Les colons expulsés de Gaza n'ont jamais pardonné à Sharon

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En août 2005, des opposants au démantèlement de la colonie juive de Goush Katif, dans la bande de Gaza, ont manifesté en vain contre la décision d'Ariel Sharon.

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Grégoire Comhaire

collaboration spéciale

La Presse

(NITZAN, Israël) Huit ans plus tard, les anciens colons de la bande de Gaza en ont toujours gros sur le coeur. Ils n'ont jamais pardonné à Ariel Sharon de les avoir expulsés. La moitié d'entre eux vivent toujours dans des caravanes.

Deux préfabriqués, une clôture et quelques images idylliques d'un paradis perdu: c'est tout ce qui reste aujourd'hui du «Goush Katif», les 21 colonies israéliennes de la bande de Gaza évacuées en 2005 par Ariel Sharon. Deux préfabriqués dans un jardin, avec des chaises pour recevoir les visiteurs, et une télévision pour retracer l'épopée des 7000 «pionniers d'Israël», qui ne comprennent toujours pas comment leur premier ministre a pu commettre une telle trahison à leur égard.

C'est désormais ici que Laurence Beziz travaille. Ici, dans ce petit sanctuaire, au milieu des dizaines de caravanes installées en août 2005 pour accueillir 250 des familles expulsées. «Ce devait être un relogement provisoire. Mais huit ans et demi plus tard, la moitié des habitants du Goush Katif sont toujours dans des caravanes», explique-t-elle.

«Le gouvernement n'a pas seulement brisé la vie de plusieurs milliers de personnes. Il a aussi complètement échoué à gérer les conséquences de notre expulsion. C'était typique d'Ariel Sharon: avancer de manière bornée sans écouter personne. Ce n'est pas pour rien qu'on l'avait surnommé le bulldozer!»

Encouragés à s'y installer

Originaires de France, Laurence et son mari Sylvain ont immigré en Israël au début des années 80. Pétris d'idéal sioniste, ils décident en 1986 de s'installer à Gadid, une petite colonie de la bande de Gaza située à l'ouest de la ville palestinienne de Khan Younès.

Au début, il ne s'agit que de quelques maisons entourées de sable. Les habitants se lancent dans la culture de tomates et de fleurs. De nombreux Palestiniens travaillent dans les serres de l'implantation. «Il faut se replacer dans le contexte de l'époque», ajoute Laurence Beziz. «Le gouvernement nous encourageait à nous installer là-bas. Nous avions la conviction de participer à la construction du pays. Nous étions persuadés qu'une forme de cohabitation était possible avec nos voisins arabes.»

Aux premières loges de l'intifada

Mais la première intifada éclate quelques années plus tard. Les habitants du Goush Katif sont aux premières loges. Chaque sortie de la colonie se fait désormais la peur au ventre. Des pierres s'abattent sur les voitures. Des cocktails Molotov aussi... Plus tard, ce seront des roquettes Qassam qui seront tirées sur les habitations. Les enfants partent en excursion dans des autobus blindés.

Mais il en faut plus pour venir à bout de la détermination de Laurence et des autres habitants du Goush Katif.

«Le contexte israélien est comme ça. Il y a toujours eu des périodes de tension. Encore une fois, nous avions le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand que nous. Notre communauté s'était bien développée, nos cultures tournaient bien, nos enfants grandissaient et étaient heureux. Malgré la violence, nous pensions toujours que notre place était là-bas.»

Les pourparlers de paix avec les Palestiniens n'entament même pas cette conviction. «À la télévision, le gouvernement parlait de désengagement, mais sur le terrain, on voyait que notre colonie continuait à se développer. On nous construisait une nouvelle école, on augmentait la desserte en autobus...»

Jamais la famille de Laurence Beziz n'aurait imaginé un jour voir débarquer l'armée israélienne dans les rues de Gadid avec un ordre d'expulsion à la main. Et surtout pas de la part d'Ariel Sharon, l'homme qui avait tant poussé à la colonisation, et qui avait été reçu triomphalement dans la Goush Katif quelques années plus tôt.

