(Jérusalem) Le procureur général d’Israël a annoncé son intention d’inculper l’avocat du premier ministre Benyamin Nétanyahou pour blanchiment d’argent dans l’achat de sous-marins à l’Allemand Thyssenkrupp, deux semaines après l’inculpation du chef du gouvernement pour corruption dans une autre affaire.  

Guillaume LAVALLÉE et Delphine MATTHIEUSSENT
Agence France-Presse

Cette annonce surprise intervient alors que le premier ministre joue sa survie politique, les députés israéliens ayant encore six jours pour trouver le prochain chef du gouvernement, car les élections de septembre n’ont pas réussi à départager M. Nétanyahou et son rival Benny Gantz.

Si aucun élu ne parvient d’ici le 11 décembre en soirée à obtenir une majorité d’appuis au Parlement, de nouvelles élections, les troisièmes en un an, seront déclenchées.

Jeudi, sans que personne ne s’y attende trop, la justice israélienne a ainsi jeté un énorme pavé dans la mare en annonçant son intention d’inculper de personnalités proches de M. Nétanyahou dans cette saga qui faisait couler l’encre depuis trois ans dans la presse en Israël et en Allemagne.  

REUTERS

Benyamin Nétanyahou sort d'un sous-marin israélien en janvier 2016.

Parmi les personnes visées par ces demandes de mise en examen figurent l’avocat de M. Nétanyahou, David Shimron, l’homme d’affaires Michael Ganor, et l’ancien N°1 de la marine israélienne Eliezer Marom dans cette affaire surnommée le dossier «3000».

Le procureur général «a décidé de poursuivre Michael Ganor, agent du chantier naval de ThyssenKrupp en Israël, Eliezer Marom, ancien chef de la marine israélienne, David Sheran, ancien chef de cabinet du premier ministre, Eliezer Zandberg, ancien ministre, l’avocat David Shimron […]», a indiqué le ministère dans un communiqué, précisant qu’une audience était prévue avant l’inculpation formelle.

La justice avait déjà annoncé il y a deux semaines jour pour jour l’inculpation de M. Nétanyahou pour «corruption», «malversations» et «abus de confiance» dans un total de trois affaires différentes, les dossiers «1000», «2000» et «4000».  

Dans l’affaire «3000», la police israélienne avait enquêté sur des soupçons de corruption autour de la vente par l’Allemagne à Israël de sous-marins militaires et autre bateaux conçus par le géant industriel allemand ThyssenKrupp, pour une somme totale d’environ deux milliards de dollars.

M. Shimron, qui devait promouvoir l’accord de vente auprès des autorités israéliennes en mettant à profit ses liens avec le premier ministre, est soupçonné d’avoir touché 270 000 shekels pour avoir «ouvert des portes», selon la police.

Elle avait déjà dit en novembre 2018 disposer de suffisamment d’éléments pour que la justice inculpe un certain nombre de suspects, y compris David Shimron, l’avocat et cousin de M. Nétanyahou. Elle avait toutefois laissé le chef du gouvernement hors de cause.

Pots-de-vin?

Le quotidien allemand Handelsblatt avait affirmé en mars dernier que la justice allemande s’était saisie du dossier sur la demande de la justice israélienne, qui mène depuis fin 2016 une enquête aux ramifications politiques sur ce gros contrat militaire.

Et à la même période, Michael Gabnor, ancien représentant de ThyssenKrupp en Israël, avait été arrêté. Il avait dans un premier temps reconnu avoir touché des pots-de-vin et accepté de livrer des informations sur d’autres suspects, avant de revenir sur ses révélations.

AFP

Benny Gantz

Le principal rival de Benyamin Nétanyahou, l’ancien chef de l’armée Benny Gantz avait lui accusé le premier ministre d’avoir touché 16 millions de shekels (5,7 millions $ CAN) grâce à la vente de sous-marins par l’intermédiaire d’une société liée à cet achat.

Avenir menacé

La décision de la Justice israélienne intervient à un moment sensible pour M. Nétanyahou, le plus pérenne des premiers ministres de l’histoire israélienne avec 13 ans au compteur du pouvoir, qui se bat pour prolonger son règne à la tête du gouvernement.

M. Nétanyahou, qui dénonce un «coup d’État» de la justice dans les affaires pour lesquelles il est inculpé, fait face à une fronde interne menée par Gideon Saar, un député de son parti, le Likoud, qui demande la tenue de primaires au sein de la formation mais refuse de quitter le navire pour joindre les rangs de la formation Bleu-blanc de Benny Gantz.

Si aucun élu ne parvient à obtenir de majorité au Parlement d’ici le 11 décembre, Israël se dirigera vers de nouvelles élections. Des primaires au sein du Likoud pourraient alors être organisées dans la période entre la dissolution de la chambre et le nouveau scrutin.