(Kaboul) Le cessez-le-feu de trois jours décrété par les talibans à l’occasion de l’Aïd el-Fitr était toujours globalement respecté lundi en Afghanistan, pour son deuxième jour, après que le président Ashraf Ghani s’est engagé dimanche à faire libérer quelque 2000 prisonniers insurgés.

Usman SHARIFI
Agence France-Presse

« Le cessez-le-feu tient bon. Aucune violation n’a été signalée jusqu’à présent », a déclaré à l’AFP le porte-parole du Conseil national de sécurité, Javid Faisal.

Dans la ville de Kunduz (nord), que les talibans avaient attaquée la semaine dernière, les habitants ont célébré dans le calme l’Aïd, la fête la plus importante pour les musulmans, qui marque la fin du ramadan.

« Il y a deux jours à peine, la panique s’était installée dans la ville », a observé Atiqullah, un commerçant de Kunduz. « Aujourd’hui, vous sortez et vous avez l’impression qu’il n’y a plus de combats. »

« C’est vraiment l’Aïd maintenant », s’est réjoui Zuhai Niazi, un étudiant de Kunduz qui a dit « prier pour que le cessez-le-feu continue ».

La consigne des talibans de « ne pas lancer d’opérations offensives contre l’ennemi » semble avoir été respectée dans le Sud, qu’ils contrôlent largement.

Ainsi, « il y avait des combats sans arrêt », mais « il n’y a pas eu un tir depuis le cessez-le-feu », a déclaré à l’AFP Haji Lal Agha, le chef de la police de la province de l’Oruzgan.

« Les derniers combats se sont produits juste avant le cessez-le-feu. Depuis lors, c’est calme », a corroboré Zulgai, le chef de la police du district de Maiwand, dans la province de Kandahar, qui comme de nombreux Afghans ne porte qu'un seul nom.  

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur Tareq Arian, a toutefois évoqué une attaque au mortier dans la province du Laghman, proche de Kaboul, qui a tué cinq civils.

Hanif Rezayee, un porte-parole de l’armée dans le Nord, a, lui, mentionné une attaque des talibans dimanche soir contre un avant-poste militaire dans la province de Balkh (Nord), voisine de celle de Kunduz, qui a fait un blessé parmi les forces de sécurité.

100 talibans libérés chaque jour

Une source sécuritaire afghane a de son côté déploré une attaque dans la province du Badakhshan (Nord), qui a fait un mort et deux blessés, et l’explosion de mines dans celles de Ghazni (Est) et Kandahar, qui ont fait au total deux morts et deux blessés.

Interrogé par l’AFP, le porte-parole des talibans Zabihullah Mudjahid a affirmé n’avoir eu « aucun retour jusqu’ici quant à des violations du cessez-le-feu ».

Les rebelles, qui multiplient depuis des semaines les assauts meurtriers contre les forces afghanes, ont surpris samedi en décrétant unilatéralement un arrêt des combats pour que leurs concitoyens « puissent célébrer dans la paix et le confort » l’Aïd.

C’était la première fois qu’ils appelaient d’eux-mêmes à poser les armes depuis qu’une coalition internationale menée par les États-Unis les a chassés du pouvoir fin 2001.

Le président Ghani a immédiatement accepté cette offre. Dimanche, il a lancé « une procédure de libération de jusqu’à 2000 prisonniers talibans, dans un geste de bonne volonté, en réponse à l’annonce par les talibans d’un cessez-le-feu », selon son porte-parole Sediq Sediqqi.

D’après Javid Faisal, du Conseil national de sécurité, 100 premiers détenus talibans ont été élargis lundi et 100 autres le seront ensuite chaque jour « jusqu’à atteindre le chiffre de 2000 ».

Ces libérations réciproques de prisonniers - jusqu’à 5000 talibans contre 1000 membres des forces afghanes - sont prévues par un accord signé le 29 février à Doha entre Washington et les talibans, mais non ratifié par Kaboul.

Kaboul avait jusqu’ici relâché environ 1000 détenus alors que les insurgés en ont libéré environ 300.

L’accord organise également le retrait des forces étrangères d’Afghanistan sous 14 mois, à condition que les insurgés respectent des engagements en matière de sécurité et entament des négociations avec les autorités afghanes sur l’avenir du pays.

C’est le deuxième cessez-le-feu en Afghanistan depuis 2001. Le premier, à l’initiative d’Ashraf Ghani, avait abouti à trois jours d’arrêt des combats en juin 2018, déjà à l’occasion de l’Aïd el-Fitr.

Les talibans ont également respecté une trêve partielle de neuf jours du 22 février au 2 mars à l’occasion de la signature de l’accord de Doha