(Beyrouth) À la surprise générale, le puissant mouvement armé du Hezbollah pro-iranien et ses alliés ont perdu la majorité au Parlement libanais lors de législatives marquées par une percée des candidats indépendants issus de la contestation populaire contre la classe politique.

Mis à jour le 17 mai
Elie WEHBE Agence France-Presse

Les élections législatives ont eu lieu dimanche dans un pays miné par la pire crise socio-économique de son histoire imputée par une grande partie de la population, des organisations internationales et pays étrangers à la corruption et l’inertie de la classe dirigeante, inchangée depuis des décennies.

Selon les résultats définitifs, annoncés mardi par le ministre de l’Intérieur Bassam Mawlawi, le Hezbollah chiite et ses alliés politiques n’ont pas obtenu les 65 sièges nécessaires pour conserver leur majorité à l’assemblée qui compte 128 députés.

Le bloc dirigé par le Hezbollah et comprenant principalement la formation chiite Amal et le parti chrétien du Courant Patriotique Libre (CPL) du président Michel Aoun, avait 70 députés dans le Parlement sortant.

Le Hezbollah, Amal et le CPL ont quasiment gardé chacun le même nombre de sièges que dans l’assemblée sortante, mais des députés les soutenant sans leur être affiliés n’ont pas été réélus.

Leur principal adversaire, le parti chrétien des Forces Libanaises, a annoncé avoir obtenu 18 sièges, contre 15 sièges en 2018.

Le reste des sièges ont été obtenus par la formation du leader druze Walid Joumblatt, de petits partis chrétiens, des proches de l’ancien premier ministre sunnite Saad Hariri, ainsi que des indépendants issus de la contestation et d’autres indépendants. Tous sont considérés comme hostiles au Hezbollah.

Vers un changement ?

La grande nouveauté reste la percée des candidats indépendants issus de la contestation populaire de 2019 qui réclamait le départ de l’ensemble de la classe politique et une refonte totale du système politique basé sur un partage communautaire du pouvoir. Ils ont obtenu au moins 13 sièges.

D’après des observateurs, ces nouveaux élus pourraient se positionner en faiseurs de roi pour la formation du nouveau gouvernement.

Fait aussi inédit, deux indépendants issus de ce mouvement de contestation, Firas Hamdane et Elias Jradé, ont réussi à décrocher dans le sud du Liban, un fief du Hezbollah, des sièges qui étaient détenus par les alliés du mouvement chiite depuis trois décennies.

« Nous allons coopérer avec tous les députés élus qui partagent la même orientation politique », a déclaré à l’AFP M. Hamdane. « Il y a beaucoup de travail à faire et une nouvelle approche politique à adopter. »

Sami Nader, analyste au Levant Institute for Strategic Affairs, doute cependant que le revers du bloc du Hezbollah, qui reste très influent, change la donne.

« Le Hezbollah et l’axe iranien ont encaissé un coup, mais cela ouvrira-t-il pour autant la voie au changement au Liban ? Je doute », a-t-il déclaré à l’AFP.  

Les prochaines échéances — la formation d’un gouvernement, l’élection du président du Parlement et la présidentielle prévue en novembre — pourraient conduire à des crises et blocages prolongés, en raison des divergences et des habituels marchandages.

Et cela pourrait retarder les réformes exigées par la communauté internationale pour sauver le Liban de la faillite et lui fournir l’aide dont il a cruellement besoin. Le Fonds monétaire international (FMI) exige un engagement fort de Beyrouth à mettre en œuvre des réformes ambitieuses pour s’attaquer principalement à la restructuration du secteur financier et à la corruption.

Blocages

Alex Issa, docteur en Sciences politiques et Relations internationales, a dit craindre des blocages dans les prises de décisions « en l’absence d’une majorité décisionnelle » au Parlement.

Alors que le pays est plongé dans une très grave crise économique, aucune mesure de redressement n’a été entreprise par la classe dirigeante accusée de laisser couler le pays.

Depuis 2019, la monnaie nationale a perdu plus de 90 % de sa valeur, les épargnants subissent des restrictions bancaires étouffantes et près de 80 % de la population vit désormais en dessous du seuil de pauvreté selon l’ONU. Et en 2020, l’État a fait défaut sur sa dette pour la première fois de son histoire.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dit « compter sur le nouveau Parlement pour adopter d’urgence toutes les lois nécessaires à la stabilisation de l’économie et à l’amélioration de la gouvernance ».

Selon lui, la formation d’un nouvel exécutif permettra de « finaliser l’accord (en discussions) avec le FMI et accélérer la mise en œuvre des réformes nécessaires pour mettre le Liban sur la voie de la reprise ».