Ronen est comédien. Ayman aussi. Ronen fait la grimace. Ayman aussi. Qui est juif? Qui est arabe? Sur photo, c'est impossible à dire. Malgré le conflit qui oppose leurs peuples depuis plus de 60 ans, les deux hommes se ressemblent plus qu'ils ne se distinguent.

Agnès Gruda LA PRESSE

Cette similitude, c'est ce qui a le plus surpris le producteur français Marc Berrebi lorsqu'il a commencé, début 2007, sa «chasse aux visages» dans les coins les plus chauds du Proche-Orient.

 

Pendant plusieurs semaines, son équipe a quadrillé Israël et la Cisjordanie pour photographier athlètes, cuisiniers, commerçants, cheikhs ou rabbins, à Hébron, Tel-Aviv, Bethléem ou Ramallah.

Palestiniens et Israéliens se sont prêtés au jeu. Ils ont affecté de rire ou de pleurer, ils ont montré de gros yeux et ils ont fait les pitres devant le photographe.

Leurs portraits, tirés en un format gigantesque, ont été placardés des deux côtés de la barrière de séparation qui se dresse entre Israël et les territoires palestiniens. Les visages viennent par paires. Le musicien palestinien avec le musicien israélien. Le gamin avec le gamin.

Le film Faces, présenté ce week-end au Festival de films sur les droits de la personne de Montréal, fait le récit de cette aventure, depuis les séances de photo jusqu'à la réalisation de cette «exposition» illégale.

C'est un film à plusieurs niveaux, où les péripéties de l'équipe s'entremêlent aux discussions politiques tantôt avec les «sujets» des photos, tantôt avec les passants qui se demandent ce que ces visages immenses viennent faire sur le mur.

Dans une scène du film, des gens feuillettent l'album de 41 portraits en essayant de deviner qui est israélien et qui est palestinien. Et ils se trompent neuf fois sur dix...

Même s'il connaît bien la région, Marc Berrebi n'en revient pas à quel point les deux peuples qui s'opposent dans un conflit en apparence insoluble sont, en fait, proches l'un de l'autre.

L'autre surprise, c'est «l'ambivalence des gens», signale Marc Berrebi, joint à Paris cette semaine.

Ainsi, Israéliens et Palestiniens pouvaient se montrer intraitables face au camp ennemi puis, en une phrase, changer leur discours de 180 degrés. Comment explique-t-il ces attitudes contradictoires?

«On dirait que les deux peuples sont prisonniers d'un discours collectif qui est plus grand qu'eux. Ainsi, la ligne n'est pas entre le camp des gentils et le camp des méchants, elle n'est pas non plus entre modérés et radicaux au sein de chacun de ces camps. La ligne passe à l'intérieur de chacun.»

La paix serait donc plus réalisable qu'on le pense? Oui, à la condition qu'Israéliens et Palestiniens se libèrent des extrémistes qui nourrissent le conflit à coups de «fantasmes», croit le producteur dont le film est un magistral pied de nez à la morosité ambiante, un éclat de rire contagieux entre deux peuples qui n'en finissent plus de se battre.

Comme le dit un des personnages du film, «après tout, on ne peut pas faire la paix en faisant la tronche». Alors pourquoi pas en faisant la grimace?

* Faces, de Marc Berrebi, est présenté demain et dimanche au Festival de films sur les droits de la personne de Montréal.