Roulotte, autocaravane, Airstream, Boler... l'été porte les rêves de vie nomade. Sur les routes, dans les forêts, les déserts, mais aussi de plus en plus dans les jardins, le logement sur roues copie les codes de la maison. Nous sommes allés à la rencontre de propriétaires de cet habitat dans le vent.

Publié le 23 août 2018
Muriel Françoise LA PRESSE

Airstream 5 étoiles

Le temps d'un chantier à Boucherville, les entrepreneurs Félix Lavallée et Andréanne Robitaille-Piette se sont installés chez Jeanine, un Airstream rutilant de 1972 avec tout le confort pour les quatre saisons. Ils nous ont ouvert la porte de leur intérieur fraîchement investi.

Félix Lavallée et Andréanne Robitaille-Piette n'avaient jamais envisagé d'acheter un Airstream jusqu'à un heureux concours de circonstances. «Nous apprécions les choses vintage avec une histoire», raconte Félix. «Cela faisait un moment que nous suivions le compte Instagram @themoderncaravan, qui présente des rénovations d'Airstream, mais nous n'avions ni le temps ni l'espace pour cela», poursuit-il. Un modèle aperçu sur Kijiji en mai 2017 les fait changer d'avis. «Il était vendu 4000 $ alors qu'il devait en valoir 2000 ou 3000 $ de plus [NDLR: un Airstream neuf coûte environ 140 000 $]. Nous nous sommes dit qu'il fallait l'acheter, quitte à le revendre ensuite», confie Félix. 

Un mois plus tard, le jeune couple de designers-entrepreneurs derrière la firme Félix & Co, qui vit et travaille à Montréal, découvre une maison du XIXe siècle à vendre à Boucherville. Les lourds travaux de rénovation en perspective découragent les visiteurs. «Mais nous ne parvenions pas à sortir cette maison extraordinaire de notre tête, se souvient Félix. Cela faisait un moment que nous rêvions d'en rénover une pour la revendre.» Les entrepreneurs finissent par acquérir celle-ci en octobre avec l'idée d'y vivre pendant les travaux sur le modèle du couple de designers américains Jersey Ice Cream. «Malheureusement, nous nous sommes vite rendu compte que ce serait difficile, vu son état. Nous avons alors décidé de quitter notre appartement et notre atelier de Montréal pour nous installer dans l'Airstream que nous venions d'acheter», explique Andréanne.

Jardin suspendu

La caravane qui a, elle aussi, subi les outrages du temps doit être l'objet d'importantes rénovations.

«Le plus gros défi a été la mécanique que nous avons complètement refaite. Et la salle de bains diminuée de moitié pour pouvoir aménager une grande cuisine, car nous aimons tous les deux préparer de bons plats», indique Félix Lavallée.

Un comptoir en merisier et des armoires en carton alvéolé et marmoleum rose pâle avec des poignées en laiton récupérées dans la maison adjacente composent un espace reposant. 

Andréanne et Félix ajoutent à leurs préparations des herbes du petit jardin improvisé peu après leur installation au cours de la canicule du mois de juillet. Les planches en espalier adossées à la caravane et garnies de plantes et de légumes permettent une isolation supplémentaire, notamment appréciable pour le frigo. L'intérieur de la roulotte est resté étonnamment assez frais cet été. «L'espace est tellement petit qu'il refroidit rapidement grâce à un système d'air conditionné. Lors des journées les plus chaudes, nous venions nous y réfugier, car il n'y faisait que 22 °C», souligne le designer.

Minimalisme de règle

Le couple, qui aime recevoir la famille et les amis, a privilégié un grand coin repas qui fait aussi office de bureau. Toute l'administration est cachée dans les banquettes, et le linge est rangé dans les armoires et sous le lit pour ne laisser à la vue que quelques livres de cuisine et de design, un bar et une petite décoration. «Nous sommes passés de 2000 à 200 pi2», souligne Félix. «Nous avons chacun un tiroir et nous partageons une penderie», précise Andréanne. «Pour l'instant, nous voyons ce manque de place, qui demande un mode de vie minimaliste, comme un avantage», commente Félix.

Grâce à un réservoir d'eau protégé par des fils chauffants, une isolation soigneusement étudiée et un branchement électrique sur la maison en cours de rénovation en attendant des panneaux solaires, le jeune couple d'entrepreneurs espère pouvoir passer l'hiver dans son Airstream avec vue sur le Saint-Laurent. Après ce chantier, il rêve de visiter le Canada et la côte Ouest, et, pourquoi pas, de conserver la roulotte pour des projets à venir.

