L’écrasement d’un avion près de l’aéroport de Téhéran, en Iran, mercredi matin, a fait 176 morts, dont 63 Canadiens, parmi lesquels au moins cinq Québécois d’origine iranienne. Parmi les passagers du vol, 138 avaient le Canada comme destination finale.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Les Montréalais Siavash Ghafouri-Azar et Sara Mamani, deux ingénieurs spécialisés en aéronautique, s’étaient rendus dans leur pays d’origine pour se marier en présence de leurs familles, après plus d’un an de fiançailles. Ils devaient rentrer au Canada en tant que mari et femme mercredi.  

« Ils venaient de s’acheter une maison à Longueuil et étaient enthousiastes à l’idée de la rénover », raconte Navid Sharisi, un ami de Siavash Ghafouri-Azar, avec qui il a fait de la recherche à l’Université Concordia.

M. Ghafouri-Azar et Mme Mamani s’étaient rencontrés dans les couloirs de l’université, où ils ont tous deux complété une maîtrise récemment, au Concordia Institute of Aerospace Design & Innovation.

« Siavash était arrivé à Montréal comme immigrant reçu, il y a quatre ans, et était très motivé à s’intégrer au Canada et au Québec », a souligné le professeur Christian Moreau, co-superviseur de M. Ghafouri-Azar lors de ses études de maîtrise, dans un domaine très pointu touchant les matériaux utilisés dans les moteurs d’avion.

PHOTOS TIRÉES DU COMPTE LINKEDIN DE SIAVASH GHAFOURI-AZAR ET SARA MAMANI.

Siavash Ghafouri-Azar et Sara Mamani.

« Sara était très travaillante, et s’entendait bien avec tout le monde », a témoigné le professeur Suong Van Hoa, qui a supervisé la thèse de maîtrise de Mme Mamani, entre 2014 et 2016.

Un autre couple

Un autre couple a trouvé la mort dans la catastrophe : Aida Farzaneh, 33 ans, et Arvin Morattab, 35 ans. Mme Farzaneh était spécialiste de l’efficacité énergétique des bâtiments pour la firme d’architecture Lemay, à Montréal. M. Morattab était pour sa part ingénieur en systèmes d’énergie pour la société de produits électrique Eaton, à Saint-Bruno. Tous deux avaient complété des doctorats à l’École de technologie supérieure (ETS).  

Aida Farzaneh

« Bien qu’Aida était avec Lemay depuis moins de trois mois, elle avait déjà fait sa marque au sein de l’équipe », a affirmé Cristine Tessier au nom de l’entreprise. « En tant que spécialiste de l’énergie des bâtiments qui complétait un deuxième doctorat, elle a impressionné son entourage par son approche intelligente et structurée. »

Arvin Morattab

À l’ETS, on est sous le choc d’avoir perdu deux doctorants très récemment diplômés : Arvin Mottarab avait terminé ses études en 2018, alors que son épouse Aida Farzaneh avait déposé la version finale de sa thèse le mois dernier.

« C’était une excellente étudiante, qui a été très appréciée pendant ses stages dans l’industrie », a témoigné Danielle Monfet, la superviseure de doctorat de Mme Farzaneh, en entrevue téléphonique. « Elle travaillait bien, elle travaillait fort. C’est extrêmement triste ce qui est arrivé. »

Un ancien collègue de son conjoint a lui aussi voulu exprimer son désarroi.

« Tous ceux qui le connaissaient vont se souvenir à jamais de son sourire et de son talent », a affirmé Vahid Jalili-Marandi sur les réseaux sociaux.

Victime sherbrookoise

Une cinquième victime établie au Québec, Mohammed Moeini, 35 ans, vivait à Sherbrooke et travaillait pour Bombardier Produits récréatifs (BRP) à Valcourt, où il était concepteur mécanique.

Mohammed Moeini

« Nous sommes bouleversés d’apprendre le décès de l’un de nos employés, a dit Elaine Arsenault, conseillère aux relations avec les médias chez BRP. Nous offrons nos plus sincères condoléances à la famille de Mohammad ainsi qu’à toutes les familles des victimes de cette terrible tragédie. »

Bardés de diplômes

De nombreuses autres victimes canadiennes détenaient aussi des diplômes d’études supérieures, où étaient étudiants à la maîtrise ou au doctorat au Canada, dans des domaines comme la recherche médicale, l’informatique, ou la protection de l’environnement.

Pedram Mousavi et Mojgan Daneshmand, tous deux professeurs d’ingénierie à l’Université de l’Alberta, ont perdu la vie avec leurs deux filles, Daria, 14 ans, et Dorina, 9 ans.

Ghanimat Azdahri, étudiante au doctorat au département de géographie et d’environnement de l’Université de Guelph, en Ontario, échangeait des courriels avec son professeur Faisal Moola, juste avant de monter à bord du vol PS752 à Téhéran. « Elle me disait qu’elle avait hâte de rentrer pour reprendre ses recherches, mais aussi qu’elle était inquiète d’une guerre possible entre les États-Unis et l’Iran, et des conséquences que cela aurait pour les gens et l’écologie en Iran », a rapporté le professeur Moola.

Masoumeh Ghavi, étudiant en génie de l’Université Dalhousie à Halifax, revenait au Canada avec sa sœur cadette, Mandieh Ghavi, à bord de ce vol. Samira Bashiri, une autre passagère du vol, était une chercheure en médecine vétérinaire à l’Université de Windsor, en Ontario. Elle voyageait avec son mari Hamid Setareh, étudiant au doctorat en génie mécanique à la même université.

