(Jérusalem) La police israélienne continuait de négocier lundi soir avec les membres d’une famille palestinienne menacée d’éviction dans le quartier sensible de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, qui se sont retranchés avec un baril d’essence sur le toit de leur maison.

Publié le 17 janvier
Agence France-Presse

Peu après l’arrivée sur place plus tôt de policiers pour tenter d’expulser la famille menacée d’éviction depuis 2017, Mohamed Salhiya s’est installé sur son toit avec un baril d’essence, a constaté un journaliste de l’AFP.

PHOTO AMMAR AWAD, REUTERS

Peu après l’arrivée sur place de policiers pour tenter d’expulser la famille menacée d’éviction depuis 2017, Mohamed Salhiya s’est installé sur son toit avec un baril d’essence. Il a ensuite été rejoint par des membres de sa famille qui « ont menacé de s’immoler et de mettre le feu à la maison ».

Il a ensuite été rejoint par des membres de sa famille qui « ont menacé de s’immoler et de mettre le feu à la maison si les forces d’occupation (nom donné par des Palestiniens à Israël, NDLR) en prenaient le contrôle », a déclaré à l’AFP Mona Al Kurdi, une militante palestinienne vivant dans le quartier.

« La famille vit dans cette maison depuis des décennies », a-t-elle ajouté.

La police israélienne et la mairie de Jérusalem ont affirmé dans un communiqué conjoint être venues faire respecter un ordre d’expulsion, le terrain sur lequel se trouve la maison familiale ayant été alloué pour la construction d’une école pour les enfants du quartier.

Dans un second communiqué, la municipalité de Jérusalem a indiqué qu’il s’agissait d’un complexe éducatif devant accueillir « des centaines d’enfants ayant des besoins spéciaux de tout Jérusalem-Est ».

« Contrairement à ce qu’affirme la famille, les bâtiments érigés ont été construits illégalement ces dernières années », a-t-elle ajouté.

« Place suffisante »

Dans la partie orientale de Jérusalem, occupée et annexée par Israël, des centaines de familles palestiniennes présentes depuis des décennies sont confrontées à des ordres d’expulsion.

En mai, des manifestations de soutien à des familles menacées d’expulsion à Cheikh Jarrah avaient dégénéré en heurts avec des colons et la police israélienne, prémices d’une flambée de violences meurtrières en Israël et dans les Territoires palestiniens.

Pour Laura Wharton, conseillère municipale (gauche) présente lundi à Cheikh Jarrah, « l’école aurait pu être construite sans expulser de familles ».  

« Il y a suffisamment de place », a-t-elle déclaré à l’AFP, précisant qu’elle devait rencontrer la famille plus tard dans la journée.

Plus de 300 000 Palestiniens et 210 000 Israéliens vivent aujourd’hui à Jérusalem-Est, ces derniers dans des colonies illégales au regard du droit international.

« L’Union européenne est très claire : dans un territoire occupé, les expulsions sont une violation du droit humanitaire international, cela vaut pour toute expulsion ou démolition y compris celle-ci », a affirmé à l’AFP Sven Kuhn von Burgsorf, le représentant de l’UE dans les Territoires palestiniens qui s’est rendu à Cheikh Jarrah lundi avec une délégation de diplomates européens.

D’après la loi israélienne, si des juifs peuvent prouver que leur famille vivait à Jérusalem-Est avant la guerre de 1948 et la création d’Israël, ils peuvent demander à ce que leur soit rendu leur « droit de propriété ».

Une telle loi n’existe toutefois pas pour les Palestiniens ayant perdu leurs biens pendant la guerre et les familles palestiniennes assurent avoir légalement acheté leurs propriétés aux autorités jordaniennes, qui ont contrôlé Jérusalem-Est de 1948 à 1967.

Sept familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah avaient fait appel jusqu’à la Cour suprême pour contrer les avis d’expulsion les visant.