(Beyrouth) Le coronavirus a fait des dizaines de milliers de morts et forcé la moitié de l’humanité au confinement. Mais l’impact de la pandémie sur les guerres au Moyen-Orient reste incertain, même si une première conséquence concrète est venue de l’annonce saoudienne d’un cessez-le-feu unilatéral au Yémen.

Agence France-Presse

Ces dernières semaines, l’ONU a maintes appelé à des cessez-le-feu partout dans le monde, y compris au Moyen-Orient, pour aider à endiguer la progression de la maladie de la COVID-19 et éviter de nouveaux drames humanitaires pour les populations victimes de ces conflits.      

Yémen

La coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, qui intervient au Yémen en soutien aux forces gouvernementales, a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines à partir de jeudi 5 h, affirmant que cette décision unilatérale visait à prévenir une propagation du coronavirus. Les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, n’ont pas encore réagi.

« Nous préparons le terrain pour lutter contre la maladie de la COVID-19 », a déclaré mercredi soir un responsable saoudien.

En dépit d’un appel au cessez-le-feu promu par les Nations Unies en mars, les violences s’étaient récemment accrues dans ce pays enlisé dans un conflit armé depuis cinq ans.  

Ces dernières années, les négociations ont régulièrement capoté au Yémen, qui souffre de la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.  

Les ONG craignent une catastrophe en cas de propagation du virus, le Yémen disposant d’un système de santé aux abois, tandis que 24 millions de personnes, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d’une assistance humanitaire, d’après les Nations unies.

Syrie

Le nouveau coronavirus a commencé à prendre une ampleur internationale au moment où une nouvelle trêve entrait en vigueur début mars dans la province d’Idlib et ses environs du Nord-ouest syrien entre le régime et son allié russe d’un côté, les groupes djihadistes et rebelles – dont certains proTurcs – de l’autre.

Les trois millions d’habitants de cette région avaient peu d’espoir de voir l’accalmie durer, épuisés par la dernière offensive meurtrière de Damas. Mais les craintes face à l’épidémie semblent contribuer à préserver cette trêve.

En mars, le bilan des pertes civiles a connu un plus bas depuis le début du conflit en 2011 avec 103 décès, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Pour les différents acteurs sur le terrain – le régime, les forces kurdes dans le nord-est et les factions anti-Damas à Idlib –, une bonne gestion de l’épidémie permettrait de consolider leur crédibilité.

« Cette épidémie est un moyen pour Damas de montrer que seul l’État syrien est efficace et qu’il faut donc réintégrer les différents territoires sous sa gouvernance », estime l’expert Fabrice Balanche.

La pandémie pourrait par ailleurs précipiter le départ des troupes américaines, leur « sécurité sanitaire » étant un « enjeu majeur », ajoute-t-il. Mais cela contribuerait à un vide sécuritaire qui encouragerait une résurgence du groupe État islamique (EI), dont le « califat » en Syrie s’est effondré en mars 2019.

En neuf ans, le conflit syrien a fait plus de 380 000 morts, ainsi que des millions de déplacés particulièrement vulnérables en cas de propagation de l’épidémie.

Libye

Les protagonistes du conflit libyen ont salué le mois dernier l’appel au cessez-le-feu des Nations unies… avant de reprendre les hostilités.

Les combats ont récemment redoublé d’intensité, touchant plusieurs quartiers résidentiels de la capitale.

Depuis le début de l’année, les violences ont déplacé 200 000 personnes, la grande majorité dans la capitale, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).  

Lundi, les hostilités ont endommagé un hôpital à Tripoli où des patients atteints de la maladie COVID-19 sont traités, a déploré l’organisation.

« Un immense fossé demeure entre les déclarations et les actes », a récemment dénoncé M. Guterres, en évoquant la Libye.

Dans ce conflit, la Turquie soutient le gouvernement de Tripoli, reconnu par l’ONU, qui fait face depuis un an à une offensive de l’homme fort de l’Est libyen, le maréchal Khalifa Haftar.

Pour Fabrice Balanche, un désengagement occidental des conflits de la région pourrait favoriser les forces pro-Haftar soutenues par la Russie, l’Égypte et les Émirats arabes unis.

Les pays occidentaux ont été durement touchés par la pandémie, ce qui pourrait les pousser à détourner leurs ressources militaires des conflits étrangers, mais aussi affaiblir les processus de négociations.

Selon un rapport du centre de réflexion International Crisis Group (ICG), les efforts visant à garantir le cessez-le-feu en Libye « ne mobilisent plus l’attention au plus haut niveau ».

Irak

En Irak, si la guerre a déjà pris fin, le pays reste menacé par une résurgence de l’EI dans certaines régions, tandis que les tensions entre les États-Unis et l’Iran ne montrent pas de signe de fatigue.

Washington vient de déployer des batteries de défense antiaériennes, faisant craindre une nouvelle escalade avec l’Iran, dont les supplétifs irakiens sont jugés responsables des roquettes tirées sur la Zone verte à Bagdad, où siège l’ambassade américaine, et des bases accueillant des soldats américains.