La propagande russo-syrienne le décrivait comme un « allié des terroristes » et un agent des services de renseignements américains.

Agnes Gruda Agnes Gruda
La Presse

Trois jours après sa mort, James Le Mesurier, cofondateur de la principale organisation de secours civils en Syrie, s’est retrouvé une nouvelle fois dans la ligne de mire de Bachar al-Assad.

Le président syrien a imputé sa mort, survenue il y a une dizaine de jours à Istanbul, aux services de renseignements turcs, qui auraient procédé à une exécution « sur ordre de services de renseignements étrangers ». Lire : de la CIA, qui aurait voulu l’éliminer parce qu’il détenait des « secrets importants ».

L’ancien officier britannique dirigeait l’organisation MayDay Rescue, qui formait et soutenait financièrement les Casques blancs syriens – ces secouristes issus de la société civile qui venaient en aide aux civils victimes de bombardements prenant pour cibles les zones rebelles en Syrie.

En quatre ans, ce réseau de plus de 3000 secouristes a pu sauver des dizaines de milliers de personnes des décombres. Un film qui suit les membres de la défense civile syrienne pendant le siège d’Alep-Est a d’ailleurs remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 2017.

Circonstances à élucider

James Le Mesurier a été trouvé mort à l’aube du 11 novembre, au pied de l’immeuble où il vivait avec sa femme, à Istanbul. Il avait des fractures aux bras et aux jambes, et il était blessé à la tête.

Les circonstances de sa mort restent à élucider. Mais la police turque privilégie la thèse du suicide. La femme de James Le Mesurier aurait confié aux policiers que ce dernier souffrait ces derniers temps de problèmes de santé mentale qu’il soignait avec des antidépresseurs.

La nuit de sa mort, le couple aurait pris des somnifères. Quelques heures plus tard, la femme de M. Le Mesurier a été réveillée par des coups à la porte : la police venait de découvrir le corps du cofondateur des Casques blancs au bas de leur balcon.

Selon Dareen Khalifa, chercheuse d’une ONG réputée, l’International Crisis Group, James Le Mesurier et les Casques blancs syriens « faisaient un travail extraordinaire ».

James a réussi à institutionnaliser l’aide aux Casques blancs et quiconque, à l’exception des Russes, reconnaîtrait que son travail était fabuleux : sortir des victimes des décombres des bombardements.

La chercheuse Dareen Khalifa, au quotidien Le Figaro

L’ONG MayDay Rescue a vu le jour en 2014 et a ouvert une antenne à Istanbul l’année suivante. En plus de former les boulangers, médecins ou ingénieurs qui voulaient agir comme premiers répondants dans les zones bombardées par les troupes de Bachar al-Assad puis, à partir de 2015, par les Russes, MayDay Rescue les équipait de caméras GoPro afin qu’ils documentent la guerre civile syrienne – à un moment où le pays était devenu trop dangereux pour les journalistes internationaux.

Campagne de désinformation

Dès que Moscou a envoyé ses avions assister l’armée syrienne dans sa guerre contre les rebelles, la Russie a lancé une vaste opération de désinformation visant à discréditer les Casques blancs en les présentant comme des agents d’Al-Qaïda ou des agents de renseignements étrangers.

À en croire Moscou, James Le Mesurier était le chef qui tirait les ficelles de l’opération, écrit le journaliste Martin Chulow dans The Guardian.

Selon ce correspondant, qui connaissait bien James Le Mesurier, « le stress de cette incessante campagne de dénigrement ajouté aux difficultés liées à la gestion de son ONG, et à l’impact de 20 ans de vie au Moyen-Orient, ont fini par peser lourd ».

D’ailleurs, trois jours avant sa mort, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Russie, Maria Zakharova, a attaqué James Le Mesurier sur Twitter, l’accusant d’avoir entretenu des liens avec des groupes terroristes durant une ancienne mission au Kosovo et d’être un ancien agent du M16, le service de renseignements britannique. Accusation qui a été formellement démentie par Londres.

— Avec Le Figaro et The Guardian