(Bagdad) « Non à l’Amérique ! », « Vengeance ! ». Par milliers, des partisans des paramilitaires irakiens pro-Iran ont marqué dimanche, lors d’une démonstration de force à Bagdad, le 1er anniversaire de l’assassinat par les États-Unis du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien.

Salam FARAJ
Agence France-Presse

Place Tahrir, ces partisans du Hachd al-Chaabi ont conspué le « grand Satan » américain et celui qu’ils accusent d’être son « agent » en Irak, le premier ministre Moustafa al-Kazimi.

Le 3 janvier 2020, et sur ordre du président Donald Trump, une attaque au drone a pulvérisé à l’aéroport de Bagdad les deux véhicules transportant Qassem Soleimani, artisan de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, et Abou Mehdi al-Mouhandis, le commandant des paramilitaires du Hachd al-Chaabi.  

Cette frappe avait fait redouter un conflit ouvert entre Washington et Téhéran, ennemis depuis 40 ans. La situation reste explosive en Irak où les États-Unis et l’Iran sont des puissances agissantes.

L’Irak est plus polarisé que jamais, entre des pro-Iran qui n’hésitent plus à menacer l’État et des autorités qui n’ont ni le poids politique ni la force militaire pour les affronter.

Dimanche, après une veillée aux bougies à l’aéroport de Bagdad, à l’endroit même où ont été tués le général iranien et son bras droit irakien, les partisans du Hachd al-Chaabi ont honoré place Tahrir leurs « martyrs » et dénoncé « l’occupant américain ».

« Go out USA ! »

Tout un symbole. Durant des mois en 2019, des dizaines de milliers d’Irakiens ont conspué à Tahrir le pouvoir et son « parrain » iranien. Dans certaines manifestations de la « révolution d’octobre », des portraits de Soleimani ont même été piétinés.

Aujourd’hui, sur ce même lieu, une affiche géante de Soleimani et de Mouhandis a recouvert un autre. Celui-ci vantait un musée à venir de la « révolution d’octobre », sous le « haut patronage du premier ministre Moustafa al-Kazimi ».

L’homme n’est pas présent, mais son nom est scandé. « Kazimi, lâche ! Agent des Américains ! », répètent en chœur les milliers de manifestants vêtus de noir, certains brandissant des pancartes « Go out USA » (Dehors les Américains).

« Nous sommes venus dire non à l’Amérique et à tout autre occupant qui voudrait souiller notre terre », a déclaré à l’AFP Oum Mariam.

Au sud de Bagdad, notamment dans la ville de Najaf où est enterré Mouhandis, des partisans, certains en pleurs, ont rendu hommage aux deux « martyrs ».  

En fin de journée, les rassemblements se sont dispersés dans le calme.

Près de 3000 soldats américains sont déployés en Irak. Un vote du Parlement pour les expulser, annoncé dans le fracas de la frappe du 3 janvier 2020, est resté sans réponse. En novembre, Washington a néanmoins indiqué que 500 soldats se seront retirés le 15 janvier.

Le départ des troupes américaines du Moyen-Orient reste un « objectif déclaré » de l’axe pro-Iran, a réaffirmé dimanche soir Hassan Nasrallah, chef de l’autre grand allié de l’Iran dans la région, le Hezbollah libanais. Il a qualifié Soleimani de « héros mondial » et sa mort de « très grande perte ».  

Il y a un an, les positions arc-boutées de Washington et de Téhéran avaient fait redouter un conflit ouvert en Irak. Le pays retient désormais son souffle jusqu’au départ le 20 janvier de Donald Trump de la Maison-Blanche.

Jeudi, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a tweeté qu’en Irak, « des agents provocateurs israéliens préparent des attaques contre des Américains » pour placer « Trump dans une impasse avec un casus belli fabriqué ».

« Retour de flamme »

L’Iran a d’ailleurs accusé M. Trump de chercher « un prétexte » pour lancer « une guerre ».

« Attention au piège […] tout feu d’artifice connaîtra un sérieux retour de flamme, notamment contre votre meilleur ami (Israël, NDLR) », a lancé M. Zarif, qualifiant dimanche soir le président américain de « terroriste en chef ».  

En Irak, les pro-Iran ont repris leurs attaques à la roquette contre les intérêts américains. Et face à eux, M. Kazimi a fait le choix de la diplomatie des petits pas. Car il est incapable de gagner si une confrontation s’imposait, assurent les experts.

À Washington, la fermeté est la même. M. Trump a prévenu : « si un Américain est tué, je tiendrai l’Iran pour responsable ».

L’Iran avait riposté à l’assassinat de Soleimani en tirant des missiles sur des bases abritant des soldats américains en Irak. Et il a averti que les assassins de son général ne seraient « nulle part en sécurité ».