(Beyrouth) Le nombre élevé de blessés lors des manifestations de colère cette fin de semaine à Beyrouth fait craindre un durcissement de la répression, notamment par l’utilisation de fusils à plomb contre les manifestants. Samedi, 250 personnes ont été blessées, dont 65 ont dû être hospitalisées, selon les chiffres de la Croix-Rouge libanaise.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Des personnes présentes lors de la manifestation de colère ont rapporté l’utilisation de fusils à plomb contre les manifestants, pour la première fois depuis le début du mouvement de protestation contre le gouvernement en octobre. Après une accalmie due à la COVID-19, les manifestations ont repris samedi pour dénoncer la négligence politique qui aurait conduit à l’explosion d’ammonium de nitrate entreposé au port de Beyrouth dans laquelle au moins 158 personnes ont péri et plus de 6000 autres ont été blessées.

« Ce sont des balles qu’on utilise pour chasser les oiseaux, des petites balles de plomb », a expliqué Elie Sakr, physiothérapeute et secouriste volontaire.

L’homme est membre du parti Kataëb, les phalangistes chrétiens, qui tentent de se repositionner dans le climat politique comme un choix pour le « nouveau Liban »; trois de ses députés, dans l’opposition, ont démissionné après l’explosion de mardi dernier.

Le groupe a son quartier général non loin de la place des Martyrs, où s’étaient donné rendez-vous les manifestants. Les blessés sont traités dans le stationnement de l’immeuble, lourdement endommagé.

Il n’a pas été possible de confirmer l’information de manière indépendante, mais le bâtonnier de l’ordre des avocats au Liban, Melhem Khalaf, a indiqué dans la presse libanaise avoir vu des victimes atteintes de balles « à grenailles de plomb », et qu’un dossier serait monté pour une éventuelle plainte.

En fin d’après-midi, les affrontements s’étaient faits de plus en plus violents entre un groupe de manifestants, déterminés à entrer dans des bâtiments gouvernementaux, et les forces de l’ordre.

Les Forces de sécurité intérieure se sont défendues d’avoir utilisé des balles en caoutchouc et l’armée a démenti l’utilisation de balles réelles.

« On a aidé plus de 90 blessés », a dit M. Sakr, racontant avoir porté secours à des manifestants atteints par les petits morceaux de plomb comme à d’autres incommodés par les gaz lacrymogènes.

« Les balles de plomb, c’est la première fois qu’on voit ça, c’est nouveau », a dit l’homme, qui participe aux opérations de secourisme pendant les manifestations depuis novembre. Même si son groupe est politique, il assure traiter tous les blessés qui se dirigent vers son quartier général.

Les photos qu’il a envoyées à La Presse montrent de minuscules billes métalliques et de petites blessures. La fragmentation des balles de plomb et l’endroit sur le corps où elles sont reçues peuvent cependant causer du dommage, a-t-il précisé.

– Avec L’Orient-Le Jour