(Téhéran) Téhéran a accusé lundi Israël d’avoir saboté la veille son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz et a promis de se venger et d’intensifier ses activités atomiques alors que des efforts diplomatiques ont lieu pour remettre sur les rails l’accord international sur le nucléaire iranien.

Agence France-Presse

Plus de 24 heures après les faits, les circonstances de l’attaque, son mode opératoire et l’étendue des dégâts causés restaient flous.

L’Union européenne et la Russie, qui participent à ces efforts diplomatiques, ont dit espérer que ceux-ci ne soient pas réduits à néant par l’« incident » de Natanz.

Les États-Unis « pas impliqués »

« Les États-Unis n’ont d’aucune manière été impliqués », a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, à la presse. « Nous n’avons rien à ajouter aux spéculations sur les causes ou les conséquences » de cette attaque présumée.

Le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) Behrouz Kamalvandi a semblé minimiser l’évènement en déclarant lundi que « le centre de distribution d’électricité » de l’usine de Natanz, dans le centre du pays, avait été touché par une « petite explosion », vers « cinq heures du matin » dimanche (20 h samedi, heure du Québec).

PHOTO PLANET LABS, VIA ASSOCIATED PRESS

Cette photo prise le 7 avril 2021 par un satellite de la compagnie Planet Labs montre l’usine d’enrichissement nucléaire de Natanz, en Iran.

Il a fait état de dégâts « rapidement » réparables et présentés comme mineurs, un contraste avec les propos du chef de l’OIEA, Ali-Akbar Saléhi, rapportés plus tôt par l’agence Fars, et selon lesquels « le système électrique de secours » de l’usine avait dû être mis en marche lundi.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne Saïd Khatibzadeh avait déclaré lundi matin qu’il était encore « trop tôt » pour évaluer les dégâts de ce qu’il avait qualifié d’acte de « terrorisme » israélien ayant endommagé un certain nombre de centrifugeuses dites de première génération utilisées pour enrichir de l’uranium.

De son côté, le New York Times a cité des responsables au sein des renseignements israéliens et américains selon lesquels « Israël a joué un rôle » dans ce qu’il s’est passé à Natanz où, selon ces sources, « une forte explosion » aurait « totalement détruit […] le système électrique interne alimentant les centrifugeuses qui enrichissent de l’uranium sous terre ».

L’usine d’enrichissement située au sein du complexe nucléaire de Natanz est celle-là même où Téhéran a mis en service ou a commencé à tester samedi de nouvelles cascades de centrifugeuses avancées.

« Centrifugeuses plus puissantes »

Ces machines offrent à l’Iran la possibilité d’enrichir plus vite et en plus grande quantité de l’uranium, dans des volumes et à un degré de raffinement interdit par l’accord censé encadrer le programme nucléaire iranien conclu en 2015 à Vienne.

M. Khatibzadeh a accusé indirectement Israël de saborder les discussions en cours à Vienne pour tenter de faire revenir Washington à l’accord international de 2015 et de lever les sanctions américaines contre Téhéran.

« La réponse de l’Iran sera la vengeance contre le régime sioniste au moment et à l’endroit opportuns », a-t-il affirmé.

Selon Fars, M. Saléhi a promis que « dans quelques jours, les centrifugeuses endommagées (seraient) remplacées par des centrifugeuses plus puissantes ».

Irna a cité des députés selon lesquels le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif aurait « insisté […] sur la nécessité de ne pas tomber dans le piège tendu par les sionistes ».

« Mais nous ne permettrons pas » qu’Israël fasse dérailler les discussions de Vienne, aurait-il déclaré lors d’une réunion à huis clos au Parlement.

Ces pourparlers ont lieu entre les États encore parties à l’accord de Vienne (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l’égide de l’Union européenne. Washington y est associé, mais sans contact direct avec les Iraniens.

Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont dénoncé unilatéralement en 2018 l’accord international de 2015, rétablissant les sanctions américaines qui avaient été levées en vertu de ce pacte.  

En riposte, l’Iran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires qu’il avait pris à Vienne. Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier, a signalé son intention de réintégrer l’accord.

L’Allemagne a jugé lundi que l’annonce par Téhéran de l’intensification de ses activités d’enrichissement d’uranium à Natanz n’était « pas une contribution positive » aux négociations.

« Saper les discussions »

« Toute tentative de saper les discussions en cours à Vienne doit être rejetée », a indiqué l’UE, plaidant pour que « les circonstances » de ce qu’il s’est passé à Natanz « soient clarifiées très vite ».

Moscou a dit espérer « que ce qu’il s’est passé (à Natanz) ne sapera pas les consultations qui prennent de l’ampleur ».

Le Qatar, émirat arabe entretenant de bonnes relations avec Téhéran, a condamné « fermement » ce qu’il a qualifié de « dangereux acte de sabotage ».

Téhéran a toujours nié vouloir la bombe atomique, mais le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou l’accuse de chercher à s’en doter.

En juillet 2020, une usine d’assemblage de centrifugeuses perfectionnées à Natanz a été gravement endommagée par une mystérieuse explosion, un « sabotage » d’origine « terroriste », selon Téhéran.

