(Washington) Il travaillait depuis deux ans et demi au plan de paix voulu par Donald Trump pour mettre fin au conflit israélo-palestinien : Jason Greenblatt, conseiller spécial du président américain, a fini par démissionner jeudi sans même attendre la présentation, maintes fois reportée, de cette proposition controversée.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

« Après près de trois ans dans mon administration, Jason Greenblatt va partir pour rejoindre le secteur privé », a déclaré le président des États-Unis sur Twitter. « Jason a été loyal et un grand ami et un magnifique avocat. Son dévouement à Israël et à la recherche de la paix entre Israël et les Palestiniens ne sera pas oubliés », a-t-il ajouté en remerciant son collaborateur.

Celui qui avait le titre officiel de « représentant spécial pour les négociations internationales » a précisé dans un communiqué que cela avait été « le privilège d’une vie » de travailler à la Maison-Blanche. « Je suis vraiment reconnaissant d’avoir travaillé à tenter d’améliorer les vies de millions d’Israéliens, de Palestiniens et d’autres », a-t-il ensuite tweeté.

Après ce départ, Avi Berkowitz, un jeune assistant du président diplômé de la faculté de droit d’Harvard en 2016, devrait assumer davantage de responsabilités sur cette question, selon la Maison-Blanche.

En duo avec Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain, Jason Greenblatt avait la lourde tâche de proposer des pistes afin de mettre fin à des décennies de conflit, Donald Trump ayant dit vouloir parvenir à un accord là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

Mais la présentation de leur plan, concocté depuis le printemps 2017 dans le plus grand secret et annoncé comme prêt depuis plusieurs mois, n’a cessé d’être reportée. Fin août, le conseiller avait annoncé qu’il ne serait pas dévoilé avant les élections législatives israéliennes du 17 septembre.

Il sera rendu public « au moment le plus opportun », s’est borné à dire jeudi un responsable américain.

« Aveu définitif d’échec »

AFP

Jared Kushner serre la main de Benyamin Nétanyahou, sous le regard de Jason Greenblatt, lors d'une visite dans l'ambassade américaine en Israël, à Jérusalem, en mai dernier.

Le volet économique a été présenté en juin : 50 milliards d’investissements internationaux dans les Territoires palestiniens et les pays arabes voisins sur dix ans. Mais les dirigeants palestiniens, qui refusent de discuter avec l’administration Trump depuis que le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et a coupé l’essentiel des aides bilatérales, ont rejeté par avance le plan américain qui semble devoir enterrer la solution à deux États jusqu’ici privilégiée par la communauté internationale.

Conseil juridique de l’homme d’affaires durant deux décennies au sein de la Trump Organization avant son élection à la Maison-Blanche, Jason Greenblatt est réputé très proche d’Israël, tout comme Jared Kushner et le troisième artisan de la politique israélo-palestinienne de l’administration, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’État hébreu David Friedman.

« Je remercie Jason Greenblatt pour son travail dévoué en faveur de la sécurité et la paix et pour n’avoir jamais hésité à dire la vérité sur l’État d’Israël face à ses détracteurs », a réagi le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

En revanche, les dirigeants palestiniens ont dit « bon débarras », selon les termes de l’une d’entre eux, Hanane Achraoui. « C’était un défenseur du gouvernement le plus extrémiste et intransigeant de l’histoire d’Israël », a-t-elle dit à l’AFP, estimant qu’il n’avait « jamais été considéré comme neutre par qui que ce soit ».

AFP

Hanane Achraoui

Selon elle, sa démission est « l’aveu définitif d’échec » du plan de paix de Donald Trump « qui était condamné depuis le début ».

Faute de dialogue direct, le conseiller présidentiel, moins discret que Jared Kushner, n’hésitait pas à interpeller sur Twitter les responsables palestiniens comme Hanane Achraoui lorsqu’ils mettaient en cause les États-Unis. Il ne perdait pas non plus une occasion de condamner le rôle du Hamas à Gaza.

Jason Greenblatt s’était aussi attiré les foudres de diplomates européens à l’ONU en juillet en fustigeant avec des mots très durs, devant le Conseil de sécurité, le « consensus international » sur les moyens de mettre fin au conflit israélo-palestinien.

« Une paix durable et globale ne sera pas décrétée par la loi internationale ou par ces résolutions verbeuses et peu claires », avait-il lancé, dans une nouvelle prise de distance flagrante des États-Unis avec les Nations unies.