(Berlin) Les États-Unis ont demandé dimanche à l’Allemagne de fournir des troupes au sol pour le contre-terrorisme dans le nord de la Syrie, provoquant des dissensions au sein de la fragile coalition gouvernementale d’Angela Merkel.

Agence France-Presse

« Nous voulons de la part de l’Allemagne des troupes au sol, afin de remplacer en partie nos soldats » sur place dans le cadre de la mission internationale de contre-terrorisme dans cette zone, actuellement en discussion, a déclaré le représentant spécial américain pour la Syrie James Jeffrey au quotidien Die Welt.

M. Jeffrey était à Berlin vendredi pour des entretiens sur ce sujet. Il a précisé attendre une réponse dès le mois de juillet. Une manière pour les États-Unis, déjà mécontents du niveau des dépenses allemandes pour la défense jugé insuffisant, d’accroître la pression sur Berlin dans le domaine militaire.  

Le président Donald Trump a annoncé fin 2018 le retrait de la plus grande partie des quelque 2000 soldats américains du nord-est de la Syrie, en proclamant une victoire totale contre l’organisation djihadiste État islamique (EI).

Depuis, il s’est laissé convaincre de ralentir le retrait et de laisser dans cette zone, qui n’est pas contrôlée par le régime syrien, quelques centaines d’Américains, qu’il souhaite voir épaulés par des militaires alliés.

« Nous cherchons ici (en Allemagne) et parmi les autres partenaires de la coalition » internationale contre l’EI comprenant 80 pays, « des volontaires prêts à s’investir », a dit M. Jeffrey.

« Nous pensons que nous y arriverons », a-t-il ajouté.

L’objectif de cette mission est double : ne pas abandonner à leur sort les Kurdes qui ont livré sur le sol syrien les combats contre l’EI, avec l’appui de la coalition, mais qui sont menacés par Ankara, et maintenir une action dans la lutte antiterroriste pour empêcher l’éventuelle résurgence de ce groupe islamiste, une fois passé dans la clandestinité.

Et Washington compte notamment sur l’Europe pour s’en charger, le Royaume-Uni, la France, et à présent l’Allemagne, qui jusqu’ici contribue à la coalition anti-EI avec des avions de reconnaissance Tornado, un avion ravitailleur et des formateurs en Irak.

Sujet sensible

Le sujet de l’envoi de soldats au sol est toutefois politiquement sensible en Allemagne, pays à la culture très pacifiste en raison de son passé nazi, qui n’a commencé que tardivement, à partir de 1994 à autoriser l’envoi de ses soldats sur des théâtres de guerre étrangers.

La demande américaine a immédiatement commencé à susciter un débat au sein de la fragile coalition gouvernementale d’Angela Merkel.

Le parti de centre droit (CDU) de la chancelière, favorable à un engagement militaire accru du pays sur les théâtres de conflit, s’est dit ouvert à la discussion.

La demande américaine en Syrie ne devrait pas « être rejetée comme un réflexe automatique », a déclaré le vice-président du groupe parlementaire Johann Wadephul.

« Dans cette région, il en va de notre sécurité et pas de celle des États-Unis », a dit à l’agence de presse allemande dpa le responsable, considéré comme un candidat pour occuper prochainement le poste de ministre de la Défense au gouvernement.

Le partenaire social-démocrate de la coalition a lui rejeté l’appel des États-Unis. « Il n’y aura pas avec nous de troupes au sol allemandes en Syrie », a réagi sur Twitter un des présidents du SPD, Thorsten Schäfer-Gümbel.

La demande américaine s’ajoute aux diatribes récurrentes de Donald Trump contre le budget de la défense allemand, trop faible à ses yeux.

L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder a du reste appelé son pays à ne pas se laisser traiter comme un « vassal » par le chef de l’État américain.

« Nous ne sommes quand même pas une République bananière ici ! », a-t-il dit au quotidien Handelsblatt.