« Je n’autoriserai jamais l’Iran à obtenir la capacité nucléaire qui lui permettrait de mener à bien son objectif génocidaire d’éliminer Israël », a déclaré M. Nétanyahou lundi, sans faire de lien avec ce qu’il s’est passé à Natanz.

Principales attaques présumées contre le programme nucléaire iranien

L’Iran, qui a accusé lundi Israël d’avoir saboté un de ses complexes nucléaires, a été à de nombreuses reprises ces dix dernières années la cible d’attaques présumées contre son programme nucléaire, attribuées par Téhéran aux services de renseignements israéliens ou américains.

Virus informatiques

En septembre 2010, le virus Stuxnet frappe de plein fouet le programme nucléaire iranien, entraînant une série de pannes dans leur parc de centrifugeuses utilisées pour l’enrichissement de l’uranium.

Le virus, qui s’attaque à un logiciel de l’allemand Siemens employé pour le pilotage industriel des entreprises, touche aussi l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan et la Chine.

L’Iran accuse les États-Unis et Israël, dont les services secrets sont également montrés du doigt par des experts en sécurité informatique.

Depuis Stuxnet, l’Iran d’un côté, Israël et les États-Unis de l’autre s’accusent régulièrement de cyberattaques.

Scientifiques iraniens tués

En janvier 2010, un professeur de physique des particules, Massoud Ali Mohammadi, est assassiné dans la capitale iranienne. Ce physicien de renom qui enseignait à l’université de Téhéran est tué par l’explosion d’une moto piégée alors qu’il sortait de son domicile.

En novembre 2010, deux physiciens jouant un rôle important dans le programme nucléaire iranien sont visés à Téhéran par deux attentats à la bombe. L’un d’eux, Majid Shahriari, est tué.

Au total, quatre scientifiques iraniens liés au programme atomique de la République islamique ont tués, et un cinquième blessé, dans des attentats commis à Téhéran entre 2010 et 2012, au plus fort des tensions sur la question nucléaire iranienne.

L’Iran a accusé l’Agence centrale du renseignement américaine (CIA) et le Mossad (les renseignements extérieurs israéliens) d’être derrière ces assassinats, parfois en collaboration avec d’autres services occidentaux.

En janvier 2010, un professeur de physique des particules, Massoud Ali Mohammadi, est assassiné dans la capitale iranienne. Ce physicien de renom qui enseignait à l’université de Téhéran est tué par l’explosion d’une moto piégée alors qu’il sortait de son domicile.

En novembre 2010, deux physiciens jouant un rôle important dans le programme nucléaire iranien sont visés à Téhéran par deux attentats à la bombe. L’un d’eux, Majid Shahriari, est tué.

Au total, quatre scientifiques iraniens liés au programme atomique de la République islamique ont été tués, et un cinquième blessé, dans des attentats commis à Téhéran entre 2010 et 2012, au plus fort des tensions sur la question nucléaire iranienne.

L’Iran a accusé l’Agence centrale du renseignement américaine (CIA) et le Mossad (les renseignements extérieurs israéliens) d’être derrière ces assassinats, parfois en collaboration avec d’autres services occidentaux.

En novembre 2020, le physicien nucléaire Mohsen Fakhrizadeh est tué près de Téhéran dans une attaque contre son convoi.

Il est présenté après sa mort comme un vice-ministre de la Défense et le chef de l’Organisation de la recherche et de l’innovation en matière de défense (Sépand), ayant notamment contribué à la « défense antiatomique » du pays.

L’Iran accuse Israël d’avoir commandité l’attentat, perpétré selon Téhéran au moyen, entre autres, d’une mitrailleuse commandée par satellite.

Explosions

Le 12 novembre 2011, l’explosion d’un dépôt de munitions des Gardiens de la Révolution dans la banlieue de Téhéran fait au moins 36 morts, dont le général Hassan Moghadam, responsable des programmes d’armement des Pasdaran. Selon le Los Angeles Times, l’explosion est due à une opération menée par les États-Unis et Israël contre le programme nucléaire iranien.

Le 2 juillet 2020, Téhéran fait état d’un « accident », déjà, au sein du complexe nucléaire de Natanz (centre).

L’agence officielle Irna publie une dépêche en forme d’éditorial notant que « certains comptes du régime sioniste » ont « immédiatement attribué l’accident à un sabotage israélien ». L’article met Israël et les États-Unis en garde contre toute atteinte à « la sécurité » et aux « intérêts » de l’Iran.

Le lendemain, le Conseil suprême de la sécurité nationale annonce que les causes de l’« accident » ont été établies mais que, pour des « raisons de sécurité », rien ne sera révélé au public « avant le » moment opportun « .

Le 23 août, l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) affirme qu’un » sabotage « est à l’origine de l’explosion.

Le 11 avril 2021, le complexe nucléaire de Natanz est l’objet d’un nouvel incident.

Selon Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l’OIEA, il s’agit d’une » petite explosion « ayant entraîné des dégâts » rapidement « réparables.

Citant des responsables au sein des renseignements israéliens et américains, le New York Times écrit qu’ » Israël a joué un rôle « dans ce qui s’est passé à Natanz, où, selon ces sources, » une forte explosion « aurait » totalement détruit […] le système électrique interne alimentant les centrifugeuses qui enrichissent de l’uranium sous terre « .