La communauté internationale adoptera vraisemblablement de nouvelles sanctions contre l'Iran dans les prochaines semaines. Pourra-t-elle faire plier le régime des mollahs, à qui elle reproche ses ambitions nucléaires? Ce qui est sûr, estiment plusieurs analystes, c'est que le peuple iranien risque fort d'en pâtir.

Mis à jour le 20 févr. 2010
Mathieu Gobeil LA PRESSE

L'Iran fera regretter aux grandes puissances l'adoption de nouvelles sanctions, a affirmé, défiant, le président Mahmoud Ahmadinejad cette semaine. Pourtant, c'est plutôt le régime des mollahs qui écopera au final, estiment certains analystes.

«Si ces sanctions sont mondiales, on peut s'attendre à ce que ça fasse mal», affirme Houchang Hassan-Yari, expert de l'Iran au Collège royal militaire du Canada. Selon les déclarations de certains pays ces dernières semaines, les nouvelles sanctions empêcheraient l'Iran d'exporter son pétrole, qui est à la source de la majeure partie des revenus du pays.

«En coupant les revenus de l'exportation pétrolière, on prive l'État de ses moyens. Le peuple iranien va souffrir. Mais le gouvernement deviendra inefficace et le régime n'aura plus les moyens de continuer la répression envers la population», poursuit l'expert.

«Le gouvernement ne sera plus en mesure de mettre à la disposition de la population des denrées essentielles comme le riz ou le blé», ajoute-t-il.

Doublement punis

C'est justement ce qui inquiète Brahim Saidy, politologue qui enseigne notamment à l'UQAM. «Un embargo sur le pétrole aurait un impact majeur sur le niveau de vie des Iraniens. D'autant plus qu'ils sont déjà punis par le régime. Ils vont se sentir doublement punis par la communauté internationale».

C'est pourquoi, soutient Houchang Hassan-Yari, des sanctions contre l'industrie pétrolière du pays devraient s'accompagner d'une grande campagne d'information auprès du peuple iranien, ce qui pourrait affaiblir le soutien au régime.

L'Iran fait déjà l'objet de sanctions internationales. Les mesures touchent surtout les échanges de matériel nucléaire et les avoirs à l'étranger de banques et de personnalités du régime iranien. «Depuis 2006, ces sanctions n'ont pas affaibli le régime. La croissance du pays a aussi progressé durant cette période», rappelle Brahim Saidy.

Selon Payam Akhavan, professeur de droit international à l'Université McGill, les nouvelles sanctions doivent viser tous les membres du régime qui violent les droits de la personne. «Cette mesure est cruciale pour accélérer un changement de gouvernement. Jusqu'à maintenant, seuls des membres du régime liés au programme nucléaire font l'objet de sanctions, un tout petit groupe.» Il faudrait notamment, selon lui, empêcher les déplacements des dirigeants et fonctionnaires iraniens à l'étranger.

Pas comme l'Irak

«Des sanctions économiques collectives ne feront mal qu'à la population, ajoute M. Akhavan. L'Iran n'est pas une dictature à parti unique, comme l'était l'Irak avant 2003. Sa population est instruite, c'est un pays développé, la société civile y est forte. Les possibilités d'un changement de régime sont très grandes. Il faut laisser le temps opérer.»

Michel Fortmann, professeur de science politique à l'Université de Montréal et spécialiste des questions d'armement, se montre pessimiste. Selon lui, même si les sanctions sont renforcées, l'Iran ne renoncera pas à ses ambitions nucléaires.

L'Iran a décidé il y a une semaine de produire lui-même de l'uranium enrichi à 20%, ce qui a été perçu par certains comme une preuve de plus que le pays cherche à entrer dans le club des puissances nucléaires. «Certainement, les sanctions vont faire mal, estime Michel Fortmann. Mais les dirigeants iraniens pourront toujours aller de l'avant avec l'armement nucléaire.»