(Ramallah) Au seuil de la banqueroute, l’Autorité palestinienne a reçu mercredi l’équivalent de plus d’un milliard de dollars perçus en son nom par Israël, premier gage tangible de la reprise de la coordination entre les deux parties.

Agence France-Presse

« Le gouvernement israélien transfère tout ce qui est financièrement dû à l’Autorité palestinienne, soit 3,768 milliards de shekels » (1,15 milliard de dollars US), a écrit mercredi sur Twitter le ministre palestinien des Affaires civiles.

Hussein Al-Cheikh fait ainsi référence aux taxes, notamment douanières, que perçoit l’État hébreu pour le compte de l’Autorité palestinienne et dont le transfert avait été gelé depuis l’arrêt de la coordination israélo-palestinienne en mai.

Le président palestinien Mahmoud Abbas avait justifié en mai l’arrêt de la coordination sécuritaire pour protester contre le projet israélien, aujourd’hui suspendu, d’annexion de pans de la Cisjordanie, territoire occupé par l’armée israélienne depuis 1967.

En début de semaine, un responsable israélien avait indiqué à l’AFP que « le cabinet de sécurité avait approuvé le transfert de l’argent à l’Autorité palestinienne », sans en préciser le montant.

Lundi, le premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, avait souligné que les Palestiniens avaient « droit » à cet argent, qui devrait apporter une bouffée d’oxygène à l’économie palestinienne en proie à une grave crise budgétaire.

Les fonctionnaires « prendront tout ce qui leur est dû. Ils ont été patients pendant des mois et ce n’est qu’une question d’un peu plus de temps pour que tout soit clair », avait déclaré M. Shtayyeh.

Privée des transferts de taxes, l’Autorité palestinienne avait dû amputer le salaire de ses fonctionnaires, et ce à une période où l’économie palestinienne tourne au ralenti en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

Le dilemme des prisonniers

Selon un rapport de la Banque mondiale diffusé la semaine dernière, l’économie palestinienne est confrontée à une « triple crise » avec la pandémie de COVID-19, un « important ralentissement économique », et une « impasse » avec Israël sur les transferts des taxes.

Ces transferts, qui représentent l’équivalent de 35 % des recettes fiscales prévues en 2020 pour l’Autorité palestinienne, ne devraient toutefois pas permettre d’équilibrer le budget annuel palestinien, selon les calculs de la Banque mondiale.  

Si l’État hébreu a transféré les taxes perçues ces derniers mois au nom de l’Autorité palestinienne, il continue toutefois à déduire de ces montants des sommes allouées aux prisonniers palestiniens.

L’Autorité palestinienne verse chaque mois une pension à des prisonniers ou leurs familles, une politique controversée qui encourage selon ses détracteurs à commettre des actes de violence contre les forces israéliennes, notamment en Cisjordanie occupée.

Or depuis février 2019, Israël retient une partie des taxes dues à l’Autorité palestinienne correspondant selon l’État hébreu aux allocations versées aux Palestiniens emprisonnés pour des attaques anti-israéliennes ou à leurs familles s’ils ont été tués.

La semaine dernière, le président du Club des prisonniers palestiniens Qadoura Fares a indiqué que l’Autorité palestinienne faisait l’objet de « pressions » internationales et israéliennes pour arrêter le versement d’argent aux prisonniers et à leurs familles.

Selon M. Fares, le président Abbas a récemment décidé d’employer plus de 7000 prisonniers libérés au sein de l’Autorité palestinienne, permettant ainsi de leur attribuer le statut de fonctionnaire et de contourner les restrictions israéliennes.