(Beyrouth) Au moins 20 civils ont été tués mardi dans des bombardements du régime syrien sur la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, où le régime a reconquis la ville symbolique de Kafranbel, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Agence France-Presse

Selon l’OSDH, neuf enfants font partie des victimes des frappes aériennes et des tirs d’artillerie menés sur la ville d’Idlib et les localités de Binnich et Maaret Misrine.

PHOTO ABDULAZIZ KETAZ, AFP

Un enfant syrien, assis dans un véhicule, attend qu’on l’évacue d’une zone bombardée par des avions appuyant l’offensive du régime syrien de Bachar Al- Assad à Maarrat Misrine, dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie.

« Dix civils, dont six enfants, ont péri dans des frappes aériennes du régime syrien sur la localité de Maaret Misrine dans la province d’Idlib, tandis que six civils ont été tués dans la ville d’Idlib, dont un écolier et trois enseignants, dans des tirs d’artillerie ayant visé plusieurs écoles », a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

« Quatre autres civils, dont une mère et ses deux enfants, sont morts dans des bombardements de Damas sur la localité de Binnich », selon M. Abdel Rahmane.

PHOTO MUHAMMAD HAJ KADOUR, AFP

Des sauveteurs tentent de retirer des décombres le corps d’une femme tuée par un bombardement des forces syriennes sur la ville de Binnich, dans le nord-ouest de la Syrie aujourd’hui.

L’ONG Save The Children a fermement déploré la mort des civils à Binnich, appelant à épargner les écoles.

« Les écoles doivent être des refuges pour les enfants, même dans une zone de conflit », a déclaré la directrice de l’organisation Sonia Khush.  

« Les attaques d’aujourd’hui sont un autre signe que les combats dans le nord-ouest de la Syrie ont atteint des niveaux catastrophiques de violence contre les enfants et les civils ».

PHOTO OMAR HAJ KADOUR, AFP

Un édifice explose après un bombardement aérien par les forces du régime syrien de Bachar Al-Assad sur le village de Nayrab, récemment repris par les rebelles soutenus par la Turquie. Nayrab est à environ 14 km au sud-est d'Idlib, le long de l'autoroute M4, considérée comme stratégique pour contrôler cette région sous contrôle rebelle.

Les civils « sont toujours confrontés à la terreur quotidienne […]. Nulle part n’est sûr, même pas l’école », a poursuivi la directrice de l’ONG.

Lundi, l’ONU a prévenu que les combats se rapprochaient « dangereusement » des camps de déplacés, risquant de provoquer un « bain de sang ».  

À Genève, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’est dit mardi « vivement préoccupé » par la situation.

PHOTO MOHAMMED AL-RIFAI, AFP

Un vieil homme blessé par une frappe aérienne syrienne sur la ville de Maaret Misrine aujourd’hui.

« Capitulation »

À une cinquantaine de kilomètres au sud de Binnich et Maaret Misrine, la ville de Kafranbel a été reprise mardi par le régime syrien, soutenu par l’aviation russe, a annoncé l’OSDH.

Cette localité, située dans le sud de la province d’Idlib, est l’une des premières villes à s’être ralliée à la contestation anti-Bachar al-Assad.

Le régime a également repris 18 autres villages et localités dans le sud d’Idlib au cours des dernières 48 heures, selon l’OSDH.

Ces dernières semaines, le régime syrien a pu conquérir près de la moitié de la province d’Idlib, contrôlée depuis des années par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, et des groupes rebelles.

Depuis décembre, Damas mène avec l’appui de l’aviation russe une offensive d’envergure dans le nord-ouest syrien. Celle-ci a tué plus de 400 civils, selon l’OSDH, et déplacé près de 900 000 personnes d’après l’ONU, soit l’exode le plus massif en une si courte période depuis le début de la guerre syrienne en 2011.

Parmi les déplacés, 170 000 civils vivent en plein air ou dans des bâtiments inachevés, faute de place dans les camps de déplacés bondés.

La région d’Idlib – qui inclut également des segments des provinces voisines de Lattaquié, Alep et Hama – abrite trois millions de civils, dont la moitié a déjà été déplacée d’autres régions reconquises par le régime.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov a rejeté mardi les appels au cessez-le-feu, estimant que ce serait une « capitulation face aux terroristes ».

Déclenchée en 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 380 000 morts et déplacé plusieurs millions de personnes.