« Une trahison »

«Nous l'avons tous vécu comme une trahison. Surtout qu'il s'est trompé. Il pensait que le retrait ramènerait le calme. Mais c'est tout le contraire qui s'est passé. En 2006, il y a eu le Hamas. Et ici à Nitzan, nous recevons régulièrement des roquettes Qassam. Nous devons nous abriter dans des tuyaux d'évacuation d'ordures.» Quand elle a appris la mort d'«Arik», comme on l'appelle encore ici, Laurence Beziz dit n'avoir rien éprouvé de particulier. «J'aurais voulu qu'il prenne conscience de son erreur. Qu'il comprenne tout le mal qu'il avait fait. Mais c'est trop tard. Pour moi, la page est tournée.»

Les 21 colonies de Gaza ont été rasées. Les habitants ont abandonné leur vie d'agriculteur, traversant parfois de grandes difficultés sur le plan personnel et familial. Par solidarité, et parce qu'une frange de la population israélienne reste farouchement opposée à tout retrait des territoires occupés, une journée du Goush Katif est organisée chaque année dans plusieurs écoles du pays.

Plusieurs colons n'ont jamais pardonné à Ariel Sharon,... (PHOTO GRÉGOIRE COMHAIRE, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 2.0

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Plusieurs colons n'ont jamais pardonné à Ariel Sharon, ce qu'ils considèrent comme une trahison. Du nombre, Laurence Beziz qui a immigré de la France en 2006 pour s'installer à Gadid, et qui travaille aujourd'hui dans un petit sanctuaire au milieu de dizaine de caravanes.  

PHOTO GRÉGOIRE COMHAIRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Indemnisation des colons

Les anciens colons du Goush Katif dans la bande de Gaza ont été indemnisés en trois temps par le gouvernement israélien.

> Ils ont reçu, d'une part, la somme de 1800$US par personne et par année passée dans la bande de Gaza.

> D'autre part, une indemnisation correspondant à la valeur de leur habitation.

> Enfin, une indemnisation correspondant au manque à gagner de leur activité économique (exploitation agricole, par exemple).

Ils ont été relogés dans des caravanes aux quatre coins du pays. La moitié se trouve désormais dans des maisons en dur. Le gouvernement israélien a encouragé les anciens colons à conserver la vie en communautés qu'ils avaient dans le Goush Katif en recréant des communautés avec les mêmes personnes ailleurs dans le pays. La plupart ont en effet fait ce choix.

L'occupation de la bande de Gaza

1967: Guerre des Six Jours, Israël conquiert Jérusalem-Est, la Cisjordanie, le plateau

du Golan, le Sinaï et la bande de Gaza, ces deux derniers territoires étant précédemment sous contrôle égyptien.

1970: Première implantation israélienne dans la bande de Gaza. Vingt autres suivront. Dix-sept sont installées en un bloc au sud du territoire, entre les villes de Rafah et de Deir Balah. Trois autres se trouvent à l'extrême nord. Une se trouve isolée au centre du territoire.

1987: Début de la première intifada, « la guerre des pierres », une insurrection générale de la

population palestinienne contre l'occupation israélienne.

1993: Accords d'Oslo. Israël et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) se reconnaissent mutuellement. Les deux parties s'engagent dans un processus de négociations devant aboutir à la création d'un État palestinien côte à côte avec Israël sur une partie des territoires conquis en 1967: Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Les modalités doivent être conclues au bout d'une période transitoire de cinq ans débutant en 1995.

2000: Échec du sommet de Camp David sur le statut final. Début de la deuxième intifada après la visite d'Ariel Sharon sur l'Esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l'islam, situé au coeur de la vieille ville de Jérusalem.

2001: Élections législatives. Ariel Sharon devient premier ministre. Une campagne violente d'attentats suicides s'abat sur Israël.

2002: Début de la construction de la «barrière de séparation» entre Israël et la Cisjordanie.

2004: Le gouvernement israélien adopte le plan de désengagement des 21 colonies de la bande de Gaza. Une décision unilatérale critiquée par une frange de son parti.

2005: Désengagement de Gaza. Les colons n'ayant pas quitté l'endroit avant le 16 août sont évacués par l'armée israélienne.

2006: Ariel Sharon est victime d'un accident vasculaire cérébral et sombre dans le coma. Ehud Olmert lui succède.




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