(Téhéran) L’Iran a crié victoire samedi, après le rejet à une écrasante majorité par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution américaine visant à prolonger l’embargo sur les armes en Iran, une décision qui aura des répercussions sur l’accord nucléaire iranien.

David VUJANOVIC
Agence France-Presse

Seuls deux des quinze membres du Conseil ont voté vendredi pour la résolution, mettant en exergue les divisions entre Washington et ses alliés européens depuis que le président Donald Trump s’est retiré unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018.

Téhéran a raillé Washington pour son incapacité à obtenir plus qu’une seule voix de soutien, celle de la République dominicaine. Les alliés européens de Washington se sont tous abstenus.

Pour le président iranien Hassan Rohani, les États-Unis n’ont pas réussi à mettre fin à ce qu’il a appelé l’accord « à moitié vivant » de 2015 avec les grandes puissances qui a permis à l’Iran d’échapper aux sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire.

« Les États-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés », a déclaré M. Rohani lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision. « À mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale. »

« Pendant les 75 ans d’histoire des Nations unies, l’Amérique n’a jamais été aussi isolée », a renchéri le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Abbas Moussavi.

Conséquence de ce vote, les États-Unis vont probablement essayer d’imposer unilatéralement un retour des sanctions de l’ONU, ce qui risque de plonger le Conseil dans l’une des pires crises diplomatiques de son histoire, avertissent des experts.

Le vote a donné lieu à des réactions mitigées d’habitants de Téhéran.

« Il s’agit juste d’un autre jeu politique américain. Un jour, ils présentent une résolution au Conseil de sécurité, le lendemain ils disent qu’ils ont saisi » des pétroliers iraniens, a déclaré Ahmadi, 61 ans, à Téhéran.

Abdoli, 56 ans et employée de pharmacie à Téhéran, a indiqué à l’AFP qu’elle était « heureuse » que l’Iran ait gagné. Mais la République islamique « devrait interagir avec les États-Unis et établir des relations. »

Épreuve de force

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a dénoncé une « grave erreur » : « je regrette que le monde entier ne se soit pas associé à la lutte contre le plus grand État commanditaire du terrorisme pour s’assurer qu’il ne puisse pas avoir de systèmes d’armements présentant un risque, un risque pour le cœur de l’Europe. »

PHOTO LISI NIESNER, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a jugé « scandaleuse » la décision de ne pas renouveler l’embargo. « Au lieu de s’opposer aux ventes d’armes, le Conseil de sécurité les encourage », a-t-il fustigé.

Le ministre de la Défense Benny Gantz a parlé de « mauvaise décision ». « Dans sa tentative incessante de se doter d’armes nucléaires et ses efforts d’alimenter la terreur et la violence, l’Iran nuit à la paix dans la région et dans le monde », a-t-il tweeté.

Cette décision devrait poser les jalons d’une longue épreuve de force avec des répercussions sur l’accord international conclu en 2015 pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire.

L’embargo sur les armes arrive à expiration le 18 octobre.

Or, bien que Donald Trump ait retiré les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien qu’il jugeait insuffisant, la diplomatie américaine menace désormais d’invoquer son statut de pays « participant » à ce même texte pour imposer unilatéralement le rétablissement des sanctions de l’ONU levées en échange de l’engagement iranien à ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Une telle manœuvre, sur la base d’un argument juridique contesté par de nombreux membres du Conseil, risquerait de pousser l’Iran à claquer définitivement la porte de l’accord nucléaire, dont il a déjà commencé à se désengager.

Les détracteurs de la démarche américaine soupçonnent l’administration Trump de vouloir justement parvenir à cette issue fatale avant la présidentielle de novembre aux États-Unis. Plusieurs pays pourtant a priori favorables à une prolongation de l’embargo, à l’instar des Européens, ont donc refusé de jouer le jeu américain.

La fin de l’embargo « pourrait avoir de graves conséquences pour la sécurité et la stabilité régionales », a reconnu Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies.

Selon la Maison-Blanche, M. Trump et son homologue français Emmanuel Macron ont évoqué vendredi lors d’un entretien téléphonique, « le besoin urgent d’une action de l’ONU pour prolonger l’embargo sur les armes en Iran ».