(Beyrouth et Al-Nayrab) La guerre en Syrie est entrée dimanche dans sa dixième année, avec un régime ayant réussi à se maintenir à la tête d’un pays à la population épuisée et à l’économie laminée, où des puissances étrangères aux intérêts divergents jouent des muscles.

Tony GAMAL-GABRIEL et Omar HAJ KADOUR
Agence France-Presse

Au moins 384 000 personnes, dont plus de 116 000 civils, ont péri dans le conflit déclenché le 15 mars 2011 par la répression sanglante de manifestations prodémocratie par le régime du président Bachar al-Assad, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a déploré la durée et la nature « horrible » du conflit, « preuve d’un échec collectif de la diplomatie ».

Au prix de bombardements dévastateurs et grâce au soutien précieux des alliés russe et iranien, le régime a enchaîné les victoires face aux djihadistes et rebelles, reprenant 70 % du territoire depuis l’intervention militaire russe en 2015.

Le principal front actuel est la région d’Idlib (nord-ouest), ultime grand bastion djihadiste et rebelle, qui bénéficie néanmoins depuis le 6 mars d’une trêve précaire, après plusieurs mois d’une offensive meurtrière du régime.

Prévue par cette trêve parrainée par la Russie et la Turquie qui soutient des groupes rebelles syriens, militaires russes et turcs ont mené une première patrouille conjointe dimanche sur un tronçon de l’autoroute M4 traversant la région d’Idlib.

Mais « l’itinéraire » de la patrouille a été « raccourci » en raison de « provocations », a fustigé Moscou.

Quelque 200 manifestants syriens ont brûlé des pneus et des branches d’arbres placés en travers de l’autoroute pour empêcher le passage des blindés, selon un correspondant de l’AFP sur la M4, reliant Alep (nord) à Lattaquié (ouest).

« Échelle monumentale »

A la faveur de leur offensive contre Idlib, relancée en décembre, les forces prorégime ont repris un peu plus de la moitié de la province, selon l’OSDH. Plus de 500 civils ont péri d’après la même source et environ un million de personnes ont été déplacées d’après l’ONU.

« Je n’ai jamais connu des jours aussi durs », lâche Siham Abss, 50 ans, installée avec sept de ses enfants dans un camp de déplacés.

Là, les tentes de bâches en plastique s’alignent le long des routes boueuses, battues par les vents, les civils survivant dans des conditions déplorables.

« Les civils paient le plus lourd tribut » d’« une décennie de combats qui n’a apporté que des ruines et la misère », a déploré le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

C’est à Deraa (sud) que l’étincelle de la révolte est partie en 2011. Inspirés du Printemps arabe, des adolescents avaient écrit sur les murs de leur école des slogans anti-Assad.

Les manifestations ont gagné les grandes villes. Des militaires ont fait défection et les civils ont pris les armes. La guerre civile s’est ensuite complexifiée avec la montée en puissance des djihadistes, notamment le groupe État islamique (EI), et l’implication de plusieurs pays étrangers.

La guerre a provoqué l’exode de plus de 11 millions de personnes, déplacés et réfugiés, se pressant parfois aux portes de l’Europe.

« Les violations des droits humains, les crimes, les destructions et le dénuement ont atteint une échelle monumentale », s’est ému M. Pedersen.

« Carnage »

Toutes les initiatives diplomatiques pour mettre un terme à la guerre ont échoué, et aujourd’hui pas moins de cinq armées étrangères interviennent d’une façon ou d’une autre en Syrie.

Militaires russes et iraniens aident le régime. Des troupes américaines, stationnées dans le nord-est où les Kurdes jouissent d’une autonomie, ont participé à la lutte anti-EI.

Voisin de la Syrie, Israël mène régulièrement des frappes contre des positions du régime, de l’ennemi iranien ou du Hezbollah libanais pro-iranien. La Turquie voisine déploie des soldats dans le Nord syrien.

La guerre a laminé les infrastructures du pays : les destructions sont estimées à quelque 400 milliards de dollars.

Plus de la moitié des installations médicales ne sont pas fonctionnelles, deux écoles sur cinq ne peuvent pas être utilisées et les prix des produits de base ont été multipliés par vingt, selon l’Agence de l’ONU pour l’enfance (UNICEF).

« Notre message est clair : arrêtez de frapper les écoles et les hôpitaux. Arrêtez de tuer et de mutiler les enfants », a asséné l’organisation en soulignant dimanche que près de cinq millions d’enfants syriens étaient nés durant la guerre et un million d’autres en exil.

« Les belligérants et ceux qui les soutiennent ont échoué à mettre fin au carnage en Syrie. »