(Tokyo) Le président iranien Hassan Rohani a condamné vendredi en rencontrant le premier ministre japonais Shinzo Abe à Tokyo le retrait « irrationnel » décidé par Washington de l’accord international sur le programme nucléaire de la République islamique.

Agence France-Presse

La visite de M. Rohani au Japon est la première d’un chef d’État iranien depuis 2000. L’Iran, dont l’économie est durement frappée par les sanctions réimposées par Washington après ce retrait, vient de connaître des troubles meurtriers après une forte hausse du prix des carburants.

« Je condamne fermement les États-Unis pour s’être retirés unilatéralement et irrationnellement » en mai 2018 de l’accord de Vienne conclu en 2015, a déclaré M. Rohani. « J’espère que le Japon et d’autres pays feront des efforts pour maintenir cet accord ».

La rencontre entre les deux dirigeants, suivie d’un dîner, devait durer jusque dans la soirée de vendredi. Aucune conférence de presse n’était ensuite prévue.

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Le premier ministre japonais Shinzo Abe a accueilli le président iranien Hassan Rohani, vendredi à Tokyo.

Le Japon était naguère l’un des principaux acheteurs du brut iranien. Le pays a renoncé à acheter du pétrole à la République islamique pour se plier aux sanctions économiques extraterritoriales que les États-Unis ont réimposées contre l’Iran et qui ont asphyxié l’économie iranienne, notamment le secteur vital du pétrole.

Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a déjà tenté de jeter des ponts entre les deux puissances rivales.  

M. Abe, qui s’était rendu à Téhéran en juin, a déclaré la semaine dernière qu’il s’efforcerait « autant que possible d’apaiser les tensions » au Moyen-Orient, en tirant parti de l’alliance du Japon avec Washington et les « relations favorables » de Tokyo avec Téhéran.  

Le porte-parole du gouvernement iranien, Ali Rabiei, avait minimisé avant le départ de M. Rohani l’aspect médiation du voyage au Japon, affirmant qu’il n’avait « rien à voir avec des questions telles que les négociations avec les Américains ».

Cependant, « nos amis japonais véhiculent généralement des messages ou des initiatives que nous saluons […] et examinons sérieusement », avait-il ajouté.  

Avant de se rendre à Tokyo, M. Rohani se trouvait jeudi à Kuala Lumpur pour un sommet consacré aux problèmes du monde islamique, où il a appelé les pays musulmans à coopérer pour combattre « le terrorisme économique » américain, leur suggérant de créer ensemble une cryptomonnaie.

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Osamu Miyata, directeur du Centre d’études islamiques contemporaines au Japon, a estimé auprès de l’AFP que M. Abe se heurterait à des difficultés pour ouvrir un chemin entre le président américain Donald Trump et M. Rohani.

Les sanctions américaines « ont un impact sérieux sur tous les aspects en Iran – la vie quotidienne des gens, les finances du pays, l’inflation sur les importations », explique à l’AFP Hitoshi Suzuki de l’Institut des économies en développement (IDE-JETRO).

« Cela pourrait conduire la politique intérieure iranienne dans une direction opposée à celle souhaitée par les États-Unis, par exemple une reprise sous l’impulsion des faucons du développement nucléaire ou bien l’émergence d’un Iran antidémocratique ».