Le buzz médiatique en Israël sur l'éventualité d'une frappe imminente contre le programme nucléaire iranien s'inscrit dans une stratégie de pression visant à obtenir de l'administration Obama un engagement plus ferme sur le sujet, selon des experts israéliens.

Publié le 19 août 2012
Delphine MATTHIEUSSENT AGENCE FRANCE-PRESSE

Un climat fébrile s'est installé depuis une dizaine de jours en Israël, entretenu par les déclarations quotidiennes dans les médias de responsables politiques et d'analystes pour ou contre une opération israélienne visant l'Iran. Avec ou sans l'aval des États-Unis, avec ou sans leur assistance.

Cette inquiétude ambiante est renforcée par la distribution massive de masques à gaz à la population, par la vérification du bon fonctionnement d'un système d'alerte via SMS et par des spéculations sur le nombre de victimes israéliennes, 500 morts», estime le ministre de la Défense Ehud Barak - en cas de représailles iraniennes.

«Il y a une hystérie orchestrée et dont le timing a été planifié pour placer le pays dans un état d'anxiété, artificiel ou non», a dénoncé l'ancien chef des renseignements militaires Uri Saguy ce week-end dans le quotidien Haaretz.

La multiplication récente de déclarations publiques sur l'Iran a pour but, en plus de préparer l'opinion publique aux conséquences d'une éventuelle frappe, de pousser l'administration américaine à davantage de clarté sur le sujet, estime Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l'Université de Tel-Aviv.

«Le recours à cette diplomatie publique de la part du premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense a pour but d'obtenir un engagement plus clair des États-Unis qu'ils attaqueront si l'Iran poursuit son programme nucléaire, ou au moins qu'ils donneront le feu vert à Israël pour le faire», déclare-t-il à l'AFP.

«Les déclarations de la Maison-Blanche sont jugées trop vagues par les dirigeants israéliens. En évoquant publiquement l'éventualité d'une opération militaire israélienne imminente, ils veulent pousser les Américains à abattre leurs cartes», explique M. Charbit.

Demande d'engagement américain

Cette demande d'un engagement américain plus ferme aux côtés d'Iraël a été exprimée par un autre ex-patron des renseignements militaires, Amos Yadlin, dans un éditorial publié ce week-end dans le Washington Post.

«Le président américain devrait se rendre en Israël et dire aux dirigeants israéliens (...) qu'il est dans l'intérêt des États-Unis d'empêcher un Iran nucléaire et que +Si nous devons avoir recours à une action militaire, nous le ferons+. Ce message délivré par le président américain à la Knesset (Parlement) serait bien plus efficace que les tentatives américaines de convaincre (leurs interlocuteurs israéliens) lors de discussions à huis clos», plaide M. Yadlin, qui est en contact régulier avec M. Netanyahu et les principaux responsables de défense et de sécurité israéliens.

Toutefois, pour Eytan Gilboa, spécialiste des relations israélo-américaines à l'université de Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, la stratégie israélienne de pression pourrait s'avérer contre-productive.

«Cela a marché la première fois (au printemps) lorsque les mises en garde israéliennes ont conduit à un renforcement des sanctions internationales contre l'Iran. Netanyahu et Barak ont pensé que cela marcherait aussi cette fois-ci mais le moment, avant la présidentielle aux États-Unis, est peu propice, et la série de fuites et de déclarations dans les médias israéliens a un impact négatif car elle expose le profond manque de confiance et de coordination entre Israël et les États-Unis», analyse-t-il.

L'expert se veut cependant prudemment optimiste sur une possible rencontre, évoquée par les médias israéliens, entre MM. Netanyahu et Barack Obama fin septembre en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York. Un tel sommet, estime-t-il, «pourrait rétablir la confiance entre les deux leaders, à moins d'un développement extraordinaire d'ici là.»