(Jérusalem) Le président israélien Reuven Rivlin a confié à l’ancien chef de l’armée Benny Gantz la mission de former un gouvernement pour tenter de sortir le pays de la plus longue impasse politique de son histoire.  

Clothilde MRAFFKO
Agence France-Presse

M. Rivlin a affirmé dans une déclaration en direct que les partis politiques devaient faire des «concessions» tandis que M. Gantz, à la tête du parti centriste Bleu-Blanc a promis de «tenter de former un gouvernement d’union libéral».

Après les élections anticipées du 17 septembre, le premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou a tenté de rassembler une coalition mais a finalement jeté l’éponge lundi. Le lendemain, M. Rivlin a indiqué qu’il chargerait officiellement Benny Gantz de cette tâche.  

Novice en politique, Benny Gantz, 60 ans, devra néanmoins rencontrer les mêmes difficultés dans un pays profondément polarisé.  

«Nous devons nous conduire avec responsabilité envers les citoyens israéliens et éviter des nouvelles élections», a déclaré M. Gantz, assurant qu’il y a de la place pour «tous les éléments de la société israélienne» dans sa coalition.

Benny Gantz, chef d’état-major entre 2011 et 2015 n’avait aucune expérience politique lorsqu’il s’est jeté dans l’arène en décembre 2018 pour former un nouveau parti centriste, Kahol Lavan en hébreu - Bleu-Blanc en français.

Ce parti rassemblant trois formations de centre avait obtenu 33 sièges aux élections de septembre, un siège de plus que le Likoud, le parti de M. Nétanyahou.  

Privilégiant des partenaires de coalition plus «libéraux», il n’a pas rejeté l’éventualité de faire participer à son gouvernement des partis religieux.

Il est soutenu pour le moment par 54 députés dont 10 élus de la Liste arabe unie, qui pourraient appuyer son gouvernement sans pour autant en faire partie.  

Comme M. Nétanyahou, l’ancien chef de l’armée soigne son image de faucon, affirmant vouloir conserver le contrôle militaire israélien sur la majeure partie de la Cisjordanie occupée, et n’a jamais soutenu la solution à «deux États», qui prévoit la création d’un État palestinien coexistant avec Israël.  

M. Gantz aura 28 jours lui aussi pour tenter de relever le défi, faute de quoi M. Rivlin demandera au Parlement de désigner un candidat pour former le gouvernement.  

Et en cas d’échec, Israël devrait convoquer de nouvelles élections, qui seraient les troisièmes en moins d’un an.  

Affaires de corruption

AFP

Benyamin Nétanyahou

C’est la première fois depuis 2009 qu’un autre dirigeant que Benyamin Nétanyahou, chef du Likoud, est chargé de former un gouvernement en Israël.

Le premier ministre sortant, le plus pérenne de l’histoire d’Israël, n’est pas pour autant sorti de l’arène politique. Mis en cause dans plusieurs affaires de corruption qui pourraient lui valoir une inculpation d’ici la fin de l’année, il a rencontré mercredi soir les représentants des partis du bloc de droite qui le soutenaient.

Gouvernement d’union

Au lendemain des élections, les négociations entre le Likoud et la liste Bleu-Blanc en vue de créer un gouvernement d’union avaient achoppé. Principalement sur la question de savoir qui de MM. Nétanyahou ou Gantz, arrivé légèrement en tête aux élections, devrait prendre en premier la tête de cette coalition qui serait dirigée alternativement par l’un et l’autre.  

Le compromis proposé par le Likoud, après une suggestion du président israélien, prévoyait que Benyamin Nétanyahou soit le premier à occuper la fonction de premier ministre, mais soit remplacé par M. Gantz en cas d’inculpation pour corruption.  

Mais ce dernier voulait siéger en premier. Il est surtout bloqué par sa promesse de ne pas siéger sous la houlette d’un homme risquant d’être inculpé.

Pourtant, un gouvernement d’union semble aujourd’hui l’une des rares solutions pour empêcher le pays, divisé, d’avoir à se rendre une fois de plus aux urnes. Le président israélien a promis encore une fois mercredi qu’il ferait tout pour éviter un troisième scrutin.

Le parti Bleu-Blanc a annoncé mercredi que ses représentants entameront dimanche des négociations avec le Likoud et Israël Beiteinou, le parti de l’ancien ministre de la Défense Avigdor Liberman.  

Lundi prochain, les négociations se poursuivront avec le parti travailliste puis avec l’Union démocratique.

Les chefs des partis du bloc de droite ont refusé de rencontrer les négociateurs du parti Bleu-Blanc tant que les discussions avec le Likoud ne sont pas engagées, selon un communiqué du parti Bleu-Blanc.