(Paris) Un ex-militaire français adepte du néonazisme a été condamné vendredi à neuf ans de prison ferme pour « entreprise terroriste individuelle », une peine sévère prononcée par un tribunal parisien au vu « d’actes préparatoires » de « très haute intensité ».

Mis à jour le 28 janvier
Daphné ROUSSEAU Agence France-Presse

Aurélien Chapeau, cuisinier dans l’armée reconverti en agent de sécurité, était soupçonné d’avoir diffusé des messages d’apologie du nazisme, acquis des armes et effectué des recherches sur des lieux fréquentés par la communauté juive.

Au terme de trois jours de procès, le Tribunal correctionnel de Paris a jugé l’ancien militaire « coupable de faits de préparation individuelle à la commission d’un acte de terrorisme ».

L’homme âgé de 38 ans a affirmé devant le tribunal qu’il s’était « intoxiqué à une idéologie dégueulasse », assurant qu’il ne serait jamais passé à l’acte et se disant aujourd’hui repenti.

 « Le tribunal ne lit pas les augures, nous ne sommes pas là pour savoir si oui ou non vous seriez passé à l’acte sans l’intervention des services de police », a déclaré le président du tribunal au moment de prononcer la peine.  

Détention d’armes

Le tribunal, retenant la détention d’armes ainsi que « la publication de contenus racistes, antisémites ou xénophobes », a ainsi jugé que le niveau préparatoire d’Aurélien Chapeau était « complètement réalisé » et de « haute intensité ».  

 « Internet et les réseaux sociaux ne sont pas un simple réservoir de haine dans lequel on pioche à foison de la propagande délétère », a conclu le président du tribunal.

Sous le pseudo « Ayatjouz » (« I hate Jews », je hais les juifs), Aurélien Chapeau fréquentait depuis 2010 des forums de l’ultradroite, multipliait les messages menaçants et se mettait en scène au milieu de la panoplie des symboles néonazis et suprématistes.

Lorsqu’ils l’ont interpellé le 26 mai 2020 à son domicile à Limoges, dans le sud-ouest de la France, les enquêteurs ont mis la main sur des explosifs artisanaux et trois armes à feu.

Selon les éléments de l’enquête, il avait effectué sur internet des recherches concernant des lieux fréquentés par la communauté juive à Limoges, mais aussi à Strasbourg dans l’est du pays, ainsi que dans la région parisienne et publié sur des forums des captures d’écran de certaines adresses.

 » Djihad blanc «

Pour le ministère public, tout était réuni pour qualifier le projet de terroriste, à savoir : l’idéologie, la détention d’armes, et surtout le repérage de cibles.

 « Il adhère à une idéologie qui prône la terreur, adhère à une idéologie qui prône le djihad blanc, c’est la clé de lecture de ses actes », avait martelé l’accusation pendant le procès.

L’ancien militaire avait déjà eu maille à partir avec la justice. En mai 2019, il avait été condamné à quatre mois de prison ferme pour des menaces à l’encontre de membres de l’association antiraciste SOS Racisme.

Selon lui, il « faut protéger la société » de cet homme qui n’est pas parvenu pendant le procès à justifier le fond de son idéologie, la mettant sur le compte de la bêtise », a estimé le procureur. Le prévenu, qui a refusé l’accès aux soins psychologiques en détention, représente « un danger réel » pour la société selon lui.

 « Le racisme est une manière de déléguer à l’autre la détestation de soi-même, et ça mérite un travail sur soi », a-t-il conclu.

S’il est apparu pendant les auditions que l’ex-militaire avait bien tenté de prendre contact avec des groupes d’ultradroite constitués, notamment le groupuscule néonazi américain Atomwaffen Division, ces contacts n’avaient pas abouti.

Il a comparu seul. L’intermédiaire qui lui a fourni des armes illégales sans connaître le contexte idéologique — et qui était absent du procès pour raison de santé — a lui été condamné à 20 mois d’emprisonnement dont cinq mois avec sursis.