Un autre couple de jeunes mariés a trouvé la mort : Pouneh Gorji, 25 ans, venait de s’unir trois jours plus tôt avec Arash Pourzarabi, 26 ans. Les deux époux étudiaient en génie informatique à l’Université de l’Alberta.

Dans un point de presse émotif, David H. Turpin, président de l’Université de l’Alberta, a dit que le processus de deuil allait être long. « Les mots ne parviennent pas à exprimer la peine et la tristesse que l’on ressent. C’est une perte tragique pour toute la communauté. Il va falloir du temps pour nous remettre de cela. »

La Western University, située à London, en Ontario, a perdu quatre étudiants dans la tragédie trois au deuxième cycle, et un quatrième qui allait commencer ses études de deuxième cycle.  

L’Université d’Ottawa a aussi indiqué par communiqué que trois de ses étudiants se trouvaient à bord de l’avion qui s’est écrasé.

La Commission canadienne pour l’UNESCO a signalé de son côté qu’un membre de son groupe consultatif de la jeunesse, Mohammad Asadi-Lari, étudiant en médecine à l’Université de Toronto, était décédé dans l’écrasement, avec sa sœur Zeynab.

Edmonton en deuil

Parmi les victimes canadiennes, 27 habitaient la région d’Edmonton, ce qui représente près de 1 % des quelque 3000 Canadiens d’origine iranienne de la ville.

Reza Akbari, président de la Iranian Heritage Society of Edmonton, a dit en point de presse avoir été « dévasté » par l’ampleur de la tragédie qui frappe la communauté iranienne canadienne. « Nous vivons un véritable cauchemar » a-t-il dit, ajoutant qu’une vigile serait organisée vendredi soir en l’honneur des disparus.

Faisal Moola signale que ce n’est pas un hasard si les victimes étaient si jeunes. « Contrairement à ce qu’on peut croire, l’Iran est un pays où la population est très jeune. Beaucoup d’étudiants brillants décident de venir au Canada afin de poursuivre leurs études universitaires. »

Plus de 210 400 Canadiens sont d’origine iranienne, dont 154 000 sont nés en Iran, selon Statistiques Canada. L’Iran est le quatrième pays de naissance le plus fréquent des immigrants récents au Canada, derrière les Philippines, l’Inde et la Chine.

– Avec l’Agence France-Presse.

Aperçu de certaines des catastrophes aériennes les plus meurtrières impliquant des victimes canadiennes

8 janvier 2020 : le vol 752 d’Ukraine International à destination de Kiev s’écrase peu après le décollage à Téhéran, en Iran, tuant les 176 personnes à bord, dont 63 Canadiens.

24 juillet 2014 : le vol 5017 d’Air Algérie reliant Ouagadougou, au Burkina Faso, à Alger s’écrase à Gossi, au Mali, tuant 116 personnes dont cinq Canadiens et six résidents permanents, tous du Québec.

31 octobre 1999 : le vol 990 d’EgyptAir, reliant Los Angeles au Caire, avec escale à New York, s’écrase à environ 100 km au sud de Nantucket, dans le Massachusetts, tuant les 217 personnes à bord, dont 22 Canadiens.

2 septembre 1998 : le vol 111 de Swissair s’écrase au large de la Nouvelle-Écosse, tuant les 229 personnes à bord, dont quatre Canadiens.

23 juin 1985 : le vol 182 d’Air India reliant Toronto et Montréal à Londres explose en vol au-dessus de l’Atlantique, près de l’Irlande, tuant les 329 personnes à bord, dont 268 Canadiens.

1er septembre 1983 : le vol 007 de Korean Air, reliant New York à Séoul, en Corée du Sud, via Anchorage, en Alaska, est abattu par des avions de chasse soviétiques, tuant 269 passagers et membres d’équipage à bord, dont neuf Canadiens.

11 février 1978 : le vol 314 de Pacific Western Airlines qui reliait Edmonton à Castlegar, en Colombie-Britannique, s’écrase près de Cranbook, en C.-B., tuant 38 passagers et quatre membres d’équipage. Sept personnes ont survécu à l’accident.

5 juillet 1970 : le vol 621 Montréal-Toronto-Los Angeles d’Air Canada s’écrase près de Toronto, tuant les 109 personnes à bord.

8 juillet 1965 : le vol 21 des Lignes aériennes Canadien Pacifique reliant Vancouver à Whitehorse s’écrase en Colombie-Britannique, tuant les 52 personnes à bord.

29 novembre 1963 : le vol 831 Montréal-Toronto de Trans-Canada Air Lines s’écrase près de Sainte-Thérèse-de-Blainville, au nord de Montréal, tuant les 118 personnes à bord. La grande majorité des occupants étaient de Toronto.

11 août 1957 : le vol 315 de Maritime Central Airways reliant Londres à Toronto s’écrase près d’Issoudun, dans la région de Québec, tuant les 79 personnes à bord.

9 décembre 1956 : le vol 810 de Trans-Canada Air Lines s’écrase près de Chilliwack, en Colombie-Britannique, tuant les 62 personnes à bord.

8 avril 1954 : un avion de Trans-Canada Airlines entre en collision avec un petit appareil Harvard de l’armée de l’air au-dessus de Moose Jaw, en Saskatchewan, tuant les 35 personnes à bord et une autre au sol.