La formule n'a pas changé depuis des millénaires: on forge avec un marteau, une enclume, un bras musclé... ainsi qu'un fourneau capable de porter le métal au rouge, jusqu'à 1000 °C et au-delà. Depuis les perles de fer des anciens Égyptiens jusqu'aux grilles des cathédrales et à nos pergolas contemporaines. Dignes émules d'Éphaïstos et de Vulcain - dieux du feu, grec et romain -, les artisans d'aujourd'hui continuent d'orner de fer nos châteaux et autres modestes chaumières.

Carole Thibaudeau LA PRESSE

«Il y aura toujours du travail pour les forgerons, car le style de certaines maisons commande une ornementation de métal ouvré, affirme Patrice Génier, artiste forgeron de Joliette. Les boomers, en ce moment, se paient cette petite gâterie haut de gamme.»

Le regain du fer forgé, survenu il y a une dizaine d'années, s'est quelque peu essoufflé, convient l'artisan, car l'heure est maintenant à l'acier brossé et à l'inoxydable. Il faut également compter avec l'offre importante du préfabriqué. «On fait beaucoup d'acier brossé, explique M. Génier, ce qui demande moins de forge, mais beaucoup de travail de finition. Toutefois, je pense que le fer forgé classique traverse mieux le temps. De plus, il se marie bien avec les nouveaux styles.»

Mais pourquoi ne pas acheter du préfabriqué, justement? «Les barreaux préfabriqués sont des tubes vides, répond l'artisan. On les jette lorsqu'ils sont détériorés. Nos ouvrages à nous sont en fer massif: résistants, solides, faits pour durer. Si un morceau est endommagé, on peut refaire la finition. Quand on se promène dans le Vieux-Montréal ou en Europe, on voit des portails qui sont là depuis des centaines d'années.»

À la forge de Patrice Génier, le travail est partagé quasiment moitié-moitié entre restauration et création à neuf.

De l'idée à la réalisation

«Avec le client, explique M. Génier, nous regardons les modèles de mon portfolio, nous feuilletons des livres.»

Une fois le projet bien clair et accepté, M. Génier prend les mesures sur place. Lorsque le travail de forgeron est exécuté, si c'est pour l'extérieur, l'oeuvre est galvanisée par électrolyse chez un sous-traitant. On la fait ensuite recouvrir de peinture cuite, chez un second sous-traitant. Un objet destiné à l'intérieur est recouvert de peinture à l'huile en atelier, et demeurera pratiquement inchangé après 50 ans. À l'extérieur, la finition doit être rafraîchie après 15 ans. On fixe l'oeuvre à la maison mécaniquement (avec des boulons).

Le travail d'équipe est très important, soutient l'artisan, qui dirige quatre employés et détient sa licence de la Régie du bâtiment du Québec. «L'un travaille plus sur la forge, l'autre sur l'assemblage et un autre encore sur la finition. Tous les membres de l'équipe détiennent leur carte de ferrurier en bâtiment.» Doté d'une formation en électronique et d'une expérience comme technicien en télécommunication, Patrice Génier peut livrer, clé en main, des portails à ouverture télécommandée.

Prix

Il faut compter environ six semaines entre le moment de la commande et celui de la livraison. Et le prix? «Ça dépend du matériel requis, du temps de production, de la finition et du temps d'installation, répond-il. Un garde-corps revient souvent à 700 ou 800$ du pied linéaire. On peut en faire aussi pour 150$ le pied.»

La principale joie du métier? «Quand les clients nous disent leur satisfaction, affirme Patrice Génier. C'est ça qui nous nourrit.»

Aucune formation de forgeron ne se donne au Québec, déplore l'artisan, contrairement à l'Europe, où il y a beaucoup d'écoles. «L'un de mes quatre employés vient d'Ukraine, où il a décroché un «bac» en fer forgé. Un autre est bachelier en arts graphiques. Ici, il faut apprendre sur le tas. C'est en forgeant qu'on devient forgeron.»