers se sont succédé, si bien qu’aujourd’hui, il n’y a plus aucun terrain libre. « Ça a beaucoup changé ! La rue est reliée aux deux extrémités et est asphaltée. Et les voisins sont jeunes, les enfants jouent ensemble, les terrains sont grands, il y a de l’entraide. » Bien entendu, tout ça amène un flot de circulation supplémentaire, et les bouchons de circulation viennent maintenant teinter le quotidien des citoyens de ce secteur.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Pour certains, vivre 15 ans au même endroit serait impossible. Pourtant, les rénovations pilotées par Véronique Nadon lui donnent l’impression d’avoir déménagé plusieurs fois.

Se tourner vers un plex

Plus récemment, elle a pensé déménager : les secteurs de Saint-Colomban et Saint-Canut étaient dans sa ligne de mire. Elle a fait quelques offres d’achat, sans succès : « Je cherchais des maisons à rénover ou des reprises de finance. Des cas où nous étions plusieurs à déposer des offres au même moment. » 

Avec le recul, celle qui a su combiner avec succès son rôle de mère, des travaux de rénovation majeurs, un retour à l’école et un emploi à temps plein voit ces échecs comme une très bonne chose. « Je cherchais quelque chose de plus grand, mais le fait d’avoir une maison plus petite demande moins d’entretien, ça me permet de faire de la moto, de voyager, de faire autre chose qu’uniquement rembourser une hypothèque. Ça permet d’avoir un bel équilibre, pour moi et ma fille. »

15 ans, c’est long…

Pour certains, vivre 15 ans au même endroit serait impossible. Pourtant, les rénovations pilotées par Véronique Nadon lui donnent l’impression d’avoir déménagé plusieurs fois : « C’est comme si j’avais changé de maison… Et puis le quartier aussi s’est transformé. Ce n’est plus du tout comme en 2004. Rien n’est pareil. Et d’ailleurs, comme le quartier a pris beaucoup de valeur en 15 ans, je prévois utiliser ma maison comme levier financier. Elle me servira de tremplin pour un autre achat. » Elle envisage aujourd’hui d’investir dans un plex. « C’est un gros avantage d’avoir gardé ma maison ! »