(Washington) Empêtrés une fois de plus en Afghanistan après l’échec de leurs négociations avec les talibans, les États-Unis ont accusé jeudi les autorités de Kaboul de laxisme contre la corruption, infligeant un camouflet au président Ashraf Ghani, candidat à sa réélection la semaine prochaine.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

Le chef de l’État afghan s’était montré très critique à l’égard du texte négocié entre Washington et les talibans, ce qui avait compliqué la stratégie américaine alors qu’un accord semblait imminent. Donald Trump avait brutalement rompu les pourparlers le 7 septembre en invoquant un nouvel attentat meurtrier des insurgés, au moment même où ses négociateurs tentaient justement de surmonter les atermoiements de Kaboul.

Mesure de rétorsion après ces critiques ? Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a annoncé jeudi le retrait de plus de 160 millions de dollars d’aide directe.

La charge est virulente. Le secrétaire d’État dénonce dans un communiqué des « actes identifiés de mauvaise gestion de la part du gouvernement afghan » et son « incapacité » à « utiliser de manière transparente » l’aide américaine. Il fustige la commission anticorruption afghane, que Washington cessera de financer dès 2020.

« Nous dénonçons ceux qui exploitent leurs fonctions au pouvoir et leur influence pour priver les Afghans des bienfaits de l’aide étrangère et d’un avenir plus prospère », a déclaré Mike Pompeo. « Les dirigeants afghans qui ne remplissent pas ces critères doivent rendre des comptes. »

C’est le troisième communiqué en autant de jours que le ministre américain des Affaires étrangères consacre à l’Afghanistan, alors qu’il s’était montré discret pendant les derniers mois de négociations à Doha entre les États-Unis et les talibans.

Mercredi, il a fermement exhorté les autorités afghanes à assurer une élection présidentielle « crédible et transparente » le 28 septembre. « Nous avons besoin que chaque acteur dans la région, chaque dirigeant, chaque citoyen en Afghanistan œuvre à cela », a-t-il insisté jeudi au cours d’un déplacement dans le Golfe.

Débat interne pas tranché

Mardi, il avait aussi haussé le ton à l’endroit des talibans en condamnant la dernière vague d’attentats meurtriers qui endeuillent la campagne électorale.

Cet activisme diplomatique ne masque guère l’absence de stratégie du gouvernement américain.

Donald Trump avait tout misé cette dernière année sur le processus de pourparlers avec les insurgés pour tenir sa promesse de « mettre fin aux guerres sans fin » et « ramener les soldats à la maison » après 18 ans de conflit.

La porte est-elle toujours ouverte à une reprise des discussions, comme l’a suggéré Mike Pompeo dans un premier temps ? Ou alors ces négociations sont-elles terminées « pour de bon », comme l’a ensuite clamé le président des États-Unis ? Le flou règne autour des intentions de Washington, d’autant que le contenu du projet d’accord n’avait jamais été rendu public.

Signe de l’embarras de l’administration Trump, son principal négociateur, Zalmay Khalilzad, a refusé une audition publique au Congrès. Après d’âpres tractations, l’audition s’est tenue jeudi matin à huis clos.

À sa place, Alice Wells, responsable du département d’État pour l’Asie centrale, a été entendue à la Chambre des représentants en présence des médias. Mais elle n’a pas dissipé le brouillard.

« Avec la décision du président de proclamer que l’accord est mort et enterré, la suite des événements n’est pas claire », lui a fait remarquer le président de la commission des Affaires étrangères, le démocrate Eliot Engel.

« Les consultations se poursuivent au sein du gouvernement américain pour déterminer la meilleure manière d’avancer », s’est-elle bornée à dire, laissant entendre que le débat n’était pas tranché. Elle a néanmoins ensuite affirmé que le processus était seulement « suspendu ».

La Maison-Blanche avait de fait semblé assouplir sa position en début de semaine en précisant que le président Trump ne négocierait pas « un accord de paix tant que les talibans poursuivront leurs attaques ».

Mais les rebelles ont jusqu’ici toujours refusé tout cessez-le-feu comme préalable à des négociations, et peu d’observateurs pensent qu’ils puissent changer d’avis.