Photo Martin Tremblay, La Presse

Félix Lavallée et Andréanne Robitaille-Piette se sont installés chez Jeanine... la roulotte.

Boler bohème

La styliste Jade Lavoie a décidé de prendre la clé des champs avec une roulotte en fibre de verre imaginée il y a 50 ans par une entreprise canadienne: la Boler. Visite d'une minimaison de vacances balayée d'inspirations multiples.

Qui vit ici?

Jade Lavoie est styliste d'intérieur et adjointe de l'architecte Pierre Thibault, à Québec. «J'aime faire des escapades avec mon conjoint pour découvrir le Québec et le reste du Canada», confie-t-elle. C'est la recherche d'un certain confort absent du camping qui l'a amenée à acheter une Boler d'occasion en janvier 2017. «Les modèles neufs étaient hors de prix pour nous, dit-elle. Nous nous sommes décidés sur un coup de tête en voyant une annonce sur Kijiji.»

Nouvelle jeunesse

Il a fallu six mois à Jade et à son conjoint Maxime pour rénover amoureusement la Boler datant de 1975. «On a appris au fur et à mesure grâce à des forums sur Facebook et à des vidéos sur YouTube», explique l'heureuse propriétaire qui partage à son tour son expérience sur le compte Instagram @Dearboler. Certains travaux, comme la nouvelle peinture gel blanc crème et le circuit électrique, ont néanmoins été confiés à des pros.

Paradis blanc

Contrairement à de nombreux propriétaires de Boler, Jade a décidé de ne pas conserver le côté vintage de ce véhicule emblématique, mais de privilégier plutôt des teintes pâles pour celui-ci. «L'intérieur est tellement petit qu'il devait être blanc», fait-elle remarquer. Maxime a profité d'un cours d'ébénisterie pour fabriquer la table en planches de pin teintées d'une nuance noisette pour ajouter une touche chaleureuse au lieu, et créer un contraste avec les autres éléments.

Fibres naturelles

Pour habiller la maisonnette sur roues, Jade a choisi des matières naturelles: bois, lin, osier, coton et cuir amenant de cette façon un style campagne ou cabine de plage à la Boler. Les coussins d'origine des banquettes ont été remplacés par des coussins faits sur mesure avec un tissu gris lavable et très résistant. Pour contribuer à donner forme à un cocon reposant, le mur a été peint dans un blanc légèrement délavé.

Table-canapé-lit

Lorsque le couple a acheté la Boler, la roulotte comportait des lits superposés pouvant, en théorie, accueillir quatre personnes. Jade et Maxime ont enlevé ceux-ci pour obtenir un espace plus aéré. Le soir venu, la table, qui peut être descendue jusqu'à l'assise des banquettes, est recouverte des coussins pour former un lit pour deux personnes. En journée, le linge de lit est dissimulé dans les rangements sous les banquettes.

Cuisine-salle de bains

À l'origine, la Boler accueillait une cuisinière au propane que n'ont pas souhaité réinstaller Jade et Maxime. Le plan de travail, acheté chez IKEA, permet de préparer les repas et de manger sur le pouce. Un raccordement à l'eau des espaces de camping permet de se servir du lavabo pour faire la vaisselle ou sa toilette. La vaisselle choisie pour sa beauté, son poids et sa taille est rangée dans des armoires sous le comptoir.

Accessoires d'ambiance

Pour sa maison de voyage, Jade a une règle: n'emporter que de belles choses. «L'espace est si petit qu'il est important de faire en sorte de nous sentir comme chez nous», appuie-t-elle. Si l'impératif de légèreté de la Boler l'a empêchée d'avoir recours à certains matériaux, comme le font certains propriétaires de grandes caravanes, elle a, en revanche, soigné les détails tels qu'une crédence en céramique, une théière en cuivre ou de jolies brosses.

Rangements tout-terrain

Les armoires de la Boler ont été refaites à neuf. Jade et Maxime se partagent quatre tablettes pour leurs vêtements dans un rangement à côté de la porte. Les armoires se ferment avec un système utilisé pour les bateaux grâce à de jolis boutons-poussoirs. «La Boler reste une "antiquité", tout doit être fixé et vérifié en cours de route, dit Jade. Mais la vue que l'on a lorsqu'on s'arrête n'a pas de prix.»

Photo fournie par Jade Lavoie

La Boler de Jade Lavoie