Les talibans, qui ont considérablement gagné du terrain en Afghanistan, ont à maintes reprises signifié qu'ils n'entendaient pas négocier, laissant peu d'espoir aux offres de plus en plus insistantes du président Hamid Karzaï et d'une partie de la communauté internationale.

Sardar Ahmad AGENCE FRANCE-PRESSE

Le chef de l'État doit profiter de la Conférence de Londres jeudi pour obtenir des pays de la coalition les fonds nécessaires au financement de son «plan de réconciliation» avec les insurgés. Sa stratégie est simple: proposer argent et emplois aux talibans en échange d'un abandon de la lutte armée en espérant qu'au moins les moins radicaux et les plus pauvres accepteront.

De leur côté, les Américains commencent à évoquer l'idée d'une «solution politique», que le patron des forces étrangères dans le pays, le général américain Stanley McChrystal a jugé lundi «inévitable».

Sans commenter directement le projet de M. Karzaï, le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, a lui remarqué que de telles tentatives de réconciliation avaient récemment fonctionné, comme en Irak.

Washington est ouvert à la possibilité «d'un cheminement similaire à ce qui s'est passé en Irak (...) pour peu que les (parties impliquées) acceptent la Constitution afghane, renoncent à la violence, et rompent publiquement avec les groupes qui recourent à la violence», a-t-il indiqué.

Lors d'entretiens lundi avec ses homologues pakistanais et turc à Istanbul, le président Karzaï a donc annoncé son intention de demander le retrait de certains cadres talibans d'une liste de sanctions de l'ONU. Et il a obtenu mardi le soutien des pays voisins à son «processus de réconciliation nationale».

«Ceux d'entre les talibans qui ne sont pas membres d'Al-Qaeda ou d'un autre réseau terroriste sont les bienvenus s'ils veulent rentrer dans leur pays, déposer les armes et reprendre une vie (normale) dans le respect de la Constitution afghane», a affirmé M. Karzaï.

Mais malgré les efforts du gouvernement afghan, les talibans s'affichent toujours résolus à combattre les forces afghanes et internationales de sécurité.

Le commandement des talibans n'était pas immédiatement joignable pour commenter la dernière annonce de M. Karzaï.

Mais un de leur porte-parole, Zabihullah Mujahid, avait indiqué vendredi à l'AFP que la «seule solution politique» à un arrêt des combats était la «reddition» des forces internationales et du gouvernement afghan.

De même, le chef de guerre Gulbuddin Hekmatyar, commandant du Hezb-e-Islami allié aux talibans, avait estimé que des négociations ne seraient possibles qu'après le départ des 113.000 militaires étrangers.

«Toutes les personnes qui comptent en Afghanistan parlent de réconciliation avec les talibans, mais selon les termes posés par le gouvernement afghan», estime Rahimullah Yusufzaï, expert des talibans et d'Al-Qaeda, dans le quotidien pakistanais The News.

«Étonnamment toutefois, ces offres de paix sont faites au moment où 37.000 soldats américains et des forces de l'OTAN arrivent» en renfort, souligne l'analyste.

Autre inconnue, la légitimité même du président Karzaï. Réélu au terme d'un scrutin calamiteux, entaché de fraudes massives et marqué par une forte abstention, il peine depuis à faire approuver son gouvernement. Quatorze seulement de ses 25 ministres ont pu prêter serment et commencer à travailler.

«Je ne crois pas que dans la situation actuelle les talibans seront incités à accepter la paix offerte par Kaboul», estime Haroun Mir, directeur du Centre pour la recherche et les études politiques.

«Avant d'imaginer un accord avec les talibans, le gouvernement a besoin de gagner la confiance du peuple afghan, de combattre la corruption, d'apporter la justice et d'améliorer le travail gouvernemental», ajoute-t-il.