(Jérusalem) L’armée israélienne a mené tôt mercredi matin des frappes aériennes de représailles contre des objectifs iraniens en Syrie, faisant trois morts selon Damas, après la découverte d’explosifs le long de la frontière de facto dans le nord de l’État hébreu.

Ben Simon
Agence France-Presse

Ces incidents sont intervenus par ailleurs quelques heures avant l’arrivée prévue en Israël du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et du ministre des Affaires étrangères de Bahreïn qui devraient discuter du dossier iranien avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.  

« Ce que l’Iran et la Syrie ont fait : ils ont placé des engins explosifs improvisés près de la ligne Alpha pour frapper les troupes israéliennes. Ce que nous avons fait : nous venons de frapper des cibles de la Force iranienne Qods et des forces armées syriennes en Syrie », a écrit l’armée israélienne dans un communiqué.

La Force Qods est une unité d’élite des Gardiens de la révolution iraniens chargée des opérations extérieures.

Les forces israéliennes ont notamment ciblé le « quartier général iranien » en Syrie, un « site secret » accueillant des « délégations de hauts responsables iraniens », la 7e division de l’armée syrienne et des batteries de missiles sol-air, a déclaré son porte-parole Jonathan Conricus lors d’une conférence téléphonique.

« Nous espérons que le message est bien clair et qu’il est inacceptable pour le régime syrien de permettre, de tolérer et de faciliter l’usage par les forces iraniennes de la Syrie comme rampe de lancement pour des attaques contre Israël », a ajouté M. Conricus, précisant que les frappes s’étendaient de la frontière à la périphérie de Damas.

L’agence de presse officielle syrienne Sana a annoncé peu après qu’au moins « trois militaires » avaient été tués dans ces frappes de « l’ennemi sioniste » qui ont aussi provoqué des « dégâts matériels ».

Selon une « source militaire » citée par Sana les batteries de la défense antiaérienne syrienne ont été activées pour contrer les frappes israéliennes, « abattant un certain nombre de missiles ».

« Une équipe syrienne »

Selon Israël, les engins explosifs découverts du côté israélien de la frontière séparant de facto les deux pays qui se disputent le statut d’une portion du Golan, avaient été « placés par une équipe syrienne menée par des forces iraniennes ».

Israël a effectué des centaines de frappes aériennes et de missiles sur la Syrie depuis le déclenchement de la guerre dans ce pays en 2011, ciblant les forces iraniennes et les troupes du Hezbollah libanais déployées en territoire syrien, ainsi que les troupes gouvernementales syriennes.

Déclenché par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit syrien s’est complexifié au fil des ans, impliquant une multitude de puissances étrangères et de groupes armés. La guerre a fait plus de 380 000 morts et des millions de déplacés.

L’Iran est un allié essentiel du président syrien Bachar al-Assad et l’a soutenu pendant toute la guerre en Syrie. Mais Israël voit d’un mauvais œil la présence de forces de l’Iran, son ennemi N.1, à ses portes, en Syrie.  

Israël et la Syrie, qui sont toujours techniquement en guerre, sont séparés par une frontière de facto au niveau du plateau du Golan, qu’Israël occupe depuis la fin de la Guerre des Six Jours en 1967.  

Pompeo à Jérusalem

L’administration Trump avait d’ailleurs reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan au grand bonheur de l’État hébreu.

Les frappes de mercredi sont intervenues quelques heures avant l’arrivée en Israël de M. Pompeo pour des entretiens qui devraient notamment porter sur le dossier iranien.

Selon le New York Times, Donald Trump avait sondé la semaine dernière plusieurs de ses principaux collaborateurs sur la possibilité de mener « dans les prochaines semaines » une action contre un site nucléaire iranien, mais ces collaborateurs l’ont « dissuadé d’aller de l’avant avec une frappe militaire ».

Donald Trump, qui doit quitter la Maison-Blanche en janvier en raison de sa défaite face au démocrate Joe Biden lors de la présidentielle du 3 novembre, mène depuis des années une politique qu’il qualifie de « pression maximale » contre l’Iran.

M. Trump a retiré les États-Unis de l’accord international sur le dossier nucléaire iranien conclu en 2015, l’estimant insuffisant, et a rétabli des sanctions contre Téhéran.

D’après des experts israéliens, M. Nétanyahou est inquiet de la possibilité que Joe Biden n’engage un rapprochement diplomatique avec l’Iran et n’opère un retour des États-Unis dans l’accord nucléaire international.